vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FROMONT BRIENS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 septembre 2020 et 5 avril 2023, la SAS Voyages Monnet, représentée par la SCP Fromont Briens, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 101 105,71 euros, outre les intérêts au taux légal à compter du 14 juin 2019, en réparation de son entier préjudice ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le ministre du travail a commis une erreur d'appréciation en refusant d'autoriser le licenciement de Mme A ;
- l'illégalité de ce refus a été constatée par le tribunal administratif de Grenoble dans son jugement du 10 avril 2017, confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon dans son arrêt du 21 novembre 2019 ;
- l'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette faute est la cause directe et certaine des salaires qu'elle a été contrainte de verser à son ancienne salariée et de diverses dépenses qu'elle a dû engager pour un montant total de 101 105,71 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Voyages Monnet ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au même jour en application des articles R. 611-1-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de procédure civile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme d'Elbreil, rapporteure publique,
- et les observations de Me Durif, représentant la société Voyages Monnet.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la perte de ses plus importants marchés de transport, la société de transports publics de voyageurs Voyages Monnet, filiale du groupe Keolis, a pris la décision de dénoncer le marché restant et de cesser son activité à compter du mois de juillet 2014. Elle a, en conséquence, mis en œuvre une procédure de licenciement pour motif économique concernant seize salariés. Dans ce cadre, elle a présenté à l'inspecteur du travail une demande d'autorisation de licenciement de Mme A, employée en qualité d'agent commercial depuis le 21 octobre 2002 et par ailleurs membre du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail et de la délégation unique du personnel. Par une décision du 10 novembre 2014, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement. La société Voyages Monnet a présenté un recours hiérarchique le 22 décembre 2014, lequel a été rejeté par une décision expresse du 23 juin 2015. Par un jugement du 10 avril 2017, le tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision du ministre du travail en tant qu'elle refuse le licenciement pour motif économique de Mme A. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 21 novembre 2019. Par lettre du 25 mars 2020, la société Voyages Monnet a sollicité du ministre du travail le versement de la somme de 101 105,71 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive du refus d'autoriser le licenciement. La SAS Voyages Monnet demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser cette somme.
Sur la responsabilité :
2. Le refus illégal d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de l'employeur, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain.
3. Il résulte de l'instruction que le ministre du travail avait refusé d'autoriser le licenciement de Mme A au motif que la matérialité de la cessation d'activité de la société Voyages Monnet n'était pas établie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, par un jugement du 10 avril 2017, le tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision du ministre du travail en tant qu'elle refuse le licenciement pour motif économique de Mme A et ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 21 novembre 2019. Le jugement du 10 avril 2017 est ainsi devenu définitif et est revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée. Dans ces circonstances, en refusant d'autoriser le licenciement de Mme A, le ministre du travail a entaché sa décision d'illégalité et, ainsi, commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de la société Voyages Monnet, pour autant qu'il en soit résulté pour celle-ci un préjudice direct et certain.
Sur les préjudices :
4. En premier lieu, le ministre du travail fait valoir que l'ensemble des préjudices allégués par la société Voyages Monnet ne résulteraient pas de manière directe et certaine de l'illégalité dont était entachée la décision refusant d'autoriser le licenciement de Mme A, mais de sa condamnation prononcée par la cour d'appel de Grenoble le 30 janvier 2020 à verser des dommages et intérêts à sa salariée en raison de discrimination syndicale commise à son encontre. Toutefois, il résulte des énonciations de cet arrêt que les faits discriminatoires retenus par la cour d'appel découlent de la circonstance que la société avait cessé toute activité à compter du 5 juillet 2014 et qu'elle avait été contrainte de maintenir sa salariée dans ses effectifs en raison du refus de l'inspection du travail d'autoriser son licenciement. Ainsi, et contrairement à ce qui est soutenu en défense, il ne résulte pas de l'instruction que l'ensemble des préjudices allégués par la société requérante trouveraient leur cause directe et certaine dans les manquements qu'elle aurait commis en sa qualité d'employeur.
5. En deuxième lieu, les salaires et charges y afférentes que la société Voyages Monnet a été contrainte de verser à Mme A du fait du refus illégal d'autoriser son licenciement constituent un élément du préjudice de la société directement imputable à ce refus. Il y a lieu, pour évaluer ce chef de préjudice, de prendre en compte la période courant du 13 novembre 2014, date de départ du préavis de Mme A si son licenciement avait été autorisé à l'issue du délai légal imparti à l'administration pour se prononcer sur la demande de la société, jusqu'au 17 décembre 2015, date à laquelle son licenciement a été effectivement prononcé. Ainsi, ce chef de préjudice doit être évalué à la somme de 42 803,30 euros.
