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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005239

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005239

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2020, M. B C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 10 janvier 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui en accorder le bénéfice dès notification du jugement, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 ;

- cette décision méconnaît les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

L'office français de l'immigration et de l'intégration a présenté un mémoire, enregistré le 6 décembre 2022, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 13 décembre 2022, le représentant de M. A conclut au non-lieu à statuer suite au décès du requérant intervenu en cours d'instance.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a déposé une demande d'asile en France en octobre 2018. L'Espagne étant responsable de l'examen de cette demande, il a été réadmis dans cet Etat en avril 2019. Il est néanmoins revenu sur le territoire national en août 2019 où, à la suite de son interpellation, il a, quelques jours plus tard, fait l'objet de mesures d'éloignement. Le recours qu'il a formé contre ces décisions a été rejeté par le tribunal de céans par jugement lu le 14 octobre 2019 annulé par la Cour administrative d'appel de Lyon le 25 août 2020. Entretemps, en janvier 2020, l'intéressé a présenté une nouvelle demande d'asile et a été mis en possession d'une attestation de demandeur d'asile. Le directeur de l'OFII lui a toutefois refusé, par décision du 10 janvier 2020, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qu'il avait sollicité. Dans la présente instance, M. A en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

2. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Le moyen tiré de vice de forme dont elle serait entachée du fait de l'insuffisance de sa motivation doit donc être écarté.

3. L'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ayant été transposé en droit interne, M. A ne peut utilement soutenir que la décision en litige contreviendrait à ces dispositions. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " (), le bénéfice [des conditions matérielles d'accueil] peut être : 2° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Aux termes de l'article L. 732-2 du même code : " III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

5. L'obligation faite à M. A de quitter le territoire français prise à son encontre quelques jours après son retour en France en août 2019 ne le privait nullement de la possibilité de présenter une demande d'asile. Il ressort par ailleurs des éléments produits par l'OFII qu'il a procédé, préalablement à l'adoption de la décision contestée, à la vérification de l'état de vulnérabilité du requérant. Par suite, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par cette décision, des dispositions citées au point 4 et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation dont elle serait entachée doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".

7. Comme indiqué au point 5, il ressort des éléments produits par l'OFII que la vulnérabilité éventuelle du requérant a été examinée avant adoption du refus contesté. Par suite, M. A n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

9. Il en va de même, eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, des conclusions qu'il présente au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Huard et au directeur de l'OFII.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2005239

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