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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005186

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005186

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2020 et un mémoire enregistré le 15 février 2023 (ce dernier non communiqué) Mme H G, représentée par Me Millet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Montélimar a délivré à Mme C un permis de construire une maison individuelle d'une surface de plancher de 71,95 m² et le cas échéant le permis de construire tacitement obtenu, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montélimar la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme G soutient que :

- l'arrêté a été signé par une personne ne justifiant pas de sa compétence à ce titre ;

- l'avis rendu par la DRAC est irrégulier puisqu'elle n'a pas été saisie d'un dossier complet, celui-ci ayant été complété postérieurement à son avis ;

- le dossier de permis de construire est incomplet au regard des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme faute de préciser les modalités d'insertion dans son environnement notamment son implantation par rapport à la construction voisine ; les autres pièces ne compensent pas cette lacune ; les documents induisent en erreur quant à l'implantation de la construction ; ces représentations graphiques sont constitutives de fraude ; le dossier ne renseigne pas plus sur l'implantation de la maison du premier lot ;

- le projet méconnaît les articles UD 7, UD 13 du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 22 décembre 2020, la commune de Montélimar, représentée par Me Gaël, conclut au rejet de la requête ou subsidiairement faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de mettre à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Millet, représentant Mme G et de Me Gaël, représentant la commune de Montélimar.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du retrait d'un premier permis de construire du 27 août 2019, Mme C a sollicité, auprès des services de la commune de Montélimar, la délivrance d'un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section ZM n°125 p, issue de la division de l'ancienne parcelle n°125. Par arrêté du 9 mars 2020, le maire a délivré le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F D, adjoint délégué à l'urbanisme, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de fonction consentie par le maire par arrêté du 10 avril 2014, régulièrement publié et transmis au contrôle de légalité. Le moyen d'incompétence doit, par suite être écarté.

3. En second lieu, si la DRAC a été saisie pour avis du dossier initialement déposée par la pétitionnaire avant qu'il ne soit complété le 20 janvier 2020, cet avis conclut que le terrain d'assiette du projet n'est pas susceptible d'être concerné par la présence de vestiges archéologiques. Cette autorité publique a pu rendre cet avis sans que les pièces manquantes du dossier - à savoir le plan de masse, la notice, les vues et le plan de la végétation - n'aient pu exercer une quelconque influence sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le caractère complet du dossier de permis de construire :

4. D'une part, la caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. S'il est vrai que la notice, la projection graphique et les plans de façades ne précisent pas que le projet prévoit de s'implanter en limite de propriété Sud-Ouest en encastrement partiel sous le toit de la maison voisine, cette information apparaît cependant sur le plan du géomètre, sur le plan masse ainsi que sur la vue n°3, dont l'angle de vue est reporté sur le plan de masse. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette information aurait été intentionnellement cachée à la commune, de manière frauduleuse, pour faire échec à l'application d'une règle d'urbanisme.

5. D'autre part, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Le dossier de permis de construire comporte un document graphique d'insertion et cinq documents photographiques permettant de situer le terrain dans l'environnement proche et dans le paysage lointain. Contrairement à ce que soutient la requérante, le document graphique du dossier de permis de construire permet d'apprécier l'insertion du projet et n'apparaît pas comporter des erreurs de perspectives telles qu'elles auraient pu induire le service instructeur en erreur. A cet égard, le plan de végétation fourni permet de connaître l'état du terrain avant travaux et le devenir des arbres présents sur la parcelle.

7. Par ailleurs, l'implantation de la maison d'habitation existante sur la parcelle n°125, dont est issue le terrain d'assiette est visible sur le plan de situation et aucune autre précision n'était nécessaire pour permettre au service instructeur de vérifier le respect de la conformité du projet au regard de l'article UD 9 du plan local d'urbanisme, dès lors qu'il n'est pas établi ni allégué que l'emprise de la construction existante reportée sur ce plan soit erronée. De même, s'agissant du respect des dispositions de l'article UD 8 le plan du géomètre fourni fait apparaître l'implantation de la maison existante et mentionne la distance entre le projet et la construction. Enfin, s'agissant des quatre places de stationnement créées à la fois sur le terrain d'assiette du projet et celui dont est issue la parcelle divisée, celles-ci apparaissent sur le plan de masse, permettant au service instructeur de vérifier la conformité du projet à l'article UD 12 du plan local d'urbanisme.

8. Par conséquent, le dossier de permis de construire s'avère complet et n'est pas entaché de fraude.

En ce qui concerne le respect de l'article UD 7 du plan local d'urbanisme :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". L'article L. 2111-14 du même code précise : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées ".

10. Il ressort des pièces produites en défense que la commune s'est portée acquéreur de plusieurs parcelles privées - dont la parcelle cadastrée ZM 27 aux droits de la parcelle n°125 - composant désormais une partie du chemin des Fauvettes, qui est affecté à la circulation terrestre. Il apparaît donc que le chemin des Fauvettes est une voie publique au sens et pour l'application de l'article UD 7 du plan local d'urbanisme, dont l'article 16.8 des dispositions générales donne la définition, incluant à la notion de voirie publique la voirie communale.

