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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005447

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005447

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2020, M. B D, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2020 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département de l'Isère de déclarer sa situation comme prioritaire et urgente et, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. D soutient que :

- la composition de la commission de médiation de l'Isère devra être apportée par le préfet afin de vérifier sa légalité ;

- la commission de médiation de l'Isère a méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 14 octobre 2020 et le 28 octobre 2022, le préfet de l'Isère, dans le dernier état de ses écritures, conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que M. D et sa famille ont été orienté le 28 mai 2021 vers un hébergement pérenne.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 7 août 2017 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu :

- la rapport de M. Wyss ;

- les observations de Me Combes substituant Me Huard, avocat de M. D ;

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

1. Dans son mémoire en défense, le préfet de l'Isère conclut à ce que le tribunal constate qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. D, dès lors que celui-ci et sa famille ont, postérieurement à l'introduction de la requête, bénéficié d'un hébergement d'urgence pérenne depuis le 28 mai 2021 dans lequel ils se maintiennent. Toutefois, il ne ressort pas du mémoire en défense ni d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée, qui a produit des effets, aurait été retirée ou abrogée. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". Aux termes du 1er alinéa du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation relatif aux commissions de médiation créées dans chaque département pour mettre en œuvre le droit au logement opposable : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région ".

3. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français.

5. Ainsi, les ressortissants étrangers qui ne disposent pas de l'un des documents mentionnés par l'arrêté du 7 août 2017 susvisé n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf si des circonstances exceptionnelles justifient qu'ils soient reconnus comme prioritaires et devant être hébergés en urgence.

6. En l'espèce, il ressort de pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. D, de nationalité algérienne, n'était pas en possession de l'un des documents mentionnés par l'arrêté du 7 août 2017 susvisé. Dans ces conditions, il n'avait pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf à faire état de circonstances exceptionnelles.

7. Il ressort toutefois également des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 7 juillet 2020, certes postérieur à la décision attaquée mais révélant l'état de santé antérieur du petit Iyed Amine, fils du requérant, que l'enfant est suivi pour un asthme de type extrinsèque avec retentissement fonctionnel respiratoire et qu'il présente de nombreuses exacerbations de sa pathologie bronchique qui nécessite un suivi médical régulier, incompatible avec son maintien à la rue.

8. Dans ces conditions, en ne reconnaissant pas la demande d'hébergement comme prioritaire, la commission de médiation de l'Isère a commis une erreur d'appréciation. Par suite, sa décision du 15 juin 2020 doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les autres conclusions :

9. M. D et sa famille ayant été relogés depuis le 28 mai 2021 dans un hébergement d'urgence pérenne au sein duquel ils se maintiennent à la date du présent jugement, les conclusions à fin d'injonction sont sans objet et doivent, dès lors, être rejetées.

10. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Huard, avocat de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La decision de la commission de mediation de l'Isère du 15 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Huard, avocat de M. D, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Huard et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le président,

J. P. WyssLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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