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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004973

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004973

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPLANES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2020, M. B C, représenté par Me Planes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa déclaration de libre établissement pour l'exercice de l'activité de moniteur de ski alpin et a refusé de lui délivrer une carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte professionnelle pour l'exercice de l'activité de moniteur de ski, au besoin sous astreinte ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 50 000 euros au titre de son préjudice moral et de 105 000 euros au titre de son préjudice économique ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en méconnaissance de ce que lui imposaient l'article 51 de la directive 2005/36/CE du 7 septembre 2005 et l'article R. 212-90-2 du code du sport, le préfet n'a pas examiné ni vérifié son dossier de déclaration, ni demandé de le compléter et n'en a pas accusé réception, dans le délai d'un mois suivant la réception de ce dossier, et il n'a, ensuite, pas pris de décision dans le délai de trois mois suivant cette réception, entachant ainsi sa décision d'un vice de procédure ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure d'examen de sa demande lui permettant de déroger au principe de reconnaissance des qualifications professionnelles au regard d'une différence substantielle entre sa qualification et celle requise en France ;

- il bénéficie d'une présomption de qualification en l'absence de démonstration de l'existence d'une différence substantielle entre sa qualification et celle requise en France ;

- sa formation étant réglementée, il bénéficie d'une présomption de qualification conformément aux dispositions du 3° de l'article R. 212-90 du code du sport et il n'avait pas à fournir la preuve de son expérience professionnelle, le préfet de l'Isère disposant de longue date des éléments établissant l'équivalence de sa formation réglementée avec celle requise en France ;

- le préfet ne pouvait lui exiger de fournir une photographie d'identité sous un format particulier ;

- il a subi un préjudice moral et un préjudice économique en raison de l'illégalité fautive imputable au préfet de l'Isère.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2021, la ministre déléguée auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, chargée des sports, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'Accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique publié au journal officiel de l'Union européenne C-384-I du 12 novembre 2019 ;

- la directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles, modifiée par la directive 2013/55/UE du Parlement européen et du Conseil du 20 novembre 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du sport ;

- l'ordonnance n° 2016-1809 du 22 décembre 2016 portant reconnaissance des qualifications professionnelles réglementées ;

- le décret n° 2017-1270 du 9 août 2017 portant adaptation au droit de l'Union européenne relatif à la reconnaissance des qualifications professionnelles pour l'exercice des professions d'éducateur sportif et d'agent sportif ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pfauwadel, président,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité britannique, a adressé au préfet de l'Isère, le 1er août 2019, une déclaration de libre établissement en vue d'exercer en France la profession de moniteur de ski alpin, en faisant valoir sa qualification britannique " Alpine Ski Teacher ISIA " délivrée par la British Association of Snowsport Instructors (BASI) et a conséquemment sollicité la délivrance de la carte professionnelle correspondante. Le préfet lui a opposé un refus implicite. Par une décision du 13 décembre 2019, le préfet de l'Isère a rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre de cette décision le 12 novembre 2019. Par un courrier du 26 février 2020, M. C a adressé au préfet de l'Isère une seconde déclaration de libre établissement en faisant valoir sa qualification irlandaise " Alpine Level 4 Ski Teacher " délivrée par la Irish Association of Snowsports Instructors (IASI). Par un courrier du 16 mars 2020, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande. M. C demande l'annulation de cette dernière décision et la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 50 000 euros au titre de son préjudice moral et 105 000 euros au titre de son préjudice économique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Il ressort des pièces du dossier que par sa décision du 16 mars 2020, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. C une carte professionnelle et a rejeté sa déclaration de libre établissement du 26 février 2020 par laquelle il avait déclaré sa volonté d'exercer en France la profession de moniteur de ski, en se prévalant explicitement de sa seule qualification irlandaise. M. C demande au tribunal, dans la présente instance, l'annulation de cette décision en ce qu'elle rejette sa demande de reconnaissance de sa qualification britannique du 1er août 2019. Toutefois, la décision attaquée ne se prononce pas sur la qualification britannique du requérant. Dès lors, tous les moyens dirigés contre le refus de reconnaître cette qualification professionnelle sont inopérants contre la décision attaquée qui se borne à rejeter la déclaration de libre établissement du 26 février 2020, relative à sa qualification irlandaise.

3. Par suite, il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. En l'absence d'illégalité fautive, la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée à l'égard de M. C. Par suite, sa demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.

Copie sera transmise pour information au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

F. Permingeat

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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