vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005937 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GIRARD MADOUX & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 octobre 2020 et le 21 juillet 2022, M. B C, représenté par la SAS Lexalp - SPE SR Conseil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 août 2020 par laquelle l'inspecteur du travail de la Savoie a autorisé son licenciement pour motif personnel ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête n'est pas tardive ;
- il n'a pas pu bénéficier de la saisine de la commission disciplinaire malgré une demande de sa part en ce sens, de sorte que la procédure est irrégulière ;
- son contrat de travail était suspendu pour accident du travail à la date de son licenciement, de sorte que la décision est entachée d'erreur de droit ;
- le motif tiré de la désorganisation de l'entreprise n'est pas constitué, en l'absence de désorganisation et de nécessité de le remplacer définitivement ;
- son employeur avait bien connaissance de son mandat syndical ;
- son employeur est de mauvaise foi et déloyal dans sa demande d'autorisation de licenciement, notamment en organisant le 1er juillet 2020 la reprise théorique du travail et en présentant antérieurement à la visite médicale de reprise une demande d'autorisation de licenciement à l'inspecteur du travail, et s'est montré défaillant dans la gestion de son arrêt de travail.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 novembre 2020 et le 9 septembre 2022, l'office public d'aménagement et de construction (OPAC) de la Savoie, représenté par la SCP Girard-Madoux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il appartient à M. C de démontrer que sa requête n'est pas tardive compte tenu de la date prétendue de notification ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 2 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Par un courrier du 8 février 2023, des pièces complémentaires ont été demandées en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire du 2 mars 2023, M. C a présenté des observations concernant les pièces communiquées en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 6 mars 2023, la clôture de l'instruction, en ce qui concerne les éléments communiqués sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, a été fixée au 9 mars 2023 à 17 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n° 2011-636 du 8 juin 2011 portant dispositions relatives aux personnels des offices publics de l'habitat ;
- la convention collective nationale du personnel des offices publics de l'habitat et des sociétés de coordination du 6 avril 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,
- les observations de Me Boisson, représentant M. C,
- les observations de Me Girard Madoux représentant l'OPAC de la Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. M. C était employé depuis le 1er février 2001 en qualité de directeur des ressources humaines de l'OPAC de la Savoie. Il exerçait en dernier lieu le mandat de conseiller prud'homal. Le 7 juillet 2020, l'OPAC de la Savoie, établissement public industriel et commercial, a saisi l'inspecteur du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif personnel de M. C, en se prévalant des absences de M. C apportant au fonctionnement de l'établissement public des perturbations graves. Par une décision du 3 août 2020, l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement pour motif personnel de M. C. Ce dernier demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".
3. La décision attaquée est datée du 3 août 2020 et accompagnée d'un courrier de notification du 5 août 2020. L'OPAC de la Savoie ne produit aucune pièce permettant de déterminer la date exacte à laquelle elle a été notifiée au requérant. Au contraire, il ressort de la capture d'écran produite par M. C qu'un courrier remis le 6 août 2020 aux services postaux lui a été distribué le 12 août 2020. Il n'est donc pas établi que la requête de M. C, enregistrée le 9 octobre 2020, ait été tardive. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir soulevée par l'OPAC de la Savoie.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 1226-7 du code du travail : " Le contrat de travail du salarié victime d'un accident du travail, autre qu'un accident de trajet, ou d'une maladie professionnelle est suspendu pendant la durée de l'arrêt de travail provoqué par l'accident ou la maladie. / () ". Aux termes de l'article L. 1226-9 du même code : " Au cours des périodes de suspension du contrat de travail, l'employeur ne peut rompre ce dernier que s'il justifie soit d'une faute grave de l'intéressé, soit de son impossibilité de maintenir ce contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie ". Enfin, aux termes de l'article L. 1226-13 de ce code : " Toute rupture du contrat de travail prononcée en méconnaissance des dispositions des articles L. 1226-9 et L. 1226-18 est nulle ".
5. D'une part, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation de licenciement, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de vérifier le respect de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail du salarié protégé et, notamment, dans le cas où il s'agit d'un accidenté du travail, des dispositions de l'article L. 1226-9 du code du travail.
6. D'autre part, il résulte de ces dispositions qu'en cas de suspension du contrat de travail du salarié victime d'un accident du travail, l'employeur ne peut rompre ce dernier que s'il justifie soit d'une faute grave de l'intéressé, soit de son impossibilité de maintenir ce contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie. Constitue un motif non étranger à l'accident ou à la maladie le motif tiré de l'existence des absences du salarié malade portant au fonctionnement de l'entreprise des perturbations objectives suffisamment graves que l'employeur ne peut pallier par des mesures provisoires de nature à justifier le licenciement en vue du remplacement définitif du salarié par le recrutement d'un autre salarié. Par ailleurs, la suspension du contrat du travail prévue par les dispositions de l'article L. 1226-7 du code du travail, et la protection qui y est associée par l'article L. 1226-9 du même code, ne prennent fin que lorsque le salarié est déclaré définitivement inapte par le médecin du travail ou, à défaut, lors de la visite de reprise du travail effectuée par le salarié. La date de consolidation de l'état du salarié constatée par la caisse primaire d'assurance maladie est à cet égard sans incidence, tout comme la nature des derniers arrêts de travail délivrés par le médecin traitant du salarié.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été victime d'un accident du travail le 2 octobre 2018. A compter de cette date et jusqu'au 18 octobre 2019, il a bénéficié d'arrêts de travail pour ce motif. Le 18 octobre 2019, sa situation a été considérée consolidée par la caisse primaire d'assurance maladie, le service médical de la sécurité sociale concluant à un taux d'incapacité nul. Toutefois, M. C n'a pas bénéficié, à cette date, d'une visite de reprise par le médecin du travail, alors même qu'en application de l'article R. 4624-31 du code du travail, cette visite constitue une obligation après une absence d'au moins trente jours pour cause d'accident du travail. A compter du 18 octobre 2019, et jusqu'au jour de son licenciement, il a bénéficié d'arrêts de travail pour maladie ordinaire. Enfin, si le 1er juillet 2020, il a été convoqué à une visite de reprise du travail, prévue pour le 9 juillet 2020, il est constant que cette visite de reprise n'a finalement jamais eu lieu à la suite de la prolongation de son arrêt de travail. Dans ces circonstances, M. C, qui à la date de la décision attaquée n'avait pas été déclaré définitivement inapte ni n'avait bénéficié d'une visite de reprise, est fondé à soutenir que l'inspecteur du travail ne pouvait, sans méconnaître l'article L. 1226-9 du code du travail, autoriser son licenciement pour un motif personnel tiré des perturbations graves apportées par ses absences au fonctionnement de l'établissement qui l'employait. Par suite, la décision du 3 août 2020 est entachée d'erreur de droit.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 août 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement.
Sur les conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. C qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, les conclusions de l'OPAC à cette fin doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de l'inspecteur du travail du 3 août 2020 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de l'OPAC présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'office public d'aménagement et de construction de la Savoie et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera délivrée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026