mercredi 15 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoires enregistrés le 20 août 2020 et le 30 juin 2021, Mme B C demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Bièvre Est a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal et la décision du 23 mars 2020 par laquelle le président de cet établissement public a rejeté son recours gracieux du 27 février 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Bièvre Est une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération du 16 décembre 2019 méconnait les dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme eu égard aux avis défavorables émis par les communes de Beaucroissant et d'Oyeu ;
- la communauté de communes de Bièvre Est a failli à ses obligations de concertation et de collaboration avec les communes comme le révèle le motif de l'avis défavorable de la commune de Beaucroissant ;
- le dossier d'enquête publique était incomplet en ce qu'il manquait les plans graphiques B', le projet d'aménagement et de développement durable, le rapport de présentation, le bilan de concertation, les annexes et les avis émis par le Scot de l'Isère, de l'INAO et la chambre d'agriculture qui ont été écartés à tort ;
- lors de l'enquête publique, ses observations n'ont pas été prise en compte au prétexte du défaut d'identification de sa parcelle imputable à l'administration ;
- la carte des aléas n'a pas été mise à jour des limites territoriales entre les communes de Beaucroissant et Renage, de sorte que les terrains litigieux figurent à tort sur la commune de Renage dans le dossier approuvé ;
- le changement de commune des parcelles litigieuses intervenu le 13 mars 2019 n'a été intégré par la CCBE au mieux que le dernier mois précédant l'approbation du PLUi ;
- ces négligences et inexactitudes ont vicié la procédure d'examen non seulement de sa requête au cours de l'enquête publique mais encore plus largement toute la réflexion autour du zonage de ces parcelles ; cela eu des conséquences sur l'information des personnes chargées d'élaborer ce PLUi et du public ;
- le nombre important de corridors locaux et de zones de biodiversité ajoutés à la trame verte et bleue n'est pas justifié sur le plan écologique ;
- les corridors et les zones de biodiversité n'ont pas fait l'objet d'une concertation préalable durant l'élaboration du PLUi en méconnaissance de l'article L. 103. 2 du code de l'urbanisme et de l'article L. 120-1 du code de l'environnement ;
- le classement sur le territoire de la commune de Beaucroissant des parcelles AD numéros nos 451, 452,453,455,456, 457 458 et 459 en zone Ns et en cordon écologique est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 février 2021 et le 12 octobre 2021, la communauté de communes Bièvre Est, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des courriers du 26 janvier 2023 et 31 janvier 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, qu'il envisageait de surseoir à statuer et les a invitées à présenter leurs observations.
Des observations, enregistrées le 30 janvier 2023 et le 1er février 2023, ont été présentées par Me Fessler pour la communauté de Communes Bièvre Est.
Des observations, enregistrées le 31 janvier 2023, ont été présentées par Mme C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fessler représentant la communauté de communes Bièvre Est.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C demande l'annulation de la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Bièvre Est (CCBE) a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) et la décision du 23 mars 2020 par laquelle le président de cet établissement public a rejeté son recours gracieux du 27 février 2020.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne l'application des dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme :
2. Aux termes de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'une des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale émet un avis défavorable sur les orientations d'aménagement et de programmation ou les dispositions du règlement qui la concernent directement, l'organe délibérant compétent de l'établissement public de coopération intercommunale délibère à nouveau et arrête le projet de plan local d'urbanisme à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés ".
3. Ces dispositions subordonnent l'intervention d'une nouvelle délibération et d'un nouvel arrêt du projet du PLUi à la majorité qualifiée à ce que l'avis défavorable émis par la commune consultée porte sur les orientations d'aménagement et de programmation ou les dispositions du règlement qui la concernent directement.
4. En premier lieu, par une délibération du 23 avril 2019, le conseil municipal d'Oyeu a émis un avis défavorable au projet de plan local d'urbanisme intercommunal arrêté le 4 février 2019. Après une présentation purement descriptive des documents composant le PLUi, cette délibération se borne à émettre un avis défavorable sans mentionner la moindre observation portant sur les orientations d'aménagement et de programmation ou les dispositions du règlement qui concernent directement la commune d'Oyeu. Faute de respecter la condition posée par les dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme, le conseil municipal d'Oyeu ne peut être regardé comme ayant adopté un avis défavorable au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme.
