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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005619

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005619

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ARNAUD BASTID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Mariaz Frères Travaux Publics, représentée par la SELARL Arnaud Bastid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté interruptif de travaux pris par le maire des Contamines-Montjoie le 19 mai 2020, ensemble de rejet de son recours hiérarchique ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Contamines-Montjoie la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été édicté sans respecter la procédure contradictoire de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la régularité du procès-verbal d'infraction n'est pas démontrée ;

- le motif tiré de l'existence de remblais présentant une hauteur de plus de deux mètres sur plus de 100 m² manque en fait ;

- une dérogation à l'interdiction de construire ou occuper le sol existe pour les carrières et extractions de matériaux en zone X et une autorisation n'était pas requise au titre du code de l'environnement au regard de la faible volumétrie et superficie des dépôts ;

- les travaux réalisés ne sont pas contraires aux prescriptions de la zone Nco ;

- le stockage des remblais ne génère aucun danger pour les riverains.

La requête a été communiquée à la commune des Contamines-Montjoie, qui n'a pas présenté d'observations.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.

Par un courrier du 15 décembre 2023, la commune et le préfet de la Haute-Savoie ont été invités à produire, sur le fondement de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative, le procès-verbal d'infraction dressé le 20 avril 2020 et visé dans l'arrêté interruptif de travaux contesté. La pièce, reçue le 22 décembre 2023, a été communiquée aux autres parties le jour même.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme A.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 mai 2020, le maire des Contamines-Montjoie a pris à l'encontre de la société Mariaz Frères Travaux Publics un arrêté interruptif de travaux au titre des remblais présents sur les parcelles cadastrées A n°545 et n°2650.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen en défense tiré de la situation de compétence lié :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. " A ceux du dixième alinéa de ce même article : " Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. " Il appartient au juge de vérifier si l'administration se trouve en situation de compétence liée et en tout état de cause d'examiner les moyens visant à contester l'existence de cette situation. Il n'y a compétence liée que lorsque la constatation des faits commande automatiquement la décision de l'administration sans qu'il y ait place pour une appréciation des faits.

3. En l'espèce, l'infraction reprochée ne concerne pas une construction réalisée sans permis de construire ou un aménagement réalisé sans permis d'aménager. Au surplus, la question de savoir si la présence de remblais sur les terrains concernés est constitutive d'une infraction implique d'apprécier leur ampleur et de les qualifier juridiquement pour déterminer les textes d'urbanisme applicables. Par suite, le maire ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour prendre un arrêté interruptif de travaux.

En ce qui concerne la motivation de l'arrêté :

4. L'arrêté contesté vise les articles L. 480-1 à -3 du code de l'urbanisme ainsi que le procès-verbal d'infraction dressé par le maire le 20 avril 2020. Il décrit en outre le remblai constaté sur les parcelles cadastrées section A n°545 et 2650, mentionne que les travaux sont toujours en cours et qu'il y a urgence à les interrompre compte tenu de leur situation en zone rouge X du PPRN. Il précise les dispositions du PLU qu'il estime méconnues par la présence de ce remblai. Par suite, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la procédure contradictoire :

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Ces dispositions impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

6. Il ressort des pièces du dossier que le maire des Contamines-Montjoie a adressé à la société Mariaz Frères Travaux Publics un premier courrier l'invitant à présenter ses observations sur le procès-verbal d'infraction dressé le 20 avril 2020 dans le délai de sept jours à compter de sa réception, puis un second courrier l'invitant à faire valoir ses observations sur l'édiction envisagée d'un arrêté interruptif de travaux, dans le même délai. Il n'est pas allégué que ces délais aient été insuffisants alors de surcroît que la requérante a effectivement répondu à ces invitations par courrier du 4 mai 2020. Le fait que le maire ne réponde pas expressément aux observations de la société Mariaz Frères Travaux Publics, qui sont visées dans l'arrêté contesté, est sans incidence sur sa légalité. De surcroît, il ressort des deux courriers adressés par la société au maire qu'elle avait une connaissance précise de l'objet des constatations du procès-verbal d'infraction. Elle a ainsi pu utilement présenter ses observations, nonobstant l'absence de notification de ce procès-verbal, au demeurant non légalement requise. Dès lors que la procédure contradictoire a été respectée, le moyen tiré du défaut d'urgence est inopérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité du procès-verbal d'infraction :

7. Le procès-verbal a été régulièrement dressé par le maire, autorité compétente en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme. Le moyen d'annulation de l'arrêté tiré de l'irrégularité du procès-verbal d'infraction ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les motifs de l'arrêté :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480 1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 160 1 et L. 480-4, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. ". Aux termes de l'article L. 480 2 du même code : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480 4 a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () " . L'article L. 480 4 auquel il est renvoyé dispose que : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421 1 à L. 421 5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende () " Il résulte des dispositions du f de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme que, à moins qu'ils ne soient nécessaires à l'exécution d'un permis de construire, les exhaussements du sol dont la hauteur excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés, doivent être précédés d'une déclaration préalable.

