vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | POULET MERCIER LABBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2020, la société Modulhabitat, représentée par Me Poulet-Mercier-l'Abbé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2020 par lequel la maire de la commune de Douvaine a opposé un sursis à statuer à sa demande de permis de construire n° PC07410519B00024, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux datée du 7 juillet 2020 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Douvaine de délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Douvaine laune somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté de sursis à statuer est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas justifié qu'à la date de l'arrêté la zone concernée constituerait un espace agricole stratégique ; le document graphique élaboré par les auteurs du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Bas-Chablais n'est pas explicite quant au classement de la parcelle cadastrée section B n°2426 en zone agricole ;
- le projet envisagé n'est pas de nature à compromettre l'exécution du futur PLUi du Bas-Chablais ;
- il est excipé de l'illégalité du futur classement de la parcelle B n°2426 en zone agricole stratégique qui est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit : la parcelle est intégrée dans l'enveloppe urbaine et son classement en zone agricole aboutit à constituer une dent creuse ; la parcelle est sans potentiel agricole ; le classement est incohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du futur PLUi du Bas-Chablais.
Une mise en demeure a été adressée le 7 avril 2021 à la commune de Douvaine.
Par une ordonnance du 19 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 26 novembre 2021.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Modulhabitat a déposé le 7 novembre 2019 une demande de permis de construire en vue de réaliser un ensemble immobilier de 4 maisons individuelles d'une surface de plancher totale de 472,16 m², sur une parcelle cadastrée à la section B n°2426, située au lieudit La Susiaz-Ouest, route de Crépy, sur le territoire de la commune de Douvaine. Par un arrêté du 10 février 2020, le maire de la commune de Douvaine a sursis à statuer pour une durée de deux ans sur cette demande de permis de construire. Le recours gracieux de la société Modulhabitat du 20 juin 2020, reçu le 24 juin 2020, a été rejeté par une décision du 7 juillet 2020 reçue le 9 juillet 2020. La société Modulhabitat demande l'annulation de l'arrêté du 10 février 2020 et de la décision du 7 juillet 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 311-6 du code de l'environnement. () / Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".
3. Un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire, sur le fondement de ces dispositions, que lorsque l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme permet de préciser la portée exacte des modifications projetées, sans qu'il soit cependant nécessaire que le projet ait déjà été rendu public. Il ne peut en outre être opposé qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan.
4. En premier lieu, l'arrêté de sursis à statuer contesté vise l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, la délibération du 16 juillet 2019 par laquelle le conseil communautaire de Thonon Agglomération a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Bas-Chablais et les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais a prescrit l'élaboration d'un plan local d'urbanisme intercommunal par une délibération du 17 décembre 2015. Le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) de ce plan a été débattu en conseil communautaire le 15 décembre 2016. La communauté de communes du Bas-Chablais étant devenue la communauté d'agglomération Thonon Agglomération à compter du 1er janvier 2017, le conseil communautaire de Thonon Agglomération a pris acte par deux fois, le 17 juillet 2018 et le 23 avril 2019, des débats qui se sont tenus sur le projet de PADD du PLUi du Bas-Chablais. Par une délibération du 16 juillet 2019, le conseil communautaire de Thonon Agglomération a tiré de bilan de la concertation et arrêté le projet du PLUi du Bas-Chablais. L'arrêté litigieux du 10 février 2020, qui vise la délibération du 16 juillet 2019, a été pris au motif que le projet qui se situe en dehors du tissu urbain existant et sur un terrain classé en zone Ap du projet de PLUi arrêté est de nature, par ses caractéristiques, à compromettre les objectifs poursuivis par le projet de PADD tendant à la préservation des espaces agricoles stratégiques et à la poursuite de l'urbanisation à l'intérieur de l'enveloppe urbaine. Le projet de PADD comportait quatre axes : conforter les capacités d'interconnexion du territoire, créer les conditions favorables à une meilleurs cohésion sociale, garantir la pérennité des ressources du territoire et accroitre les capacités de création de richesse territoriale. L'axe " garantir la pérennité des ressources du territoire " comporte un objectif n°23 de maitrise du développement urbain et de modération de la consommation foncière, notamment en s'appuyant sur les enveloppes urbaines existantes afin de définir le contour des zones constructibles, de manière à prévoir en priorité un développement au sein du tissu bâti existant. En outre, le projet de PADD comporte un objectif n°21 tendant à identifier et à protéger les espaces agricoles stratégiques en déterminant des limites intangibles à l'urbanisation. Enfin, le PLUi arrêté classe la parcelle d'assiette du projet litigieux en zone Ap. Les éléments énoncés ci-dessus traduisaient un état suffisamment avancé du futur PLUi, à la date de la décision attaquée, pour apprécier si le projet était de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan et donc de permettre le cas échéant, au maire de Douvaine d'envisager d'opposer un sursis à statuer au titre des dispositions précitées du code de l'urbanisme.