5. En second lieu, le conseil municipal de Beaucroissant a également émis un avis défavorable au projet par une délibération du 23 avril 2019, aux motifs " que les conditions dans lesquelles se sont déroulées l'instruction et l'élaboration du PLUi n'ont pas été à la hauteur de la grande technicité et des enjeux majeurs de ce dossier, Considérant notamment que les délais de mise à disposition des documents (cartes, règlements) et le temps de travail imparti aux élus municipaux ne leur ont pas permis de se prononcer et de statuer dans de bonnes conditions. Considérant également que la version arrêtée par le conseil communautaire n'a jamais été transmise à la commune au préalable. Considérant qu'il convient, en application des dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme de donner un avis sur le projet de PLUi arrêté. Après en avoir débattu, à 9 voix pour, 3 voix contre et 1 abstention, émet un avis défavorable au projet de PLUi arrêté par délibération du conseil communautaire du 4 février 2019 ".
6. Cet avis défavorable, qui se fonde sur la remise en cause des modalités d'association de la commune à l'élaboration du PLUi, a été pris au regard au regard de considérations étrangères à celles énoncées par les dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme.
7. Il est vrai toutefois que, dans un second temps, après avoir émis ce vote au visa de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme, le conseil municipal de Beaucroissant a demandé que des modifications soient " prises en compte " par la CCBE portant sur le classement en zone UAa de la parcelle cadastrée section AN n°177, sur le fait que le champ de foire ne soit pas grevé d'un espace boisé classé, sur la modification du classement des parcelles cadastrées section AM numéros 1, 2, 3 et 124, sur les corrections à apporter aux graphiques des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) n°1 et n°2 du " chemin du Sabot " pour tenir compte de la présence à proximité de cette dernière OAP d'un bâtiment d'exploitation agricole classée en installation classée protection de l'environnement, sur la situation des bâtiments existants dans le règlement de la zone UE, sur l'aléa inondation dans la carte des aléas et sur l'intégration dans le PLUi de la modification de limites territoriales entre les communes de Beaucroissant et Renage. Ces différents points entrent ainsi dans le champ d'application de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme.
8. En admettant que ces observations puissent être regardées comme révélant les véritables motifs de l'avis défavorable émis par le conseil municipal de Beaucroissant, il ressort des pièces du dossier que ces demandes ont été satisfaites au cours de l'élaboration ultérieure du projet de PLUi. Dès lors, elles ont eu un effet utile, si bien que, dans les circonstances de l'espèce, le vice résultant de l'absence de nouvelle délibération sur le projet de PLUi arrêté n'a pas effectivement privé la commune de Beaucroissant d'une garantie et doit être regardé comme ayant été sans incidence sur la légalité de la délibération finale d'approbation du PLUi.
9. Le moyen tiré du vice de procédure en raison de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme doit être, par suite, écarté.
En ce qui concerne les modalités de la collaboration avec les communes :
10. Aux termes de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de :1° L'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme, de document d'urbanisme en tenant lieu et de carte communale, en collaboration avec les communes membres. L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale arrête les modalités de cette collaboration après avoir réuni une conférence intercommunale rassemblant, à l'initiative de son président, l'ensemble des maires des communes membres () ".
11. En application de ces dispositions, le conseil communautaire a déterminé, par délibération du 14 décembre 2015, les modalités de collaboration entre la communauté de communes de Bièvre Est et ses communs membres.
12. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours du mois de septembre 2018 l'avant-projet de PLUi a été présenté aux conseillers municipaux réunis par secteur lors de quatre réunions dont les feuilles de présence et d'émargement sont produites par la CCBE. Il ressort en outre des pièces du dossier que, par courriels du 4 octobre 2018, le vice-président en charge de l'aménagement de l'Espace a transmis aux conseillers municipaux le support de présentation du pré-projet du PLUI sur la base duquel s'étaient déroulées ces réunions. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les élus municipaux de Beaucroissant ont été mis dans l'impossibilité de se prononcer sur le projet de PLUi, faute d'en avoir eu connaissance avant que le conseil municipal n'émette son avis le 19 avril 2019. En tout état de cause, la délibération 4 février 2019 approuvant le bilan de concertation fait notamment état de la tenue de 3 conférences des maires, de 3 conseils communautaires, de 11 comités de pilotage, de 7 rencontres avec les référents PLUI de chaque commune et de 8 réunions avec les conseils municipaux réunis en 4 secteurs. Elle indique également que le projet de PLUi est consultable sur le site internet de la communauté de communes de Bièvre Est. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la concertation préalable avec le public :
13. Aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 103-3 du même code, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par :() 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. () ". Enfin, l'article L. 600-11 de ce code prévoit que : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées () ".
