lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2020, et des mémoires enregistrés le 31 mai 2021, 26 novembre 2021, 27 janvier 2022, 3 mars 2022 et 27 décembre 2022, M. D H, M. E H, Mme J H épouse B et M. C H, représentés par Me Lacroix, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de permis de construire n°PC074 136 19 X0028 délivré par le maire de la commune du Grand Bornand en date du 20 février 2020 à M. K à la SARL Progestim, pour la construction d'un chalet comportant deux logements, ensemble la décision expresse du 17 juillet 2020 de rejet du recours gracieux préalable du 14 mai 2020 ;
2°) de rejeter les conclusions reconventionnelles de la SAS Vickson et de la commune du Grand Bornand ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Grand Bornand et de la SAS Vickson une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ; la nouvelle construction s'implantera à 15 mètres de leur chalet et génèrera des vues nouvelles sur leur propriété de nature à troubler les conditions de jouissance du bien ;
- le signataire de l'acte ne disposait pas d'une délégation régulière ;
- l'article U04-5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Grand Bornand sur le coefficient d'emprise sol de 0,20 maximum est méconnue par le projet ;
- le cahier des charges du lotissement qui a fixé à 5 le nombre de lots a été méconnu ;
- la subdivision n'a pas été autorisée dans les conditions prévues par le code de l'urbanisme ;
- le service public de gestion des eaux pluviales n'a pas été consulté ;
- le permis de construire a été obtenu par fraude : le projet prévoit la création de 3 logements et non de deux ;
- l'article 5.1 UC du règlement du plan local d'urbanisme a été méconnu : un remblai de 2 mètres devra être fait sur la façade Est du projet ;
- l'article 7.1 UC du règlement du plan local d'urbanisme a été méconnu : une place de stationnement n'est pas utilisable et une autre place se situe sur une partie non aménagée et non imperméabilisée de la parcelle ;
- l'article 8 UC du règlement du plan local d'urbanisme a été méconnu : l'accès au garage ne peut se faire de manière indépendante pour ce lot, et aurait dû s'effectuer, de manière mutualisée et du côté du lot Brocard (parcelle B5610 à l'Ouest) ;
- en revoyant les stationnements pour qu'ils soient réalisables et utilisables, il sera également nécessaire de revoir le dispositif de la cuve de rétention des eaux pluviales ;
- l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme impose un recul de 5 mètres par rapport à la limite séparative qui n'est pas respectée à l'angle sud-ouest ;
- M. F n'était pas compétent en matière de gestion des eaux pluviales ; l'avis signé par lui ne peut donc être considéré comme l'avis requis par la réglementation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 avril 2021, 22 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Vickson, représentée par Me Giraudon, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ; à titre subsidiaire de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
2°) de condamner les consorts H à payer la somme de 227 176 euros en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ont un comportement abusif qui justifie leur condamnation à payer la somme de 227 176 euros en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
- les requérants n'ont pas intérêt pour agir : le projet ne génèrera aucune perte d'ensoleillement ;
- l'article 4.5 UC du règlement du plan local d'urbanisme est respecté par le projet ;
- l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme a rendu caduques les règles d'urbanisme contenues dans un cahier des charges de lotissement aux termes de 10 ans si le lotissement est couvert par un document d'urbanisme ;
- le cahier des charges du lotissement est devenu caduc, la subdivision peut être effectuée sans respect de l'article R. 442-21 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juillet 2021, 17 décembre 2021 et 14 février 2022, la commune du Grand Bornand, représentée par Me Petit, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire de la rejeter au fond après avoir, en tant que de besoin, fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
2°) en tout état de cause de condamner solidairement les requérants à lui verser la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable : l'acte notarié ne permet pas de vérifier le respect de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme par les consorts H ;
- le signataire de l'acte, M. F, avait reçu délégation du maire ;
- la commune est compétente en matière de gestion des eaux pluviales, aucun service extérieur ne devait être consulté ; son service a été consulté et a rendu son avis le 20 février 2020 ;
