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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004850

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004850

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2020, M. E C, Mme D C et M. B C, représentés par Me Levanti, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2020-DEL-010 du 3 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'Habitat de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en tant que la délibération a classé la parcelle cadastrée section E n° 1447 en zone agricole ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du fait du classement intégral de leur parcelle en zone agricole.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2021, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 16 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Djeffal, pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). Les consorts C sont propriétaires indivis de la parcelle cadastrée à la section E n° 1447, située au lieu-dit " La Mothe " chemin des Guérons à Rumilly, qui a été classée en zone agricole.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle E n° 1447 d'une surface de 12 756 m² est dépourvue de toute construction. Elle est à l'état de prairie et n'est ainsi pas dépourvue de tout potentiel agronomique, biologique et économique. Elle se situe en dehors du pôle urbain de Rumilly dans un secteur à dominante rurale. Si, de part et d'autre de cette parcelle, se situent deux zones urbaines dont elle est séparée par des voies publiques, celles-ci regroupent un habitat peu dense, classées en UC1 " Lisières de pôles urbains " et UC 2 " Hameaux à densité encadrée ". En revanche, la parcelle des requérants est principalement entourée d'une vaste zone agricole et d'une zone naturelle. Compte tenu de la localisation et de la superficie de la parcelle, elle ne constitue pas une dent creuse. La circonstance qu'elle est desservie par les différents réseaux ne fait pas obstacle à son classement en zone agricole. Par ailleurs, il ressort des orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) qu'il a été décidé de ne plus urbaniser les parcelles périphériques des hameaux mais au contraire, de privilégier la restauration et l'extension du bâti existant. Son classement en zone agricole est donc cohérent avec le PADD. Enfin, si la parcelle était précédemment classée en zone Udi, sur un dixième de sa surface, les requérants ne détiennent aucun droit acquis au maintien d'un tel classement, le plan local d'urbanisme intercommunal répondant à un autre parti d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle E n° 1447 en zone agricole doit être écarté.

5. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Si les parcelles voisines n° 1453 et n° 1451 ont été maintenues en zone urbaine alors qu'elles présentent, selon les requérants, des caractéristiques similaires, cette circonstance est inopérante sur le classement de la parcelle E n° 1447 dès lors que ce classement répond à un intérêt urbanistique, comme il vient d'être dit.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les conclusions présentées par les requérants, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire doit aux conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

D E C I D E :

Article 1er :La requête des consorts C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. E C, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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