14. Par délibération du 9 novembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes de Bièvre Est a fixé les modalités de concertation avec le public durant la phase d'élaboration du PLUi. Mme C n'allègue pas que ces modalités de concertation n'auraient pas été respectées. Dès lors, en, application de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme, la requérante ne peut utilement soutenir que les corridors et les zones de biodiversité n'ont pas fait l'objet d'une concertation préalable avec le public durant l'élaboration du PLUi en méconnaissance de l'article L. 103. 2 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, dès lors qu'une procédure de concertation préalable du public est organisée en application du code de l'urbanisme, l'article L. 120-1 du code de l'environnement invoqué par la requérante n'est pas applicable au présent litige.
En ce qui concerne la régularité de l'enquête publique :
S'agissant du caractère complet du dossier d'enquête publique :
15. L'article R. 123-8 du code de l'environnement dans sa version alors applicable dispose : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. Le dossier comprend au moins :1° Lorsqu'ils sont requis, l'étude d'impact et son résumé non technique, le rapport sur les incidences environnementales et son résumé non technique, et, le cas échéant, la décision prise après un examen au cas par cas par l'autorité environnementale mentionnée au IV de l'article L. 122-1 ou à l'article L. 122-4, ainsi que l'avis de l'autorité environnementale mentionné au III de l'article L. 122-1 et à l'article L. 122-7 du présent code ou à l'article L. 104-6 du code de l'urbanisme () 3° La mention des textes qui régissent l'enquête publique en cause et l'indication de la façon dont cette enquête s'insère dans la procédure administrative relative au projet, plan ou programme considéré, ainsi que la ou les décisions pouvant être adoptées au terme de l'enquête et les autorités compétentes pour prendre la décision d'autorisation ou d'approbation ;4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme ;5° Le bilan de la procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, de la concertation préalable définie à l'article L. 121-16 ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision. Il comprend également l'acte prévu à l'article L. 121-13. Lorsque aucun débat public ou lorsque aucune concertation préalable n'a eu lieu, le dossier le mentionne ;6° La mention des autres autorisations nécessaires pour réaliser le projet dont le ou les maîtres d'ouvrage ont connaissance ().".
16. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une enquête publique ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de cette enquête publique, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
17. En premier lieu, Mme C soutient que le dossier d'enquête publique sous format papier ne comportait pas le projet d'aménagement et de développement durable, le rapport de présentation, le bilan de concertation et les annexes au PLUi. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du constat d'huissier établi le 9 mai 2019, que le public pouvait prendre connaissance de ces documents sur le site internet de la communauté de communes depuis leur domicile ou depuis un poste informatique qui avait été mis à sa disposition dans chaque commune afin de permettre un accès au dossier mis en ligne.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 153-4 du code de l'urbanisme : " Les personnes consultées en application des articles L. 153-16 et L. 153-17 donnent un avis dans les limites de leurs compétences propres, au plus tard trois mois après transmission du projet de plan. A défaut de réponse dans ce délai, ces avis sont réputés favorables ".
19. Ces dispositions ne sauraient faire obstacle à ce que les personnes publiques associées puissent légalement procéder, tant que le processus décisionnel dans lequel elles interviennent n'est pas arrivé à son terme, à un nouvel examen des questions relevant de leur compétence et émettre un nouvel avis confirmant, modifiant ou infirmant celui qui avait été précédemment émis ou qui serait tacitement intervenu.
20. L'enquête publique s'est déroulée du 20 mai au 22 juin 2019. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'enquête publique (pages 79 et 80) que l'établissement public du schéma de cohérence territorial (Scot) de la région urbaine de Grenoble, l'institut national de l'origine et de la qualité (INAO) Sud Est et la chambre d'agriculture de l'Isère ont été consultés sur le projet arrêté de PLUi par lettres recommandées reçues entre le 11 février et le 14 février 2019. Leurs avis n'ayant pas été formulé dans le délai prescrit de trois mois, ceux-ci sont réputés favorables au plus tard le 14 mai 2019. La chambre d'agriculture de l'Isère a toutefois émis un avis explicite le 13 mai 2019, l'INAO le 15 mai 2019 et l'établissement public du Scot de la région urbaine de Grenoble le 12 mai 2019 reçu le 14 mai 2019. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de la commission d'enquête que ces avis explicites n'ont pas été joints par la CCBE au dossier d'enquête publique en raison de leur réception postérieure à la formation d'un avis implicite.