- le permis de construire n'est pas entaché de fraude : la demande de permis de construire porte clairement sur un projet avec deux logements ;
- il n'est pas établi par les plans de masse que le projet ne respecterait pas la règle d'emprise au sol du plan local d'urbanisme ;
- les modifications de pente ne peuvent être considérées comme importantes ;
- l'article 7.2 du règlement du plan local d'urbanisme exige 6 places de stationnement ; le projet satisfait à cette exigence ;
- le règlement du cahier des charges du lotissement est devenu caduc : la commune est couverte par un plan local d'urbanisme depuis le 5 décembre 2019 ; la caducité fait échec à l'application de l'article R. 442-21 du code de l'urbanisme ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 8 et la mutualisation de l'accès au terrain est un moyen nouveau irrecevable en application de l'article R. 611-7-2 du code de justice administrative ;
- les requérants invoquent à nouveau l'article 5-1 UC mais allèguent la méconnaissance d'autres dispositions de cet article. Il s'agit là encore d'un nouveau moyen irrecevable en application de l'article R. 611-7-2 du code de justice administrative ;
- les requérants invoquent la méconnaissance des dispositions générales du règlement afférentes à la dimension des places de stationnement ; il s'agit d'un moyen nouveau irrecevable en application de l'article R. 611-7-2 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ollier, représentant les requérants, de Me Marquet, représentant la commune du Grand Bornand et de Me Vallée, représentant la SAS Vickson.
Considérant ce qui suit :
1. M. K et la SARL Progestim ont déposé le 4 novembre 2019 une demande de permis de construire un chalet comportant 2 logements sur un terrain cadastré section 136 A n° 5611 situé La Place et classé en zone UC par le plan local d'urbanisme de la commune du Grand Bornand. Par arrêté du 20 février 2020 n° PC074 136 19 X0028, le maire de la commune a accordé le permis de construire. Par arrêté du 9 juin 2020, le permis de construire a été transféré à la SAS Vickson. Les consorts H ont formé un recours gracieux le 14 mai 2020 qui a été expressément rejeté le 17 juillet 2020.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. "
3. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. D'une part, les consorts H sont propriétaires indivis du lot n°1 d'un chalet situé sur la parcelle A n°2867, mitoyen du projet de chalet de la SAS Vickson. Ils sont donc voisins immédiats du projet. Ils font état des vues nouvelles sur la façade entrainée par le projet, une circulation accrue, l'abattage de deux arbres sur la parcelle et une perte d'ensoleillement. Par suite, ils ont un intérêt pour agir contre le permis contesté.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant."
6. Il ressort des pièces du dossier que les consorts H ont produit l'acte authentique de donation-partage du 15 juin 2012 aux termes duquel ils sont devenus propriétaires indivis du lot n°1 du chalet situé sur la parcelle A n°2867 et ont justifié de la régularité de la détention de leur bien. Par suite, les fins de non-recevoir doivent être écartées.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité des moyens :
7. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. "
8. Le premier mémoire en défense de la SAS Vickson du 8 avril 2021 a été communiqué le jour même aux requérants, qui ne pouvait donc plus invoquer de nouveaux moyens après le 8 juin 2021. Or le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 8 et la mutualisation de l'accès au terrain a été soulevé pour la première fois dans le mémoire du 26 novembre 2021. Ce moyen nouveau est donc irrecevable en application de l'article R. 611-7-2 du code de justice administrative.
9. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de la règle relative à la dimension des places de stationnement à l'intérieur du garage, soulevé dans le mémoire du 26 novembre 2021, qui n'est pas issue de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme mais des dispositions générales du plan local d'urbanisme. Or, si les requérants ont soulevé à l'appui de leur requête la méconnaissance de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme eu égard aux caractéristiques des places extérieures, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions générales du plan local d'urbanisme relatif à la dimension des places de stationnement à l'intérieur du garage constitue un moyen différent, donc nouveau et irrecevable en application de l'article R. 611-7-2 du code de justice administrative.
