lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | OLIVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 septembre 2020, le 16 novembre 2021 et le 21 février 2022, M. G, représenté par Me Olivier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2020 du préfet de la Haute-Savoie opposant un sursis à statuer à la demande de permis de construire n° 074 291 20 X 0001, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 6 juillet 2020 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réinstruire la demande de permis de construire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir : il n'a jamais cessé d'être propriétaire du terrain objet de la demande de permis de construire puisque la vente était affectée d'une condition suspensive qui n'a pas été réalisée ;
- le sursis à statuer méconnait les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ; il ne pouvait être opposé qu'aux certificats d'urbanisme obtenus après le débat sur les orientations générales du PADD du 18 décembre 2017 or le certificat d'urbanisme positif a été obtenu le 14 décembre 2017 ;
- à titre subsidiaire, si le tribunal devait reconnaître que la décision du 5 mars 2019 constitue une décision autonome, à savoir un nouveau certificat d'urbanisme opérationnel, l'absence de la mention de la possibilité, par l'administration, d'opposer un sursis à statuer sur ce certificat rend illégal le retrait auquel procède l'arrêté du 13 mars 2020, au-delà du délai de 4 mois.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2021 et le 21 décembre 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir ; le permis de construire a été déposé par les nouveaux propriétaires alors que le requérant est l'ancien propriétaire ;
- les autres moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Olivier, représentant M. G.
Considérant ce qui suit :
1. M. G est propriétaire des parcelles cadastrées à la section OA n° 1264, n° 1266 et n° 1268 sur la commune de Vanzy au lieu-dit " les Crêts ". Il a obtenu un certificat d'urbanisme positif le 14 décembre 2017 du maire de la commune pour la construction d'une maison d'habitation sur ce terrain. Le certificat d'urbanisme mentionnait toutefois qu'un sursis à statuer pourrait être opposé à une demande de permis de construire en raison de l'élaboration en cours du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Par délibération du 18 décembre 2017, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le PADD du PLUi de la Semine à la suite du débat du même jour sur les orientations du PADD. Le projet de PLUi a été arrêté par délibération du 11 juin 2019. Par arrêté du 5 mars 2019, la validité du certificat d'urbanisme délivré à M. G a été prorogée pour une période d'un an. M. E, bénéficiaire d'une promesse de vente sur ces parcelles, a déposé le 25 janvier 2020 une demande de permis de construire une maison d'habitation. Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal de la Semine. Par arrêté du 13 mars 2020, le préfet de la Haute-Savoie a opposé un sursis à statuer à la demande de permis de construire. M. G a formé un recours gracieux qui a été explicitement rejeté le 6 juillet 2020.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'acte de cession à M. E du terrain appartenant au requérant était affecté d'une condition suspensive, tenant à l'obtention d'un permis de construire. Cette condition n'a pas été réalisée en raison du sursis à statuer opposé par le préfet. Par suite, M. G étant resté propriétaire dudit terrain, il a intérêt à agir contre le sursis à statuer sur la demande de permis de construire qui a empêché la réalisation de la vente de son terrain. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être écartée.
Sur les conclusions principales d'annulation :
3. Pour opposer le sursis à statuer au permis de construire, le préfet s'est fondé sur le motif que le bâtiment projeté, à savoir une maison d'habitation, était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme intercommunal qui prévoyait de classer le terrain en zone naturelle (N).
4. D'une part, aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () / Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. () " Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. " Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. L'autorité compétente ne peut, à l'expiration du délai de validité du sursis ordonné, opposer à une même demande d'autorisation un nouveau sursis fondé sur le même motif que le sursis initial. Si des motifs différents rendent possible l'intervention d'une décision de sursis à statuer par application d'une disposition législative autre que celle qui a servi de fondement au sursis initial, la durée totale des sursis ordonnés ne peut en aucun cas excéder trois ans. A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée. "
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : () b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. " L'article A. 410 du même code préside que : " Le certificat d'urbanisme précise : () e) Si un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis ; "
6. Enfin, l'article R. 410-17 du code de l'urbanisme prévoit que " le certificat d'urbanisme peut être prorogé par périodes d'une année sur demande présentée deux mois au moins avant l'expiration du délai de validité, si les prescriptions d'urbanisme, les servitudes administratives de tous ordres et le régime des taxes et participations d'urbanisme applicables au terrain n'ont pas changé. "
7. Tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 a pour effet de garantir à son titulaire un droit à voir toute demande d'autorisation ou de déclaration préalable déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat. Figure cependant parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme. Une telle possibilité vise à permettre à l'autorité administrative de ne pas délivrer des autorisations pour des travaux, constructions ou installations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Lorsque le plan en cours d'élaboration et qui aurait justifié, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, que soit opposé un sursis à une demande de permis ou à une déclaration préalable, entre en vigueur dans le délai du certificat, les dispositions issues du nouveau plan sont applicables à la demande de permis de construire ou à la déclaration préalable.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du certificat d'urbanisme délivré le 14 décembre 2017 à M. G, le débat sur les orientations générales du PADD n'avait pas encore eu lieu. Par suite, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme n'était pas remplie. Les effets de ce certificat d'urbanisme ont été prorogés d'une durée d'un an par un arrêté du 5 mars 2019, jusqu'au 14 juin 2020. Et contrairement à ce que soutient le préfet, la prorogation d'un certificat d'urbanisme déjà obtenu ne peut être assimilée à une nouvelle demande de certificat d'urbanisme et, par conséquent, la circonstance qu'à la date de la prorogation du certificat d'urbanisme les conditions d'un sursis à statuer étaient alors réunies reste sans influence. Dès lors, la délivrance du certificat d'urbanisme du 14 décembre 2017 a eu pour effet de garantir à M. G un droit à voir sa demande de permis de construire déposée avant le 14 juin 2020 examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat. Par suite, le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme en opposant un sursis à statuer à la demande du permis de construire déposée le 25 janvier 2020.
9. Il résulte de ce qui précède que M. G est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2020 du préfet de la Haute-Savoie et, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire. "
11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition.
12. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.
13. La circonstance que M. G n'a pas déposé la demande de permis de construire le 25 janvier 2020 et que le pétitionnaire M. E n'est plus titulaire à ce jour d'une promesse de vente sur les parcelles cadastrées à la section OA n° 1264, n° 1266 et n° 1268 ne fait pas obstacle à ce que le tribunal enjoigne au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer la demande de permis de construire de M. E, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais du procès :
14. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 13 mars 2020 du préfet de la Haute-Savoie et la décision du 6 juillet 2020 rejetant le recours gracieux sont annulés.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer la demande de permis de construire déposée par M. E sous le n° 074 291 20 X 0001 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 :L'Etat versera à M. G la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. F G et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copies-en sera adressée à M. A E et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme C H, première-conseillère,
- Mme D B, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. H
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026