21. Ces avis ont toutefois été reçus par la CCBE antérieurement à l'ouverture de l'enquête publique. Compte tenu de cette date d'arrivée, aucun obstacle juridique ou matériel ne s'opposait à ce qu'ils soient versés dans le dossier d'enquête publique, au moins celui consultable en ligne, afin que le public, qui disposait alors d'un temps suffisant, en prenne connaissance et formule, le cas échéant, des observations s'y rapportant. Dans ces conditions, c'est à tort que la CCBE a estimé que les avis parvenus au-delà du délai institué par les dispositions de l'article R. 153-4 du code de l'urbanisme devaient être par principe écartés du dossier d'enquête publique quels que soient leur date de réception et leur contenu.
22. En troisième lieu, Mme C soutient que le dossier d'enquête publique est incomplet en l'absence du plan B' relatif aux risques naturels établi postérieurement à l'enquête publique et que le plan B intitulé " Risques, nuisances et contraintes " figurant au dossier d'enquête publique était peu compréhensible pour le public.
23. Il ressort des pièces du dossier que les zones représentées dans les plans B " Contraintes, risques et nuisances " sont dénommées par rapport aux aléas et à leur intensité (C2, G1, T3 par exemple) sans renvoyer aux zones telles que précisément définies dans le tome 3 du règlement écrit ( RC, Bc2, Bg ou Bgs par exemple) dont l'objet est pourtant de déterminer les dispositions applicables dans chaque zone à risques. Faute de correspondance entre ces documents, le public n'a pas disposé lors de l'enquête publique d'une information suffisamment claire et compréhensible sur les risques naturels lui permettant aisément de déterminer les règles s'appliquant aux parcelles affectées d'un tel risque. Dans son avis du 2 mai 2019, le préfet de l'Isère a d'ailleurs formulé une réserve sur la prise en compte des risques naturels en raison du défaut de correspondance entre les règlements graphique et écrit, outre qu'il a présenté des multiples observations sur les incohérences, le manque de lisibilité et de précision du plan B. Le rapport de la commission d'enquête publique relève aussi " une certaine incompréhension de nombreux habitants par rapport aux documents de l'Etat sur les zones soumises aux risques naturels " et souligne que la discordance entre les règlements écrit et graphique a rendu " très difficile la compréhension de ces zones à risques ". Ces lacunes ont d'ailleurs justifié la confection, postérieurement à l'enquête publique, d'un nouveau plan B' sur les risques naturels. Dès lors, et eu égard à l'importance de ce document pour déterminer le régime de constructibilité des parcelles soumises aux risques naturels, les insuffisances du plan B ont été de nature à nuire à l'information du public nécessaire à l'expression utile son opinion et à exercer une influence sur la décision de la CCBE approuvant le PLUi.
24. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la CCBE n'a pas instruit dans un premier temps la demande que Mme C a présentée en cours de l'enquête publique au motif avancé du défaut d'identification de ses parcelles. Cette demande a été toutefois traitée par la commission d'enquête qui, après avoir rencontré l'intéressée sur les lieux, a proposé de rendre constructible la pointe sud de sa parcelle cadastrée section AD n°451. La CCBE a été ensuite saisie de ces éléments et a été en mesure de traiter finalement cette demande lors de la phase d'enquête publique. Dans ces conditions, la circonstance que les services de la CCBE n'ont pas initialement instruit la requête de Mme C avec diligence n'a pas été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, à vicier la procédure.
25. Il suit de là que les vices relevés aux points 21 et 23, pris tant isolément que par leur effet conjugué, ont nui à l'information des personnes intéressées par le projet de PLUi. En outre, ils ont été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la délibération du 16 décembre 2019. Ils sont donc de nature à entacher d'irrégularité l'enquête publique et à entraîner l'annulation totale de la délibération contestée.
