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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005252

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005252

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET RIBES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 septembre 2020, le 2 décembre 2021 et le 16 février 2022, Mme B C, représentée par Me Ribes, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, la délibération du 6 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Morillon a approuvé le plan local d'urbanisme et, à titre subsidiaire, d'annuler cette même délibération en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée n° 4902 en zone A et créée les emplacements réservés n° 42 et 43, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Morillon une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération méconnaît les articles L. 2121-10 et L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;

- il n'est pas établit que les mesures de publicité de l'avis d'enquête publique ont été réalisées conformément à l'article R. 123-11 du code de l'environnement ;

- l'avis de la DDT 74 sur le projet de PLU est entaché d'impartialité ;

- à défaut pour la commune de justifier que les délibérations du 3 novembre 2015, 24 mai 2018, 29 août 2019 et 6 mars 2020 ont fait l'objet des mesures de publication et d'affichage prévues à l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales et aux articles R. 123-24 et R. 123-25 du code de l'urbanisme la procédure d'élaboration du PLU est entachée de nullité ;

- l'enquête publique est irrégulière dès lors qu'il ressort du rapport du commissaire-enquêteur que le dossier d'enquête publique n'était pas consultable ;

- le classement de la partie Sud de la parcelle cadastrée section OB n° 4902 en zone A est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les emplacements réservés n° 42 et 43 sont illégaux tout comme l'identification d'un bâtiment au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 22 septembre 2021, le 8 octobre 2021, le 5 janvier 2022 et le 8 septembre 2023 (non communiqué), la commune de Morillon, représentée par Me Duraz, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme ou à une annulation partielle et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Me Ribes, représentant Mme C et de Me Duraz, représentant la commune de Morillon.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 novembre 2015, le conseil municipal de Morillon a prescrit la révision de son plan local d'urbanisme et fixé les modalités de la concertation. Le 29 août 2019, le bilan de la concertation a été tiré et le projet de plan local d'urbanisme a été arrêté. Une enquête publique a été organisée du 19 décembre 2019 au 20 janvier 2020 à l'issue de laquelle le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable 15 février 2020. Par la délibération en litige du 6 mars 2020, a été approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Morillon. Mme C demande l'annulation de cette délibération, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les modalités de convocation des conseillers municipaux :

2. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse ". Aux termes de l'article L. 2121-11 du même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion () ".

3. Il ressort des mentions de la délibération litigieuse qui font foi jusqu'à preuve du contraire que le conseil municipal a été régulièrement convoqué le 2 mars 2020 soit dans le délai légal de trois jours francs et les seules allégations de la requérante ne sauraient conduire à remettre en cause ces mentions précises. La commune produit en outre la convocation qui a été adressée aux conseillers municipaux comportant un ordre du jour avec un point " 2. Adoption du plan local d'urbanisme de la commune de Morillon ". Enfin, il ressort de la délibération que sur les quinze conseillers en exercice convoqués, douze conseillers étaient présents et les trois conseillers absents avaient donné une procuration. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation à la séance du conseil municipal doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des règles de publicité :

4. Aux termes de l'article R. 123-24 du code de l'urbanisme alors applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-25 : () 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 153-25 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Tout acte mentionné à l'article R. 123-24 est affiché pendant un mois () en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".

S'agissant de la délibération prescrivant l'élaboration du PLU du 3 novembre 2015 :

5. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Par suite le moyen tiré de ce que, faute qu'il soit établi que les formalités de publicité requises aient été dûment accomplies, la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme du 3 novembre 2015 n'aurait pas été exécutoire, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération qui a approuvé le plan.

S'agissant de la délibération du 24 mai 2018 sur le débat sur le PADD :

6. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes ".

7. Il ressort du tampon apposé sur la délibération du 24 mai 2018 que cette dernière a été réceptionnée en préfecture le 19 juin 2018. Cette délibération a également été publiée sur le site internet de la commune. Enfin, si la délibération mentionne une date d'affichage au 18 mai 2018, il s'agit d'une simple erreur matérielle et il est expressément mentionné que cette délibération fera l'objet d'un affichage. Or, cette mention fait foi jusqu'à preuve du contraire.

S'agissant de la délibération du 29 août 2019 arrêtant le projet de PLU et tirant le bilan de la concertation :

8. En vertu de l'article R. 153-3 du code de l'urbanisme, la délibération qui arrête un projet de plan local d'urbanisme doit être affichée pendant un mois en mairie.

9. Cette délibération mentionne qu'elle fera l'objet d'un affichage en mairie pendant une durée d'un mois et cette mention fait foi jusqu'à preuve du contraire. La commune justifie par ailleurs que cette délibération a bien été transmise à la préfecture comme le prévoit l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, elle présentait ainsi un caractère exécutoire. Le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure, faute de caractère exécutoire de la délibération doit être écarté.