10. En revanche, le moyen relatif à l'article 5-1 UC est recevable dès lors que les requérants n'ont invoqué dans leur mémoire du 26 novembre 2021 que des arguments nouveaux à l'appui de ce moyen, qui avait déjà été soulevé dans la requête.
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'acte :
11. Par arrêté du 8 avril 2014, le maire de la commune du Grand Bornand a donné délégation permanente à M. I F, adjoint signataire de l'arrêté contesté du 20 février 2020, pour exercer les compétences relatives à l'instruction et à la délivrance des permis de construire. Le maire de la commune a attesté du caractère exécutoire de cet arrêté en raison de sa transmission au préfet et de son affichage et mentionné les dates de cette transmission et de cet affichage. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence d'avis du service public de gestion des eaux pluviales :
12. La commune ayant conservé la compétence pour la gestion des eaux pluviales, elle n'avait pas à consulter un service extérieur. L'avis des services compétents de la mairie du Grand Bornand sur la demande de permis de construire déposée par M. K et la SARL Progestim a été donné le 20 février 2020. Si le requérant conteste la compétence de M. I F pour signer un tel avis, ce dernier était compétent pour instruire les demandes de permis de construire. Par suite, il était également compétent pour signer cet avis et le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la fraude commise par le pétitionnaire :
13. L'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.
14. Il est constant que la demande de permis de construire déposée par M. K et la SARL Progestim concerne un chalet comportant 2 logements. Si les requérants allèguent que le projet immobilier prévoirait en réalité la création de 3 logements, ils ne peuvent utilement se prévaloir, au soutien de ce moyen, d'un document commercial établi par le pétitionnaire à l'appui d'une demande de prêt bancaire et qui mentionne un projet de construction d'un chalet de 3 logements, qui est contredit par les mentions claires du permis de construire faisant état d'un chalet de 2 logements. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 4-5 UC du règlement du plan local d'urbanisme :
15. Aux termes de l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme : " L'emprise au sol au sens du présent livre est la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. Toutefois, les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements. " A ceux de l'article 4-5 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le coefficient d'emprise au sol ne peut excéder : - en zone UC = 0,20. () Les annexes non accolées et garages (sauf parties enterrées) sont comptabilisés dans le calcul de l'emprise au sol. "
16. Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme définit d'emprise au sol comme " la surface qu'occupent, sur le sol fini : - la projection verticale du volume des bâtiments implantés sur le terrain, hors éléments extérieurs de façades tels que balcons et débords de toitures ; les éléments de ces bâtiments prenant appui sur le sol sont toutefois inclus dans l'emprise au sol (auvent sur poteaux, bases d'un escalier) ; - les piscines de toutes natures, les terrasses aménagées d'une hauteur au-dessus du sol fini supérieur à 0.5 mètres. () Sont exclues de l'emprise au sol : - les parties enterrées de la construction ; les terrasses aménagées d'une hauteur au-dessus du sol fini n'excédant pas 0,5 mètre ; - la projection verticale des éléments extérieurs de façade tels que balcon et débords de toiture ne prenant pas appui sur le sol ; - l'emprise des murs de soutènement, des murs de clôtures et des murs de toutes natures qui ne sont pas partie intégrante d'un bâtiment. "