9. Il ressort du procès-verbal d'infraction dressé le 20 avril 2020 que les exhaussements litigieux présentaient une hauteur excédant deux mètres et portaient sur une superficie supérieure à cent mètres carrés et étaient, par suite, au nombre des travaux soumis à déclaration préalable en application de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme. Il est par ailleurs constant qu'ils n'étaient pas nécessaires à l'exécution d'un permis de construire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif de l'arrêté interruptif de travaux tiré du défaut d'autorisation d'urbanisme est illégal.

10. En deuxième lieu, d'une part en vertu des dispositions du I de l'article L. 562 5 du code de l'environnement, le fait de ne pas respecter les conditions d'utilisation du sol prescrites par un plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé est puni des peines prévues à l'article L. 480 4 du code de l'urbanisme, tandis qu'en vertu du II de ce même article, les dispositions des articles L. 460 1, L. 480 1, L. 480 2, L. 480 3, L. 480 5 à L. 480 9, L. 480 12 et L. 480 14 du code de l'urbanisme sont également applicables aux infractions visées au I sous la seule réserve des conditions qu'il mentionne. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 480 2 et L. 160 1 du code de l'urbanisme et L. 562 5 du code de l'environnement que le maire peut légalement ordonner l'interruption de travaux ou d'utilisation du sol qui ne seraient pas conformes aux dispositions d'un document d'urbanisme. D'autre part, l'article 2.6 du règlement de la zone X du plan de prévention des risques naturels prévisibles des Contamines-Montjoie admet par dérogation les carrières et extractions à condition qu'elles n'aggravent pas les risques, n'en provoquent pas de nouveaux et qu'elles présentent une vulnérabilité restreinte, et sous la réserve qu'une étude d'impact préalable intègre la gestion des risques naturels.

11. Il n'est pas contesté que les parcelles en cause sont situées en zone X du plan de prévention des risques prévisibles. Il est par ailleurs constant qu'aucune étude d'impact préalable n'a été réalisée par la société Mariaz Frères Travaux Publics, de sorte qu'elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 2.6 du règlement de la zone X qui en fait un préalable à toute occupation du sol par une carrière. Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif de l'arrêté tiré du non-respect du plan de prévention est illégal.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 610 1 du code de l'urbanisme : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () " . Aux termes de l'article N1 du plan local d'urbanisme des Contamines-Montjoie : " Dans toutes les zones, secteurs à l'exception des secteurs Nzh et Nco et dans tous les STECAL:/Dès lors qu'ils ne sont pas incompatibles avec l'existence d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel ils sont implantés et qu'ils ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, sont autorisés : ()/ Les affouillements et exhaussements de sols sous réserve d'être strictement liés et nécessaires aux constructions et aménagements autorisés, à la protection contre les risques naturels, à la création de voirie et de liaisons douces. ()/ En secteurs Nco :/Dès lors qu'ils ne sont pas incompatibles avec l'existence d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel ils sont implantés et qu'ils ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels, des milieux naturels et des paysages, sont autorisés : ()/ Les travaux de restauration et d'aménagement des cours d'eau et des berges , les travaux et installations permettant de rétablir les continuités piscicoles et hydrauliques; () "

13. D'une part, contrairement à ce qu'indique la requérante, la première partie de l'article N1 n'est pas applicable à la zone Nco dès lors qu'elle l'exclut expressément de son champ d'application. D'autre part, les dispositions de l'article N1 dédiées aux secteurs Nco n'autorisent pas les exhaussements constatés dans le procès-verbal d'infraction dès lors que ces derniers ne constituent pas des travaux de restauration et d'aménagement des cours d'eau et des berges ou des travaux et installations permettant de rétablir les continuités piscicoles et hydrauliques comme semble le prétendre la société Mariaz Frères TP sans toutefois en apporter la moindre preuve ou commencement de preuve. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif de l'arrêté tiré du non-respect des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone Nco est illégal.

14. La requérante invoque en dernier lieu le contrôle du juge sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité de l'arrêté interruptif de travaux. Toutefois, elle se borne à invoquer l'absence de danger ou de risque généré par le stockage des déchets, qui est sans lien avec les éventuelles conséquences graves de la décision contestée qui ne sont au demeurant pas alléguées. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Mariaz Frères Travaux Publics n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2020 et du rejet de son recours hiérarchique.

Sur les frais d'instance :

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Mariaz Frères Travaux Publics doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de la société Mariaz Frères Travaux Publics est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mariaz Frères Travaux Publics, à la commune des Contamines-Montjoie et au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2005619

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