S'agissant de la délibération du 6 mars 2020 approuvant le PLU :

10. La publicité de la délibération qui approuve un plan local d'urbanisme, dès lors qu'elle lui est postérieure, ne conditionne pas la légalité de cet acte mais seulement son caractère exécutoire. Si Mme C soutient que la délibération attaquée n'a pas fait l'objet des mesures de publicité et notamment n'aurait pas été transmise en préfecture, une telle circonstance est sans incidence sur sa légalité. Au demeurant, la commune verse une attestation du maire certifiant que la délibération a été publiée sur le panneau d'affichage de la mairie le 9 mars 2020 pour une durée de deux mois ainsi que l'insertion dans le journal " Le Dauphiné Libéré ".

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne la régularité de l'enquête publique :

12. Aux termes des dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement :

" I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. (). L'objet de la publicité de l'enquête est d'informer le public, suffisamment à l'avance, de l'existence et du déroulement de l'enquête publique, afin de le mettre en mesure de prendre connaissance du projet et de formuler ses observations.

13. D'une part, il ressort du rapport du commissaire-enquêteur, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis d'enquête publique a été publiée dans les journaux d'annonces légales " Le Dauphiné Libéré " et " Le Messager " 15 jours avant le début de l'enquête le 2 décembre 2019 et le 28 novembre 2019 puis les 23 et 26 décembre 2019 soit dans les huit premiers jours de l'enquête qui a débuté le 19 décembre 2019. En outre, la commune verse les différentes insertions de l'avis d'enquête publique dans ces deux journaux. Le rapport du commissaire-enquêteur précise également que les services municipaux ont procédé à l'affichage de l'avis d'enquête sur le panneau de la mairie 15 jours avant le début de l'enquête ainsi que sur trois panneaux d'information de la commune situés route des Follys, Verney d'en haut et les Esserts. Enfin, il est mentionné que l'information a également été portée à la connaissance du public sur le site internet de la commune 15 jours avant le début de l'enquête et pendant toute la durée de celle-ci et que des rappels des dates de permanence ont été publiés dans la rubrique locale des journaux locaux. Dans ces conditions, les dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement n'ont pas été méconnues.

14. D'autre part, l'arrêté du 26 novembre 2019 prescrivant les modalités d'enquête publique précisait que le dossier était notamment consultable en mairie les lundis de 9h à 12h et de 14h à 18h. Mme C se prévaut des observations d'un administré soulignant que le dossier d'enquête publique n'était pas consultable le lundi 13 janvier. Toutefois, le commissaire-enquêteur a expliqué dans son rapport que les observations reçues lors de la permanence du samedi 11 qui s'est terminé à 12 h 30 ont été remises au maire à l'issue de cette séance afin de les joindre au dossier après enregistrement et numérotation. Il a précisé que le dossier était consultable dès la fin de matinée du lundi 13. Dès lors, la circonstance que le dossier d'enquête publique n'a pas pu être consulté pendant une matinée le temps d'incorporer les observations faites le samedi précédent par le public n'a pas eu pour effet d'exercer une influence sur le sens de la délibération, ni même nuit à l'information du public. Par ailleurs, si Mme C indique qu'elle n'a pas pu consulter ce dossier le jeudi 26 décembre 2019 et le 30 décembre 2019, elle ne l'établit pas. Enfin, la circonstance, à la supposée établie, que le vice-président de la chambre d'agriculture Savoie-Mont-Blanc aurait été entendu par le commissaire-enquêteur le lundi 30 décembre 2019 peu avant son rendez-vous et que l'avis du commissaire-enquêteur n'en fait pas état, n'est pas de nature à établir un défaut d'information du public alors qu'il ressort du rapport du commissaire-enquêteur que tant les services de l'Etat, que la CDPENAF et la chambre d'agriculture ont demandé le classement en partie de la parcelle 4902 en zone A dans le secteur Le Badney.