17. Le bâtiment à construire est implanté sur la parcelle A n° 5611 d'une surface de 600 m². Les plans font état d'une emprise au sol de 120 m², soit un coefficient de 0,2 conforme au plan local d'urbanisme. Il ressort toutefois de ces mêmes plans que la surface au sol est en réalité de 120,41 m² (12,92 m x 9,32 m). De surcroit, ce calcul ne prend pas en compte l'escalier extérieur, d'une largeur de 1,2 m et d'une longueur de 4,2 m, lequel prend par définition appui au sol. Or le règlement du plan local d'urbanisme prévoit que les éléments des bâtiments prenant appui sur le sol sont inclus dans l'emprise au sol. Il convient donc d'inclure dans le calcul de l'emprise au sol le volume projeté de l'escalier, soit 5,04 m² (1,2 x 5,2, soit un total de 125,45 m²). En revanche, il n'y a pas lieu d'y inclure ni le balcon accolé à l'escalier, qui ne prend pas appui au sol, ni le garage qui est enterré, ni " les angles des balcons prenant appui sur le sol " et qui sont en réalité des terrasses, dans la mesure où il ne ressort pas des plans que la hauteur au-dessus du sol fini excèderait 0,5 m. Le coefficient d'emprise au sol s'établit donc à 0,2090 (125,45/300) et excède la limite de 0,2 fixée par l'article 4-5 du règlement du plan local d'urbanisme. Le moyen est donc fondé et doit donc être accueilli.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 5-1 UC du règlement du plan local d'urbanisme :
18. Aux termes de l'article 5-1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions, par leur composition et leur accès, doivent s'adapter au terrain naturel, sans modification importante des pentes de celui-ci. "
19. Il ressort des plans que le terrain naturel se situe à son point le plus bas à la cote altimétrique 1203.45 et à son point le plus haut à la cote 1209.57. Le plan de coupe du terrain et de la construction montre que le terrain fini se situe à son point le plus bas à la cote altimétrique 1203.45 et à son point le plus haut à la cote 1210.01. La construction s'adapte au terrain naturel sans modification importante des pentes. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 7-1 UC du règlement du plan local d'urbanisme :
20. Aux termes de l'article 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Pour les constructions à usage d'habitation : Une place de stationnement par tranche de 50 m² de surface de plancher engagée, avec un minimum d'une place par unité de logement. Pour les constructions nouvelles, a minima la moitié des places demandées par opération devra être réalisée de manière couverte "
21. S'agissant des places situées à l'extérieur, la circonstance qu'un emplacement de stationnement à l'extérieur gênerait l'accès reste sans incidence sur l'existence de cette place, dont les dimensions sont conformes au plan local d'urbanisme. De surcroit, cette gêne alléguée résulte uniquement du placement sur le plan du dessin représentant la voiture et non d'une configuration trop étroite du terrain. Il en va de même de la circonstance qu'un autre emplacement de stationnement à l'extérieur ne serait pas accessible en toute saison, ce qui n'est pas démontré.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 4-2 UC du règlement du plan local d'urbanisme :
22. Aux termes de l'article 4-2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les débordements de toiture et de balcon jusqu'à 1,50 m ne seront pas pris en compte pour l'application de l'ensemble des règles édictées par le présent article. () Les constructions doivent respecter un recul minimum de 5 mètres par rapport aux limites des propriétés voisines. "
23. Il ressort des plans du projet que le projet se situe à une distance de 5,44 m de la propriété voisine du côté Ouest et 9,30 m du côté Est. Il ressort également de ces mêmes plans que le débordement de toiture a une longueur de 1,5 m et ne doit donc pas être pris en compte pour l'appréciation de la distance de 5 m par rapport aux limites des propriétés voisines prévue à l'article 4-2 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le projet situé à 5,44 m et 9,30 m des propriétés voisines respecte la règle de recul minimum de 5 m et le moyen n'est pas fondé.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'annexe sanitaire au plan local d'urbanisme :
24. L'annexe sanitaire au plan local prévoit que : " les eaux de ruissellement des nouvelles surfaces imperméabilisées seront gérées à la parcelle par la mise en place d'un bac de rétention qui respectera les prescriptions suivantes : 18,8 litres de stockage par m² imperméabilisé et 2,12 x 10-3 litre/seconde de débit de fuite par m² imperméabilisé ".
