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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004821

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004821

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2020, M. D, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 16 juillet 2020 par laquelle la directrice générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de rétablir rétroactivement M. D dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 20 jours par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet, sous réserve que le conseil du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un entretien personnel avec M. D ni évalué la vulnérabilité du requérant en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vulnérabilité du requérant ;

- l'auteur de la décision de l'acte était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée.

Par ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.

Un mémoire en défense a été enregistré le 27 septembre 2023, après clôture, pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. Sauveplane a lu son rapport au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 1er janvier 1987, de nationalité angolaise et entré en France le 29 janvier 2016 pour déposer une demande d'asile, qui a été rejetée le 4 novembre 2019 par une décision de la Cour nationale du droit d'asile devenue définitive. Il a déposé le 16 juin 2020 une demande de réexamen auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par une décision du 16 juillet 2020, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 octobre 2020. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 4 février 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation de signature à Mme A C, directrice territoriale de l'office à Grenoble, lui permettant de signer notamment tous les documents concernant les demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, notamment la circonstance qu'il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile et la mention des articles L. 744-8 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil ". Si l'entretien permettant d'évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile doit être mené à la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'administration n'est pas tenue de le réitérer au cours de la procédure. Dès lors, l'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait légalement refuser de lui accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile après avoir constaté, au vu des pièces du dossier, qu'il ne présentait pas un état de vulnérabilité sans avoir à procéder à un nouvel entretien personnel avec le demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure n'est pas fondé.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018, relatif aux conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile : " () le bénéfice de celles-ci peut être : 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 " A ceux de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; "

7. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un demandeur d'asile présente une demande de réexamen de sa demande d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé par l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir. Il est constant que M. D a présenté une demande de réexamen, laquelle a d'ailleurs été définitivement rejetée par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 14 décembre 2020. S'il se prévaut de sa vulnérabilité au vu de son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait prévalu de son état de santé à l'appui de sa demande. D'autre part, deux des certificats médicaux sont antérieurs de plus d'un an à la décision attaquée et le dernier, simple attestation de suivi par une infirmière, se borne à conclure à " un contexte de vulnérabilité renforcé par le rejet de sa demande ". Par suite, c'est sans erreur de droit et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la directrice territoriale de l'office a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. D est rejetée.

Article 3 :Les conclusions de Me Terrasson tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Terrasson, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mathieu Sauveplane, président,

Mme Céline Letellier, première conseillère,

Mme Emilie Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. Letellier

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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