jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004966 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 août 2020 et le 28 janvier 2021, M. D A, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté, en date du 20 février 2020, par lequel le préfet de la Drôme a refusé de faire bénéficier sa fille du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de faire droit à sa demande, et à titre subsidiaire, de la réexaminer ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la consultation du maire, qui doit émettre un avis motivé sur la demande de regroupement familial, en application des dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas établie dès lors que la décision attaquée ne vise pas la date à laquelle l'avis aurait été rendu ;
- le préfet a commis une erreur de fait en considérant que les bulletins de paie qu'il avait produits n'étaient pas conformes ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tenant compte, pour apprécier le caractère stable de ses ressources, du fait qu'il avait démissionné de son emploi postérieurement à la date de sa demande ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des
dispositions des articles L. 411-1 et L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'il ne disposait pas de ressource stable alors qu'il bénéficiait de l'aide au retour à l'emploi ;
- le refus qui lui est opposé viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2020, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.
Une pièce complémentaire a été produite le 17 février 2021 pour M. A et a été communiquée.
La demande d'aide juridictionnelle du requérant a été rejetée par une ordonnance du 5 mars 2021 constatant la caducité faute de production des pièces demandées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1.M. D A, ressortissant sénégalais né le 2 novembre 1978, a sollicité le 23 août 2019 le bénéfice du regroupement familial pour sa fille ainée, née le 20 septembre 2003. Par la décision attaquée du 20 février 2020, la préfète de la Drôme a rejeté sa demande.
2.Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () / ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Aux termes de l'article R. 421-4 de ce code : " A l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger présente les copies intégrales des pièces suivantes : 3° Les justificatifs des ressources du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, tels que le contrat de travail dont il est titulaire ou, à défaut, une attestation de son employeur, les bulletins de paie afférents à la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande () "
3.En premier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le demandeur doit fournir à l'appui de sa demande de regroupement familial les pièces justifiant du caractère suffisant du niveau de ses ressources sur la période de douze mois précédant le dépôt de cette demande. Cependant, il est toujours possible, pour la préfète, de prendre sa décision en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur dont il aurait connaissance, y compris après le dépôt de la demande. Dès lors, doit être écarté le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur de droit en tenant compte, pour apprécier la stabilité de ses ressources, du fait qu'il avait démissionné de son emploi postérieurement au dépôt de sa demande.
4.En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier qu'à la date de sa demande, le 23 août 2019, M. A disposait depuis le 4 février 2019 d'un contrat à durée indéterminée pour l'exercice d'un emploi au sein de l'agence Valence BTP Transport de la société Manpower, qui lui procurait des ressources supérieures au SMIC, il est constant qu'il a démissionné de son poste dès le 3 octobre 2019. Ainsi, à la date de la décision préfectorale, il se trouvait au chômage et ne percevait plus que des allocations d'aide au retour à l'emploi, qui ne peuvent être regardées comme présentant un caractère stable, contrairement à ce qu'il soutient. Si M. A fait également valoir qu'il aurait retrouvé un emploi en août 2020, cette circonstance postérieure à la décision attaquée est sans influence sur sa légalité. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier qu'il ne s'agissait que d'un emploi à durée déterminée de quatre mois et demi. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Drôme aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que ses ressources ne présentaient pas de caractère stable à la date de sa décision.
5.En troisième lieu, à supposer que la préfète de la Drôme ait commis une erreur de fait en considérant que les bulletins de paie qu'il avait produits n'étaient pas conformes, l'absence de caractère stable de ses ressources constituait à lui seul un motif suffisant pour refuser de faire droit à sa demande de regroupement familial. Dès lors que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
6.Par ailleurs, aux termes de l'article R. 421-18, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration du délai de deux mois prévu à l'article L. 421-3, cet avis est réputé favorable. ".
7.La seule circonstance que la décision attaquée vise l'avis du maire de Valence sans préciser la date à laquelle il a été rendu ne permet pas de retenir que cet avis serait inexistant. Il est au surplus justifié que le maire de Valence, après avoir procédé aux vérifications requises, a émis un avis motivé sur le logement de M. A et sur ses ressources. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait et doit être écarté.
8.Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9.Pour soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, M. A fait valoir que sa fille ainée vit seule au Sénégal et a atteint sa majorité en septembre 2021. Il n'est cependant pas contesté que M. A, sa concubine, et leurs deux enfants résidant en France avec eux, vivent séparés de celle-ci depuis déjà plus de douze ans. Ainsi, en lui refusant le bénéfice du regroupement familial au motif tiré d'une absence de stabilité des ressources lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille, la préfète de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis par sa mesure. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête susvisée de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de la Drôme, ainsi qu'à Me Lantheaume.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. B et M. C, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
A. TRIOLET La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2004966
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026