25. La notice de la demande de permis de construire indique une surface imperméabilisée de 370 m² et une cuve de 8 m² (18,8 l x 370) avec un débit de fuite de 0,8 l/s (0,00212 x 370) et fait donc application correcte de la formule prévue à l'annexe sanitaire du plan local d'urbanisme. A supposer même, comme le soutiennent les requérants, qu'une place de stationnement n'ait pas été comptabilisée comme surface imperméabilisée, ce qui n'est pas démontré, la surface imperméabilisée rectifiée serait donc augmentée de 12,5 m² (5 x 2,5) pour s'établir à 382,5 m² et non 370 m² ; ce qui conduirait à une cuve de 7191 litres (18,8 x 382,5) au lieu de 6956 litres. Par suite, la cuve de 8 m 3 prévue soit 8000 litres est suffisamment dimensionnée. Il en va de même du débit de fuite rectifié de 0,8109 l/s (0,00212 x 382,5) qui reste conforme aux exigences du règlement sanitaire du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des règles du lotissement :
26. Aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents du lotissement, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé, deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. "
27. Eu égard tant à son objet qu'à ses effets, la mention relative au nombre maximal de lots contenue dans le cahier des charges approuvé d'un lotissement constitue une règle d'urbanisme au sens des dispositions précitées de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme. Par conséquent, une telle limitation cesse de s'appliquer, au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir, lorsque le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, et l'autorité chargée de délivrer les autorisations d'urbanisme ne peut l'opposer à la personne qui sollicite un permis d'aménager, un permis de construire ou qui dépose une déclaration préalable. De même, si une majorité de colotis a demandé le maintien de cette règle, elle a cessé de s'appliquer à compter de l'entrée en vigueur de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové.
28. D'une part, il est constant que la commune du Grand Bornand est couverte par un plan local d'urbanisme exécutoire depuis le 5 décembre 2019. Dès lors, la règle d'urbanisme relative à la limitation du nombre de lots à 5 contenue dans le cahier des charges du lotissement était devenue caduque à la date de la demande de permis de construire et ne pouvait être opposée par la commune. D'autre part, en conséquence de cette caducité, la procédure prévue à l'article R. 442-21 du code de l'urbanisme pour la subdivision d'un lot provenant d'un lotissement, n'avait pas à être suivie. Dès lors, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.
Sur les conclusions reconventionnelles de la SAS Vickson :
29. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. "
30. Il ne résulte pas de l'instruction que le droit des consorts H à former un recours contre la décision litigieuse aurait été mis en œuvre dans des conditions qui traduiraient de leur part un comportement abusif. Par suite, les conclusions de la SAS Vickson tendant à ce que les requérants soient condamnés à lui verser des dommages-intérêts au titre des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
31. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Il résulte de ces dispositions que le juge peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.
32. Le vice constaté au point 17 n'affecte qu'une partie identifiable du projet, à savoir la méconnaissance de l'article 4-5 UC du règlement du plan local d'urbanisme en raison d'un coefficient d'emprise au sol supérieur à 0,2 et il peut faire l'objet d'une mesure de régularisation n'impliquant pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu en conséquence d'annuler l'arrêté du maire en tant seulement qu'il autorise le projet avec un coefficient d'emprise au sol supérieur à 0,2.
Sur les frais de procédure :
33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté n°PC074 136 19 X0028 du maire de la commune du Grand Bornand en date du 20 février 2020 est annulé dans la mesure rappelée au point 32.
Article 2 :Les conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Les conclusions indemnitaires présentées par la SAS Vickson au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et le surplus de ses conclusions sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D H en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune du Grand Bornand, à la SARL Progestim, à M. K et à la SAS Vickson.
Copie en sera adressée au procureur de la république près le tribunal judiciaire d'Annecy.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme G, première-conseillère,
- Mme A, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. G
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026