mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ALMODOVAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2020 au tribunal administratif de Lyon et renvoyée au tribunal administratif de Grenoble par ordonnance du président de la 3ème chambre du 10 septembre 2020 ainsi que des mémoires enregistrés les 30 avril 2021, 30 novembre 2021 et 18 mars 2022, M. et Mme A, représentés par Me Almodovar, demandent au tribunal de :
1°) condamner la société Veolia Eau à leur verser la somme de 11 927,75 euros en réparation des préjudices matériels causés par le sinistre survenu dans leur cuisine, outre la somme de 2 000 euros en réparation d'un préjudice de jouissance ;
2°) condamner la société Veolia Eau à leur verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les dégâts qu'ils ont subis proviennent de phénomènes de remontées capillaires consécutifs à la fuite dans le réseau assainissement et eaux pluviales (AEP) enterré rue du Canal et réparé le 11 octobre 2019 ;
- la responsabilité de la société Véolia, gestionnaire du réseau et en charge de son entretien, est engagée à raison du dommage causé par cet ouvrage public ;
- les travaux de dépose et repose de leur cuisine ainsi que de réfection de la cuisine s'élèvent à la somme de 11 927,75 euros et que leur préjudice de jouissance et préjudice esthétique justifient l'allocation d'une somme de 2 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, la société Veolia Eau, représentée par la SELARL d'avocats Jean-François Rey, conclut au rejet de la requête, à ce que les époux A soient condamnés à lui verser la somme de 4 000 euros pour procédure abusive, outre la somme de 3 000 euros en application de l'article L761-1 du Code de justice administrative.
La société fait valoir, s'agissant de l'effondrement supposé d'une canalisation du réseau d'assainissement, que seul le propriétaire de l'ouvrage public doit répondre de sa vétusté et, subsidiairement, elle se prévaut d'une faute des époux A à ne pas l'avoir alertée en octobre 2019 ; que, s'agissant de la fuite survenue sur le réseau d'adduction d'eau potable, elle n'a duré que deux jours et ne peut être la cause du préjudice allégué ; que les préjudices ne sont pas justifiés.
Vu :
- la demande préalable du 5 décembre 2019 constituée par le montant arrêté lors de la dernière réunion d'expertise contradictoire et le courriel du 26 juin 2020 la rejetant ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit
Sur la responsabilité :
1. M. et Mme A sont propriétaires d'une maison d'habitation à La Roche-de-Glun. En 2018, ils ont constaté des traces de moisissures et d'humidité sur les murs de leur cuisine. Ces dégradations se sont accentuées en 2019, à la suite d'une importante fuite affectant une vanne enterrée à proximité de leur habitation, laquelle a été réparée le 11 octobre 2019 par la société Véolia Eau. M. et Mme A imputent la responsabilité de ces défaillances du réseau d'assainissement à la société Veolia Eau.
2. En cas de dommage accidentel causé à des tiers par un ouvrage public, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, au propriétaire ou, le cas échéant, au gestionnaire dudit ouvrage. Il appartient toutefois à ladite victime de rapporter la preuve du lien de causalité direct et certain entre l'ouvrage ou le travail public et le dommage dont elle demande réparation. Les personnes mises en cause doivent alors, pour dégager leur responsabilité, établir la preuve que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Dans l'hypothèse d'une délégation de service public limitée à l'exploitation de l'ouvrage public en cause si la responsabilité des dommages imputables à son fonctionnement relève en principe du délégataire, sauf stipulations contractuelles contraires, celles résultant de dommages imputables à son existence, à sa nature et à son dimensionnement, appartient à la personne publique propriétaire et délégante.
4. En l'espèce il résulte du rapport d'expertise contradictoire réalisé de façon amiable le 5 décembre 2019 que le mauvais état du réseau d'alimentation en eau potable est le facteur prépondérant des dégradations constatées dans la cuisine de M. et Mme A.
