jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2020, M. C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 3 août 2020 du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et rejetant cette demande ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Huard sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le classement " en fuite " dont il a fait l'objet et ayant fondé la décision de retrait des conditions matérielles d'accueil est illégal ;
- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvant continuer de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil si la personne se présente à nouveau aux autorités ;
- elle méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 et 28 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 1er septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de retrait des conditions matérielles d'accueil notifiée le 27/09/2018, ce moyen étant soulevé au-delà du délai raisonnable d'un an après la notification de ladite décision.
Par une ordonnance du 7 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2021.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Bedelet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en 1999, expose qu'il est entré en France le 1er décembre 2017 pour y former une demande d'asile le 5 décembre 2017 et que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été accordé. Il en a été privé par une décision du 16 novembre 2018 après avoir été déclaré en fuite. Le 12 mars 2020, une attestation de première demande d'asile lui ayant été délivrée, M. A a demandé le 21 février 2020 le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il demande l'annulation de la décision de rejet de cette demande née du silence conservé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A, à la suite de sa demande du 21 février 2020, n'a pas été pris en application de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 novembre 2018 suspendant ses conditions matérielles d'accueil ni de la décision du préfet constatant qu'il était en fuite. Ces décisions n'en constituent pas plus la base légale. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer l'illégalité de ces décisions à l'appui de la contestation de la décision de rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. "
4. Si les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et acceptées initialement par le demandeur d'asile peuvent être modifiées, en fonction notamment de la situation de celui-ci ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'obligation de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil acceptées initialement. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, la circonstance que la demande d'asile de M. A a été enregistrée en " procédure normale " le 12 mars 2020 n'imposait pas à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir à l'intéressé les conditions matérielles d'accueil qu'il avait acceptées le 5 décembre 2017. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-1 doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ayant été transposé en droit interne, M. A ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnaît ces dispositions. En tout état de cause, contrairement à ce qui est soutenu, ces dispositions ne créent pas un droit au rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ne peut donc qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. ".
7. En application de ses dispositions, dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
8. Les certificats médicaux produits par M. A, établissent qu'à la date de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant suspendu ses conditions matérielles d'accueil, son état de santé nécessitait une intervention chirurgicale et des soins pouvant expliquer son absence de présentation à un rendez-vous fixé par les autorités compétentes. Ceux-ci ne sont toutefois pas de nature à établir une situation particulière de vulnérabilité à la date de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
9. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Dans ces mêmes circonstances il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni quelle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
11. Les conclusions à fin d'annulation de M. A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président-rapporteur,
M. Hamdouch, premier conseiller,
Mme Beytout, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le président,
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
S. Hamdouch
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20055792
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026