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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004809

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004809

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 août 2020, 22 juin 2021 et 10 février 2022, M. B demande au tribunal d'annuler la délibération du 10 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Samoëns a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

M. B soutient que :

- la réduction de la consommation d'espace a été imposée par les services de l'Etat ;

- l'écart entre les données chiffrées du projet d'aménagement et de développement durables et le rapport de présentation en ce qui concerne la surface urbanisable et le nombre de logements créés porte atteinte au principe d'équilibre défini à l'article L.121-1 du code de l'urbanisme et à l'économie générale du projet ;

- le classement des parcelles cadastrées section B nos 30, 5362, 3729 et 3131 en zones Ae et Aep est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la réalité du corridor écologique n'est pas démontrée, que les parcelles ne sont pas comprises dans un espace paysager remarquable, n'ont aucun potentiel agricole et sont en continuité avec l'urbanisation du hameau.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars 2021 et 27 janvier 2022, la commune de Samoëns représentée par Me Lacroix conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme ;

- en toute hypothèse, à l'application de l'article R.611-7-1 du code de justice administrative ;

- et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Samoëns fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2022.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente rapporteure,

- et les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de la délibération du 10 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal la commune de Samoëns a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le requérant soutient que la commune de Samoëns s'est laissée imposer une réduction de la surface urbanisable par les services de l'Etat. Toutefois, le projet d'aménagement et de développement durables ne vise pas un objectif de 45 hectares de surface urbanisable mais indique une limite à ne pas dépasser dans le cadre des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. Ainsi, la circonstance que la capacité d'accueil s'élèverait à 23,36 hectares selon le rapport de présentation du plan local d'urbanisme ne suffit pas à établir que la commune se serait crue liée par l'avis des services de l'Etat dont elle pouvait tenir compte. Par ailleurs, les propos contenus dans les bulletins municipaux produits par le requérant, ne suffisent pas à eux seuls à établir que le conseil municipal se serait mépris sur l'étendue de sa propre compétence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'incompétence négative. Le moyen doit, par suite, être écarté.

3. M. B soutient que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme comporte des incohérences avec le projet d'aménagement et de développement durables. S'il expose, tout d'abord, que la surface totale des zones urbanisables calculée au sein du rapport de présentation est deux fois moindre que celle retenue comme objectif dans le projet d'aménagement et de développement durables, il ressort toutefois des termes de ce projet, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que cet objectif constitue une limite de consommation de l'espace. Par ailleurs, M. B souligne que le rapport de présentation prévoit une capacité d'accueil d'environ 327 logements à l'horizon 2029, en contradiction avec l'objectif inscrit au projet d'aménagement et de développement durables visant à la réalisation de 390 logements à l'horizon 2025. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette discordance dans les perspectives chiffrées de création de logements, qui, selon la commune s'explique par la durée d'élaboration du plan local d'urbanisme et le nombre de permis de construire délivrés dans cet intervalle de temps, remettrait en cause le parti d'aménagement exprimé dans le projet d'aménagement et de développement durables. Le moyen doit donc être écarté

4. Aux termes de l'article L.101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel ; / e) Les besoins en matière de mobilité ; ()". Ces dispositions imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. Il en résulte que le juge de l'excès de pouvoir exerce un simple contrôle de compatibilité entre ces documents et les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme en se plaçant au niveau de l'ensemble du territoire de la commune et non à l'échelle d'un seul secteur.

5. M. B soutient que le principe d'équilibre a été méconnu en raison de l'écart entre les données chiffrées du projet d'aménagement et de développement durables et du rapport de présentation en ce qui concerne le total de la surface urbanisable et le nombre de logements créés évoqué au point 3. Toutefois, il ne démontre pas que les capacités d'accueil et de logements résultant du plan local d'urbanisme attaqué seraient incompatibles avec le principe d'équilibre entre le développement urbain et l'utilisation économe des espaces naturels et agricoles. Le moyen doit par suite être écarté.

6. En se bornant à soutenir que la réduction de la surface urbanisable est contraire à l'économie générale du projet de plan local d'urbanisme, M. B, n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'apprécier les modifications apportées au projet de plan local d'urbanisme arrêté.

7. Aux termes de l'article L.151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

8. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

9. La seule circonstance que les parcelles en cause seraient de dimension modeste, séparées de la plaine de Vallon et comprises dans un hameau, ne suffit pas à caractériser une incohérence entre le classement de celles-ci en en zones Ae et Aep et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, lequel vise notamment à la préservation des paysages, la protection des espaces naturels, la valorisation des espaces agricoles homogènes et la lutte contre l'étalement urbain à travers un développement encadré des hameaux.

10. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

11. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

12. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

13. M. B soutient que le classement des parcelles cadastrées section ZB n°30, 5632, 3729, 3721 en zones Ae (agricole écologique) et Aep (agricole écologique paysager) est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles litigieuses sont situées de part et d'autre de la route de Vallon, au lieudit Rossat, dans la plaine de Vallon qui forme, selon le volet environnemental du rapport de présentation " un ensemble remarquable, dont la qualité agricole et paysagère fait l'unanimité ". L'intérêt paysager de ce secteur ressort des photographies versées au dossier. Au nord de la route, les parcelles litigieuses, attenantes à une maison classée en zone Ua, sont vierges, classées en zone Ae et s'ouvrent sur une zone identifiée au titre des boisements rivulaires et protection des continuités écologiques. Les parcelles situées au sud, également à l'état naturel, intègrent la zone Aep et avoisinent une prairie agricole d'intérêt écologique. Il ressort des écritures du requérant que les terrains sont fauchés par un agriculteur. Par ailleurs, si les terrains en cause jouxtent sur un côté des habitations classées en zone Ua ainsi qu'un terrain sur lequel un permis de construire a été autorisé, il ressort des pièces du dossier que les parcelles du requérant sont situées dans un secteur identifié au sein de la carte de la trame verte et bleue comme supportant un corridor écologique reliant deux réservoirs de biodiversité. La circonstance que le schéma régional de cohérence écologique ne représentait pas ce corridor n'interdisait pas à la commune d'identifier les espaces nécessaires au maintien des continuités écologiques au regard des éléments de diagnostic relevés dans son rapport environnemental mettant notamment en évidence les réservoirs de biodiversité du Giffre et du site Natura 2000 du Haut-Giffre. La présence d'une route et de haies grillagées, invoquée par le requérant, ne suffit pas à faire obstacle au passage de la faune alors qu'il n'est pas contesté que les terrains sont situés à proximité d'un secteur de protection des oiseaux. De même, la circonstance que le commissaire enquêteur aurait rendu un avis favorable à la demande du requérant en invitant la commune à mieux préciser les couloirs de circulation des animaux ne suffit à remettre en cause ce corridor et la vocation agricole ainsi que l'intérêt écologique et paysager de l'espace auquel les parcelles en cause se rattachent. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir du classement en zone urbaine d'autres parcelles au seul motif qu'elles seraient également inscrites au registre parcellaire graphique, alors qu'il n'est pas démontré qu'elles seraient dans la même situation et qu'il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités d'usage du sol sont différentes. Ainsi, eu égard au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, tendant notamment à la limitation de l'étalement urbain, à la préservation des continuités écologiques et à la protection des grands espaces agricoles homogènes, et nonobstant la circonstance que les parcelles en cause feraient partie de la " tâche urbaine " au sens de la définition du centre d'études CERTU, le classement litigieux n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 10 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Samoëns a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Samoëns.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Samoëns en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Samoëns.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteure,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004809

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