6. Par ailleurs, le terrain d'assiette du projet litigieux, qui emporte la création de 472,16 m2 de surface de plancher, s'ouvre, en sa partie Sud, sur un vaste espace agricole. En outre, il ressort des pièces du dossier que ce terrain d'une superficie de 2500 m2, qui ne présente pas, par sa superficie et la configuration des lieux, le caractère d'une dent creuse, est bordé au Nord-Ouest par la route de Crépy, au Sud-Est et au Sud-Ouest par des parcelles non bâties. En outre, contrairement à ce que soutient la société Modulhabitat, la parcelle d'assiette B n°2426 n'appartient pas au secteur urbanisé situé de l'autre côté de la route de Crépy au sein duquel le projet de PLUi a prévu la réalisation d'un ensemble immobilier dans le cadre d'une orientation d'aménagement et de programmation sectorielle (OAP DOU1). Dans ces conditions, eu égard au parti d'aménagement retenu tendant à l'urbanisation dans l'enveloppe urbaine existante à laquelle n'appartient pas la parcelle d'assiette du projet litigieux et à la préservation des espaces agricoles, à la configuration des lieux et à l'importance du projet destiné à créer plus de 400 m² de surface de plancher, le projet était de nature à compromettre l'exécution du futur PLUi du Bas-Chablais. Par suite, en opposant un sursis à statuer, le maire de la commune de Douvaine a fait, dans les circonstances de l'espèce, une exacte application des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme et le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
9. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
10. Il appartient notamment aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation ne peut être censurée par le juge que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.
11. Il est constant que le PADD du PLUi du Bas-Chablais arrêté fixe des objectifs tendant à privilégier le développement des zones déjà urbanisées en vue de limiter la dispersion de l'habitat et d'organiser l'utilisation de l'espace pour préserver les espaces agricoles stratégiques de la commune. La parcelle d'assiette B n°2426 classée en zone Ap, d'une superficie de 2500 m2 et non bâtie, qui est bordée au Sud, au Sud-Ouest et au Sud-Est par des parcelles non bâties, s'ouvre au Sud sur un vaste espace agricole. En outre, si la société Modulhabitat fait valoir que la parcelle B n°2426 classée en zone A est dépourvue de tout potentiel agricole, le juge n'a pas à rechercher si cette parcelle présente elle-même un caractère de terre agricole, mais doit se fonder sur la vocation du secteur agricole en bordure duquel elle se situe, dont le caractère agricole est avéré et sur le parti d'urbanisme de la commune, consistant à ne pas permettre l'étalement de la zone urbaine et la dispersion de l'habitat contiguë à ce secteur que le classement en zone Ap litigieux permet de préserver. Si le projet de PLUi arrêté comporte une orientation d'aménagement et de programmation sectorielle (OAP DOU1) prévoyant la construction de 65 logements intermédiaires et collectifs sur des parcelles qui se situent en continuité du hameau du Chilly, le terrain d'assiette est situé de l'autre côté de la route de Crépy dans un secteur distinct. Par ailleurs, la société Modulhabitat ne peut utilement soutenir que son terrain aurait dû être intégralement classé en zone urbaine dès lors qu'il appartient seulement au juge de s'assurer de la légalité du zonage retenu et non d'apprécier si un autre classement avait été possible. La circonstance que la société pétitionnaire aurait obtenu la délivrance d'un permis de construire le 30 avril 2019 sur la parcelle
n°2425 contiguë lui appartenant est sans incidence sur la légalité du classement litigieux en zone Ap. Enfin, les circonstances que la parcelle B n°2426 ait été précédemment classée en zone urbaine et qu'elle se trouve desservie par les réseaux et une voie de circulation ne fait pas obstacle à son classement en zone agricole. Dans ces conditions, eu égard notamment au parti d'aménagement retenu, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité du classement de la parcelle B n°2426 en zone Ap en ce qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2020 et de la décision du 7 juillet 2020. Il y a donc lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société Modulhabitat est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société Modulhabitat et à la commune de Douvaine.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- M. A D, premier-conseiller,
- Mme B C, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseur le plus ancien,
S. D
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026