vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005039 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | DESSAIGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 août 2020, M. A B, représenté par Me Dessaigne, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne Rhône-Alpes a rejeté le recours préalable obligatoire qu'il a formé le 3 avril 2020 contre la sanction de placement en cellule disciplinaire pendant une durée de vingt jours, prononcée à son encontre par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Grenoble-Varces le 30 mars 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 720 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée de vices de procédure tirés de ce que le rapport d'enquête du 25 mars 2020 ne lui a pas été communiqué, de ce qu'il n'a pas eu accès aux données de vidéo-protection dont il a demandé la communication et de ce que le compte-rendu d'incident est imprécis sur les faits à l'origine des poursuites ;
- la décision de la commission de discipline est insuffisamment motivée ;
- les faits qui lui sont reprochés sont insuffisamment qualifiés ;
- la sanction est entachée d'erreur matérielle.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme d'Elbreil, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur B, incarcéré au centre pénitentiaire de Grenoble-Varces, a fait l'objet le 30 mars 2020 d'une sanction de placement en cellule disciplinaire d'une durée de vingt jours, prononcée par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire, pour refus de sortir de la cour de promenade et participation à un mouvement collectif. Le 3 avril 2020, il a formé à l'encontre de cette sanction un recours préalable auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne Rhône-Alpes. Par une décision du 13 mai 2020, notifiée à l'intéressé le 14 mai suivant, le directeur interrégional des services pénitentiaires a confirmé la sanction disciplinaire. Le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur la légalité externe :
2. Seule la décision prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". Le compte-rendu d'incident ne constitue pas un document ou une correspondance rédigé par l'administration pénitentiaire à destination d'un détenu mais un document purement interne à l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que ce document serait insuffisamment motivé est inopérant et ne peut donc qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " I.- En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. () / III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () "
5. Si M. B soutient que la décision de poursuite devant la commission de discipline vise un rapport d'enquête daté du 25 mars 2020 qui ne lui aurait pas été communiqué, il ressort des pièces du dossier que la mention de la date de ce rapport est entachée d'une erreur de plume, le rapport d'enquête, dont il est constant qu'il lui a été communiqué, étant en réalité daté du 26 mars 2020. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 726 du code de procédure pénale : " Le régime disciplinaire des personnes détenues placées en détention provisoire ou exécutant une peine privative de liberté est déterminé par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret précise notamment : / () / 4° La procédure disciplinaire applicable, au cours de laquelle la personne peut être assistée par un avocat choisi ou commis d'office, en bénéficiant le cas échéant de l'aide de l'Etat pour l'intervention de cet avocat. Ce décret détermine les conditions dans lesquelles le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition et celles dans lesquelles l'avocat, ou l'intéressé s'il n'est pas assisté d'un avocat, peut prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense, sous réserve d'un risque d'atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ; / () ". Aux termes du IV de l'article R. 57-7-16 de ce code : " IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire ".
7. Si la procédure disciplinaire visant un détenu a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéoprotection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. Dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il est loisible à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utile au besoin de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à une telle demande au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. En revanche, il appartient au directeur du centre pénitentiaire, ou au président de la commission de discipline si la demande est formulée au cours de la séance de la commission, d'apprécier, au regard des circonstances propres à l'action disciplinaire mise en œuvre, s'il y a lieu d'y faire droit. Un refus n'entache la procédure disciplinaire d'irrégularité que s'il est manifestement injustifié.
8. M. B soutient que les données de vidéoprotection relatives à un mouvement collectif dans la cour de promenade du centre pénitentiaire ne lui ont pas été communiquées malgré la demande qu'il a formée le 27 mars 2020. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est soutenu que la commission de discipline et le directeur interrégional aient fondé leur conviction de la réalité des faits sur des enregistrements de vidéosurveillance qui auraient été réalisés. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment du propre récit de l'intéressé devant la commission de discipline peu détaillé quant aux circonstances dans lesquelles il aurait été empêché de regagner sa cellule, que l'administration pénitentiaire ait pris une décision manifestement injustifiée en refusant l'accès aux enregistrements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense du requérant doit être écarté.
9. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision de la commission de discipline est insuffisamment motivée, dans la mesure où, en tout état de cause, le défaut de motivation est propre à la décision initiale, qui a nécessairement disparu avec la décision du 13 mai 2020 du directeur interrégional des services pénitentiaires prise sur recours administratif préalable obligatoire. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité interne :
10. Aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 7° De participer ou de tenter de participer à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 de ce code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré () ".
11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été sanctionné pour avoir, le 18 mars 2020, refusé de sortir de la cour de promenade du centre pénitentiaire et participé à un mouvement collectif de détenus. S'il conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés en soutenant notamment qu'il aurait été contraint par d'autres détenus de rester dans la cour au risque de subir des représailles s'il regagnait sa cellule, il n'apporte toutefois à l'appui de sa contestation aucun élément de nature à établir la réalité de ses dires et à mettre valablement en doute l'exactitude ou la sincérité des incidents établis par les surveillants qui les ont constatés alors. Notamment, et comme il a été dit au point 8, son récit de l'évènement devant la commission de discipline est resté vague sur les circonstances dans lesquelles il aurait été empêché, selon ses allégations, de rejoindre sa cellule. Par suite, le moyen soulevé tiré d'un défaut de matérialité des faits doit être écarté.
13. Par ailleurs, les faits reprochés sont de nature à constituer des fautes du premier et deuxième degré passibles de vingt jours de placement en cellule disciplinaire au regard des dispositions précitées des articles R. 57-7-1, R. 57-7-2 et R. 57-7-47 du code de procédure pénale.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 mai 2020. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026