En ce qui concerne la modification des limites territoriales entre les communes de Beaucroissant et de Renage :
26. Au cours de période d'élaboration du PLUi, le préfet de l'Isère a modifié, par arrêté du 13 mars 2019, les limites territoriales entre les communes voisines de Beaucroissant et de Renage, entrainant le transfert des parcelles appartenant à Mme C à la commune de Beaucroissant. Le PLUi couvre le territoire de ces deux communes. Mme C n'apporte pas d'éléments précis tendant à établir l'incidence de cette modification des limites territoriales des deux communes sur le contenu des dispositions applicables à ses terrains. Aussi, les circonstances que le PLUI a été élaboré alors que ses parcelles relevaient encore du territoire de la commune de Renage, que la carte des aléas n'a pas été mise à jour et que cette modification des limites territoriales a été prise en compte dans les documents du PLUi seulement durant le mois précédant son approbation sont, par elles-mêmes, sans influence sur la légalité de la délibération du 16 décembre 2019 approuvant le PLUi.
En ce qui concerne la justification du nombre de corridors locaux et de zones de biodiversité :
27. Mme C invoque les lacunes du rapport de présentation du PLUi quant à la justification du nombre important de zones de biodiversité et de corridors écologiques instaurés par le PLUi en s'appuyant sur l'avis émis par les services de l'Etat le 2 mai 2019.
28. S'agissant des zones de biodiversité, le tome 2 du rapport de présentation portant sur l'état initial de l'environnement justifie du nombre des zones de biodiversité identifiés sur le plan local dans le cadre d'une " démarche de précision de la TVB dans le cadre du PLUi " en s'appuyant sur une étude spécifique sur la Trame verte et bleue produit par le bureau d'études Mosaique en 2017 qui décrit les sous-trames écologiques (pages 20 à 69). Ce rapport indique que " La déclinaison des réservoirs identifiés dans le SRCE et le SCoT, et le travail mené avec les acteurs locaux () a permis d'identifier 48 réservoirs de biodiversité sur le territoire de Bièvre Est ". Ces éléments et les renvois opérés permettent de saisir le lien entre l'inventaire des ressources naturelles et l'identification des réservoirs de biodiversité.
29. S'agissant des corridors écologiques, il est expliqué en page 60 du tome 2 du rapport de présentation : " À partir de l'analyse du territoire par sous-trame (Cf. présentation des sous-trames dans la partie 1.1), des corridors écologiques ont été définis afin de connecter deux réservoirs de biodiversité entre eux ". Les développements ultérieurs jusqu'à la page 62 sont trop abstraits pour justifier du choix de créer sur le territoire 67 corridors écologiques en plus des 8 corridors identifiés dans le schéma régional de cohérence écologique et le schéma de cohérence territorial et le rapport ne procède, par ailleurs, à aucun renvoi notamment sur les autres pièces composant le PLUi. Si deux cartes synthétiques permettent de les localiser et des hiérarchiser en fonction de leur besoin de restauration, aucun lien autre que spatial n'est explicité entre ces corridors et l'inventaire des ressources naturelles et des réservoirs de biodiversité comme l'observent les services de l'Etat dans leur avis du 2 mai 2019. Bien qu'une analyse au cas par cas ne soit pas exigée, le rapport de présentation s'avère ainsi insuffisant s'agissant de la méthode d''identification des 67 corridors institués par le PLUi au plan local.
En ce qui concerne le classement des parcelles cadastrées section AD nos 451, 452, 453, 455,456, 457, 458 et 459 en zone naturelle sensible et en corridor écologique :
30. L'article R.151-18 du code de l'urbanisme définit les zones urbaines comme suit : " Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ".
31. L'article R.151-24 du code de l'urbanisme dispose que " Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ;5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
32. Le rapport de présentation du PLUi identifie la zone UC aux franges d'urbanisation des tissus bâtis majoritairement constitués par de l'habitat pavillonnaire et il précise que sa délimitation est " largement circonscrite aux bâtis existants " tout en n'excluant pas son développement " par le comblement prioritaire des espaces libres, des dents creuses ou par division parcellaire ".
33. Ce rapport définit le secteur Ns comme délimitant les espaces naturels sensibles constitutifs de la trame verte et bleue à protéger de toutes nouvelles constructions, y compris agricoles et forestières en raison de leur intérêt écologique.
34. Il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique que l'emprise de la volumineuse construction édifiée le long de la route du Bois ainsi qu'une petite portion de la cour située devant cette maison d'habitation ont été classées en zone UC correspondant à une partie des parcelles nos 454 et 455. La parcelle attenante n° 450, située à l'arrière de la maison en continuité avec les constructions existantes au Nord, est également classée en zone UC. Le reste du tènement est classé en zone Ns.