11. D'autre part, l'article UD 7 prévoit, par rapport aux limites donnant sur la voie publique et dans une bande de 15 mètres à partir du recul par rapport à l'alignement - l'alignement étant défini par les mêmes dispositions générales comme la limite entre le domaine public et le domaine privé - que les parcelles dont la largeur de façade est comprise entre 8 et 14 mètres, peuvent être édifiées soit sur l'une ou sur l'autre des limites latérales de la propriété, dispositions respectées en l'espèce par le permis de construire litigieux. Si la requérante fait valoir qu'un autre alinéa de cet article prévoit que " les constructions peuvent s'adosser aux bâtiments existants sur les parcelles mitoyennes (), implantés eux-mêmes sur limite latérale et former ainsi des bâtiment jointifs ", et à supposer que ces dispositions soient applicables en dehors du cas d'une parcelle dont la largeur de façade est supérieure à 14 mètres, ces dispositions n'imposent aucunement la réalisation de bâtiments jointifs et n'ouvrent qu'une possibilité d'y procéder.

12. Enfin, les dispositions générales du plan local d'urbanisme définissent les constructions comme les travaux ou installations qui entrent dans le champ du permis de construire ou de la déclaration préalable. Or, en vertu du j) de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme, les terrasses de plain-pied ne sont soumises à aucune formalité préalable. Ainsi la requérante n'est pas fondée à soutenir que la terrasse de plain-pied projetée au Nord-Ouest de la construction méconnaîtrait les règles d'implantation de l'article UD 7, applicables aux seules constructions.

En ce qui concerne le respect de l'article UD 13 du plan local d'urbanisme :

13. D'une part, est projetée la suppression de buissons et le déplacement de trois arbres sur le terrain d'assiette. Si la requérante fait valoir que les buissons en question seraient en réalité des arbres, cette affirmation ne peut être regardée comme établie par le seul fait qu'ils avaient été qualifiés comme tels dans le dossier du précédent permis de construire. A ce titre, la photographie produite ne permet pas plus d'affirmer que ces buissons seraient en réalité des arbres dès lors que l'angle de la prise de vue semble faire apparaître le buisson à conserver au Nord de la parcelle. D'ailleurs la photographie - vue 3 - produite au dossier de permis de construire fait bien apparaître la présence de buissons. De même, aucun élément ne vient établir que la replantation projetée des arbres à l'est du terrain soit irréalisable. Dans cette mesure, la fraude n'apparaît pas établie.

14. D'autre part, si le point 3 de l'article UD 13 prévoit des dispositions spécifiques pour les opérations d'ensemble, le projet, qui certes s'inscrit dans un lotissement compte tenu du détachement de la parcelle terrain d'assiette, ne relève aucunement d'une opération d'ensemble.

15. En revanche, ces dispositions prévoient l'obligation de la plantation d'un arbre de haute tige pour 4 places de stationnement. Or l'article 6 bis des dispositions générales du plan local d'urbanisme n'exclut l'application de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme que pour le respect des dispositions des articles 6 et 7 de chaque règlement de zone. Ainsi, s'agissant du respect des dispositions de l'article UD 13 et dans la mesure où deux places supplémentaires sont aménagées sur le terrain de l'autre lot, dont est détaché le terrain d'assiette de la construction projeté, l'aménagement de quatre places de stationnement sont prévues sur le tènement. Par conséquent, le projet aurait dû prévoir la plantation d'un arbre supplémentaire de haute tige.

En ce qui concerne l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

16. Il n'est aucunement établi par la requérante que l'espace vide créé par le projet sous une partie du toit de la maison lui appartenant puisse de quelques manières que ce soit créer un risque pour la salubrité publique, cet espace n'étant pas clos. De même, les risques allégués de la réalisation de travaux pour les fondations de sa propre maison n sont pas plus établis.

Sur les conséquences de l'illégalité soulevée :

17. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

18. L'illégalité relevée au point 15 peut être régularisée sans remettre en cause la conception générale du projet par le biais d'un permis de construire modificatif. Compte tenu du caractère limité du vice retenu, il y a lieu d'annuler le permis de construire litigieux uniquement en tant qu'il ne prévoit pas la plantation supplémentaire d'un arbre de haute tige, sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme. La décision implicite de rejet du recours gracieux formé par la requérante doit être annulée dans la même mesure.

Sur les frais de procès :

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Montélimar doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros à verser à Mme G au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 9 mars 2020 du maire de la commune de Montélimar est annulé en tant seulement qu'il ne prévoit pas la plantation supplémentaire d'un arbre de haute tige. La décision de rejet du recours gracieux est annulée dans la même mesure.

Article 2 :La commune de Montélimar versera à Mme G une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme H G, à la commune de Montélimar et à Mme B C.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

J. E

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2005186

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