5. En se bornant à soutenir que seule la commune est responsable de la vétusté du réseau d'assainissement qui s'est partiellement effondré et qu'elle est intervenue rapidement pour remédier à la fuite dans le réseau d'eau potable, la société Véolia ne conteste pas utilement le lien de causalité entre le fonctionnement de ces réseaux, particulièrement celui d'adduction d'eau, et les dommages invoqués par les requérants. Le lien de causalité entre l'ouvrage public et les préjudices subis par les époux A est donc établi.
6. Le dommage résultant d'un mauvais fonctionnement de cet ouvrage et non de son existence, son dimensionnement ou sa nature, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les requérants sont fondés à rechercher la responsabilité de la société Véolia, gestionnaire de ces réseaux.
7. Pour atténuer sa responsabilité, la société Véolia invoque la faute des requérants à ne l'avoir alertée des difficultés rencontrées qu'en 2019. Toutefois, il résulte de l'instruction que lorsqu'ils ont constaté les premières traces d'humidité début 2018, les requérants ont déclaré le sinistre et que l'expertise n'a pas retenu la responsabilité d'un tiers dans la survenance de ce dommage. Ils ont également alerté sans délai la commune lorsque des travaux ont révélé le 8 octobre 2018 un effondrement partiel du réseau d'assainissement, qui n'est pas la cause déterminante du dommage, contrairement à la fuite sur le réseau d'alimentation en eau potable qu'ils ont immédiatement signalée lorsqu'ils ont entendu l'écoulement d'eau le 9 octobre 2019. Dans ces circonstances, la société Véolia n'est pas fondée à invoquer la faute exonératoire des victimes.
Sur les préjudices :
8. En ce qui concerne les dommages matériels, la société Véolia Eau soutient que l'endommagement des meubles de cuisine n'est pas établi et qu'un seul devis est insuffisant pour permettre de chiffrer les travaux de peinture. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'huissier établi en 2021, que la réfection des murs nécessite de démonter intégralement la cuisine intégrée et que certains éléments ainsi démontés ne seront plus utilisables. Par suite et au vu des deux devis produits pour d'une part la pose et dépose de la cuisine et d'autre part les travaux de peinture M. et Mme A sont fondés à demander la condamnation de la société Véolia à leur payer la somme de 11 927, 75 euros.
9. L'évaluation des dommages matériels doit être faite à la date où, leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer. En l'espèce il ne résulte pas de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. et Mme A auraient été dans l'impossibilité de procéder aux travaux à la date de dépôt du rapport d'expertise le 5 décembre 2019. Par suite, il n'y a pas lieu d'indexer le montant de la réparation sur l'indice du coût de la construction. Rien ne s'oppose en revanche à ce que la condamnation soit assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable.
10. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la " présence de moisissure et l'humidité ambiante " dans la cuisine de M. et Mme A leur aurait causé un préjudice " esthétique " ou de jouissance indemnisable.
11.Il résulte de tout ce qui précède que la société Véolia Eau doit être condamnée à payer à M. et Mme A la somme de 11 927, 75 euros, outre intérêts au taux légal à compter du 5 décembre 2019.
Sur les conclusions reconventionnelles de la société Véolia Eau tendant à la condamnation de M. et Mme A :
12.Il résulte de ce qui précède que la société Véolia Eau n'est pas fondée à soutenir que la demande des époux A est abusive ni qu'elle est à l'origine d'un préjudice dont elle pourrait obtenir réparation. Ces conclusions tendant à leur condamnation au paiement d'une amende pour recours abusif ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Veolia Eau, une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les époux A n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées à ce titre par la société Veolia Eau doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La société Veolia Eau est condamnée à verser à M. et Mme A la somme de 11 927, 75 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 décembre 2019.
Article 2 : La société Veolia Eau est condamnée à verser à M. et Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et à la Société Véolia Eau.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Morel, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
S. B
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026