35. La maison à usage d'habitation des consorts C forme à cet endroit l'extrémité de la bande pavillonnaire classée en zone UC qui s'est développée le long de la route du Bois. Elle est immédiatement entourée au Sud et surtout à l'Est d'un secteur non construit présentant très majoritairement un caractère naturel et partiellement boisé. Dans ces conditions, bien qu'elles comprennent une partie de la cour gravillonnée attenante à la maison, les parcelles n°454 et n°455 ne peuvent être regardées, dans leur partie classée en zone Ns, comme constituant une dent creuse ou un espace libre mais comme se rattachant à la vocation naturelle du secteur en bordure duquel se situe cette construction. Dès lors, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que les auteurs du PLUi ont limité le classement du tènement en zone UC à l'emprise de la maison à usage d'habitation et à une partie de la cour attenante ainsi qu'à la parcelle n°50 située à l'intérieur de cette portion urbanisée, sans y inclure la totalité de la cour gravillonnée et le chemin de desserte, non goudronné et surplombé d'arbres, qui rejoint la route du Bois, ces aménagements ne remettant pas en cause le caractère naturel de cet endroit présent des deux côtés de la route. Ce classement répond, en outre, aux orientations du projet d'aménagement et de développement durable qui visent à restreindre fortement les possibilités de développement des zones excentrées du centre-bourg afin d'assurer une modération de la consommation des espaces agricoles naturels et forestiers environnants et de lutter ainsi contre l'étalement urbain.
36. Par ailleurs, la partie du tènement appartenant aux consorts C classée en zone Ns est dépourvue de toute construction et occupe, malgré quelques aménagements d'ampleur limitée dans la partie haute du tènement située le long de la route, une vaste zone naturelle et boisée qui s'étend à l'Est en contrebas jusqu'à la commune de Renage et à l'Ouest au-delà de la route du Bois. Ce secteur est inclus dans la trame verte et bleue établi par le schéma de cohérence territorial de la région de Grenoble, dans la carte intitulée " Hiérarchisation des corridors écologiques " et dans la carte synthétique figurant au rapport de présentation faisant apparaitre les réservoirs de biodiversité et continuités écologiques de Bièvre Est. Ce classement répond ainsi à la nécessité de préserver la qualité du site tant sur le plan écologique que paysager en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durable qui entend protéger la trame verte et bleue, notamment les grandes entités boisées, comme " valeur ajoutée " du cadre de vie. Aussi, le choix du zonage en zone Ns des parcelles des consorts C n'est pas, dans ces conditions, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation alors même qu'il inclut une petite partie de terrain faiblement artificialisé au droit de la route du Bois.
37. Le plan C " environnement paysage et patrimoine " identifie un corridor écologique de type 1 sur la parcelle n°451 et sur la parcelle n°459, dans sa partie la plus éloignée de la route, c'est-à-dire en dehors de la pointe que forme cette parcelle au droit de la voie publique. Eu égard aux enjeux écologiques mentionnés au point précédent et alors le corridor n'apparait pas inclure le chemin de desserte de la propriété de Mme C, le plan C du PLUi n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il identifie un corridor écologique sur ces parcelles.
Sur le sursis à statuer :
38. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ; 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Si, après avoir écarté les autres moyens, le juge administratif estime que le vice qu'il relève affecte notamment un plan de secteur, le programme d'orientations et d'actions du plan local d'urbanisme ou les dispositions relatives à l'habitat ou aux transports et déplacements des orientations d'aménagement et de programmation, il peut limiter à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce. ".
39. Les vices de procédure mentionnés aux points 21 et 23 tirés de l'incomplétude et de l'insuffisance du dossier d'enquête publique ainsi que le vice mentionné au point 29 tiré de l'insuffisante motivation du rapport de présentation sur le nombre de corridors écologiques sont susceptibles d'être régularisés, en application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. Cette régularisation peut intervenir par l'adoption d'une nouvelle délibération approuvant le PLUi, prise après l'organisation d'une nouvelle enquête publique. Dès lors, il y a lieu, en l'espèce, de surseoir à statuer sur la requête de Mme C jusqu'à l'expiration d'un délai de 10 mois à compter de la notification du présent jugement afin de permettre la régularisation de la délibération contestée.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête de Mme C selon les modalités définies au point 39.
Article 2 : Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la communauté de communes Bièvre Est. Copies-en sera adressée au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
M. Ban, premier conseiller.
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.
Le rapporteur,
J-L. A
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026