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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005603

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005603

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2020, Mme A, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui attribuer les conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme A dans ses droits ;

3°) de faire droit à sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait le 2 de l'article L. 744-8 et l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.

Un mémoire en défense a été enregistré le 28 septembre 2023, après clôture, pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2016-685 du 27 mai 2016 autorisant les téléservices tendant à la mise en œuvre du droit des usagers de saisir l'administration par voie électronique ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. Sauveplane a lu son rapport au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne née en 1977, est entrée en France le 26 septembre 2019, sous couvert d'un visa délivré par les autorités polonaises. Elle a déposé une demande d'asile le 31 janvier 2020. Le 31 janvier 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 octobre 2020. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision du 31 janvier 2020 :

3. La décision par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, notamment la circonstance qu'elle a déposé une demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, et la mention des articles L. 744-8 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

En ce qui concerne la légalité externe de la décision implicite de rejet du recours gracieux :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir " A ceux de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L.112-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne, dès lors qu'elle s'est identifiée préalablement auprès d'une administration, peut, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, adresser à celle-ci, par voie électronique, une demande, une déclaration, un document ou une information, ou lui répondre par la même voie. Cette administration est régulièrement saisie et traite la demande, la déclaration, le document ou l'information sans lui demander la confirmation ou la répétition de son envoi sous une autre forme. ". Aux termes de l'article 1er du décret 2016-685 du 27 mai 2016 : " Les services de l'Etat et les établissements publics à caractère administratif de l'Etat sont autorisés, par le présent acte réglementaire unique, à créer des téléservices destinés à la mise en œuvre du droit des usagers à les saisir par voie électronique tel qu'il résulte des articles L. 112-8 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Ces traitements automatisés permettent aux usagers d'effectuer à leur initiative et quelle que soit leur situation géographique des démarches administratives dématérialisées de toutes natures, d'y joindre, le cas échéant, des pièces justificatives et, au choix des services et des établissements concernés, d'en obtenir une réponse par voie électronique. "

6. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 1er du décret 2016-685 que le courriel électronique ne constitue pas un moyen autorisé pour adresser à l'administration par voie électronique une demande, une déclaration, un document ou une information. En particulier, il résulte des dispositions combinées de l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 1er du décret 2016-685 du 27 mai 2016 qu'elles imposent une identification préalable de l'administré à travers un téléservice, ce que ne permet pas un simple courriel électronique.

7. Par courrier du 31 janvier 2020, Mme A a formé un recours gracieux contre la décision du même jour lui refusant le bénéfice de conditions matérielles d'accueil. L'Office a accusé réception de ce recours le 14 février 2020. Par un courriel du 24 aout 2020, le conseil de Mme A a formulé auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une demande de communication de motifs de la décision implicite de rejet née le 14 avril 2020 du silence gardé par l'autorité administrative. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 6 que l'Office ne peut être regardé comme ayant été destinataire d'une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet du recours gracieux par un simple courriel électronique. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de rejet du recours gracieux doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision implicite de rejet du recours gracieux :

8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur de droit en s'abstenant de procéder à un examen particulier de la demande de Mme A.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil " En l'espèce, Mme A indique elle-même avoir été convoquée et reçue par l'Office le 31 janvier 2020 pour l'entretien personnel au cours duquel l'Office a nécessairement évalué son degré de vulnérabilité avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen manque en fait.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018, relatif aux conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile : " () le bénéfice de celles-ci peut être : 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 " A ceux de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; "

11. En l'espèce, si Mme A soutient qu'elle est entrée sur le territoire français pour postuler à un emploi et n'avoir déposé une demande d'asile qu'après le délai de 90 jours en raison des menaces proférées à son encontre par son frère qui souhaitait la marier de force en Tunisie, elle se borne à de simples allégations dès lors que, d'une part, il n'est pas établi qu'elle est entrée sur le territoire français pour postuler à un emploi en France et n'explique pas en particulier pourquoi elle est entrée sous couvert d'un visa délivré par l'ambassade de Pologne si elle souhaitait postuler à un emploi en France et, d'autre part, les menaces de son frères ne sont pas établies par la seule traduction d'une assignation à comparaitre au tribunal de première instance de Sousse. Par suite, l'office a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, refuser à Mme A le bénéfice de conditions matérielles d'accueil.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 31 janvier 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui attribuer les conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

Sur les frais du procès :

13. Les conclusions de Me Mathis tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de Me Mathis tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Céline Letellier, première conseillère,

Mme Emilie Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. Letellier

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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