6. En troisième lieu, le versement au salarié de l'indemnité de congés payés n'est pas la conséquence directe de l'illégalité de la décision administrative refusant le licenciement mais résulte de l'application des dispositions légales et conventionnelles qui s'imposent à tout employeur qui décide de procéder à un licenciement. Par suite, le versement de la somme de 4 280,30 euros au titre de l'indemnité de congés payés est dépourvu de tout lien direct avec la faute invoquée. Dès lors, la société Voyages Monnet n'est pas fondée à demander à être indemnisée de ce chef de préjudice.
7. En quatrième lieu, la société Voyages Monnet n'apportant pas d'éléments de nature à établir l'existence d'un préjudice résultant du versement d'un prorata de l'indemnité de licenciement de Mme A sur la période où elle a été maintenue dans les effectifs entre le 13 novembre 2014 et le 17 décembre 2015, il n'y a pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice allégué.
8. En cinquième lieu, les primes d'assiduité et de vacances, prévues par l'accord d'entreprise en date du 18 juillet 2012 de la SAS Voyages Monnet, qui sont des éléments du salaire et que la société requérante a été condamnée à verser à Mme A par la cour d'appel de Grenoble, en raison du maintien de la salariée dans ses effectifs entre 2014 et 2015, constituent un élément du préjudice de la société directement imputable à ce refus. Toutefois, pour évaluer ce préjudice, il y a lieu de prendre en compte uniquement la période courant entre les mois de novembre 2014, période durant laquelle est intervenue la décision de l'inspection du travail refusant d'autoriser le licenciement, la période antérieure ne pouvant être imputable à cette décision, et décembre 2015, terme retenu par la cour d'appel de Grenoble. Ainsi, il doit être fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 620 euros.
9. En sixième lieu, la cour d'appel de Grenoble, dans son arrêt du 30 janvier 2020, a considéré que Mme A avait fait l'objet de la part de la société Voyages Monnet d'une discrimination syndicale et à ce titre l'a condamnée à verser à sa salariée la somme de 35 000 euros en réparation de ce préjudice et a mis à sa charge une somme de 3 200 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Dans ces circonstances, et alors même que le refus de l'inspection du travail d'autoriser le licenciement de Mme A a contribué à son maintien dans les effectifs de la société Voyages Monnet, le versement de ces deux sommes doit être regardé comme ayant pour cause directe la discrimination syndicale infligée par la société requérante à sa salariée. Par suite, ces préjudices sont dépourvus de lien direct avec la faute invoquée et la société requérante n'est dès lors pas fondée à demander à en être indemnisée.
10. En septième lieu, les frais de justice, s'ils ont été exposés en conséquence directe d'une faute de l'administration, sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de l'illégalité fautive imputable à l'administration. Toutefois, lorsque l'intéressé a fait valoir devant le juge une demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice est intégralement réparé par la décision que prend le juge sur ce fondement. Il n'en va autrement que dans le cas où le demandeur ne pouvait légalement bénéficier de ces dispositions. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société Voyages Monnet a présenté des conclusions sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les instances engagées devant le tribunal administratif de Grenoble et la cour administrative d'appel de Lyon. Dans ces conditions, son préjudice doit être regardé comme intégralement réparé tant par le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 10 avril 2017, qui a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 21 novembre 2019 alors même qu'elle a rejeté les conclusions qu'elle avait présentées sur ce même fondement.
11. En huitième lieu, les frais d'avocats engagés par la société Voyages Monnet au titre des recours contentieux engagés devant la juridiction prudhommale et la cour d'appel de Grenoble sont dépourvus de tout lien direct avec la faute invoquée. Dès lors, la société Voyages Monnet n'est pas fondée à demander à être indemnisée de ce chef de préjudice.
12. En dernier lieu, la société ne justifie pas avoir supporté des frais de personnel autres que ceux entrant dans ses charges courantes qui auraient été engendrés par la procédure d'autorisation de licenciement de Mme A devant l'administration.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Voyages Monnet est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 44 423,30 euros.
Sur les intérêts :
14. La société Voyages Monnet a droit, comme elle le demande, aux intérêts au taux légal de la somme qui lui est due à compter du 27 avril 2020, date à laquelle sa réclamation a été reçue par l'administration.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société Voyages Monnet et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Voyages Monnet la somme de 44 423,30 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2020, en réparation de ses préjudices.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à la société Voyages Monnet en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Voyages Monnet, à Mme B A et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026