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne l'avis de la DDT 74 :

16. Mme C soutient que l'avis de la DDT 74 qui préconise le reclassement de la totalité de la parcelle 4902 en zone agricole n'est pas impartial. Toutefois, la seule circonstance qu'un chef de service à la DDT aurait un lien personnel avec un agriculteur dans la commune de Morillon ne saurait établir la partialité de l'avis de la DDT. De surcroit, l'appréciation de l'Etat sur la parcelle appartenant à Mme C est partagée par la chambre d'agriculture, la CDPENAF et le commissaire-enquêteur. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'impartialité de l'avis formulé par les services de l'Etat doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles :

17. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

18. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

19. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

20. Mme C est propriétaire de la parcelle cadastrée section OB n° 4902 située au lieu-dit " le Badney " d'une superficie de 5 396 m2 classée en zone A. Mme C fait valoir que le projet initial prévoyait que la partie Sud de ce tènement soit en zone U. Toutefois, les services de l'Etat, la CDPENAF ainsi que la chambre d'agriculture ont relevé que l'ouverture à l'urbanisation de la partie Sud de cette parcelle constituait une extension de l'urbanisation et ont demandé son reclassement en zone A. Par ailleurs, si cette parcelle est située près du centre-ville de Morillon ainsi que de la télécabine de la commune et borde au sud et au sud-ouest des constructions (parcelles 3612 et 4901), elle est vierge de toute construction et s'ouvre au nord sur une vaste zone agricole. La circonstance que des permis de construire ont été délivrés sur les parcelles 3606 et 4664 classées en zone U située à l'Ouest de la parcelle litigieuse dont elle est séparée par la parcelle 3612 déjà bâtie est sans incidence. En outre, la parcelle 4902 se situe à moins de 100 mètres d'une exploitation agricole. Enfin, Mme C ne peut soutenir que la commune souhaite acheter à vil prix son terrain pour son projet de contournement du centre village dès lors que les auteurs du PLU avaient initialement souhaité l'urbanisation du Sud de sa parcelle et que plusieurs personnes publiques associées s'y sont opposées. Ainsi, eu égard au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, tendant notamment à la limitation de la consommation d'espace et à lutter contre l'étalement urbain, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Morillon aurait entaché le classement litigieux d'une erreur manifeste d'appréciation et ce nonobstant la circonstance que la parcelle est située en zone blanche du PPR et quel que soit le nombre d'arbres sur cette parcelle.

S'agissant des emplacements réservés 42 et 43 :

21. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques () ".

22. En l'espèce, les parcelles cadastrées section A n° 1146 et 1149 sont situées au lieu-dit Montébard dans le secteur de la station des Esserts et sont grevées de deux emplacements réservés n° 42 et 43 destinés à la création d'une plateforme de retournement et d'un parking. Il n'est pas contesté que ces deux emplacements réservés sont situés en zone rouge du plan de prévention des risques pour risque torrentiel fort interdisant toute occupation et utilisation des sols, qui avaient déjà fait l'objet d'une annulation par le tribunal administratif dans un jugement du 7 mai 2015. Dans ces conditions, la création de ces deux emplacements réservés est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la parcelle cadastrées section A n° 246 :

23. Aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. "

24. Il ressort des pièces du dossier que les auteurs du PLU de Morillon ont souhaité protéger un chalet mitoyen situé au lieu-dit Montébard implanté sur la parcelle cadastrée section A n° 246 et l'ont répertorié par le document graphique comme un bâtiment patrimonial au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Toutefois, il n'est pas contesté que cette ancienne ferme a été entièrement détruite par un incendie le 27 novembre 2015. Les motifs ayant justifié que ce chalet soit repéré comme bâti patrimonial ne ressortent ni du rapport de présentation, des écritures de la commune en défense ou des photos versées. Dans ces conditions, la commune de Morillon a commis une erreur manifeste d'appréciation en identifiant ce chalet comme bâtiment d'intérêt patrimonial ou architectural au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.

25. Il résulte de ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la délibération du 6 mars 2020 en tant que les parcelles cadastrées section A n° 1146 et 1149 sont grevées des emplacements réservés 42 et 43 et d'avoir repéré comme bâti d'intérêt patrimonial protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme le chalet implanté sur la parcelle cadastrée section A n° 246. La décision implicite de rejet du recours gracieux formé par la requérante doit être annulée dans la même mesure.

Sur les conséquences des illégalités relevées :

26. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ; "

27. Eu égard au motif d'annulation partielle retenu et à sa portée limitée, il n'y a pas lieu, pour le tribunal, de faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme dont la commune sollicite l'application à titre subsidiaire.

Sur les frais d'instance :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par la commune de Morillon non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Morillon une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La délibération du 6 mars 2020 est annulée en tant seulement que les parcelles cadastrées section A n° 1146 et 1149 sont grevées des emplacements réservés 42 et 43 et d'avoir repéré comme bâti d'intérêt patrimonial protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme le chalet implanté sur la parcelle cadastrée section A n° 246, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par la requérante dans la même mesure.

Article 2 : La commune de Morillon versera une somme de 1 500 euros à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Morillon tendant à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Morillon.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Barriol, première conseillère ;

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

M. SauveplaneLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°200525

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