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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006064

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006064

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE FOYER DE COSTIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2020, M. C B, représenté par Me le Foyer de Costil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 26 juin 2020 par laquelle le jury l'a ajourné de l'examen du brevet national de pisteur secouriste du troisième degré option ski alpin au titre de la session 2020 ainsi que la décision du 21 août 2020 par laquelle le directeur départemental de la cohésion sociale de Haute Savoie a confirmé cette décision sur recours gracieux du 1er juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de le convoquer à nouveau pour l'épreuve orale et de reconvoquer ensuite le jury pour qu'il délibère à nouveau ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été interrogé sur un sujet tiré au sort hors programme lors de son épreuve orale relative au module spécifique ;

- au cours de l'entretien, il a été interrogé sur plusieurs sujets du programme relevant du module commun alors qu'il ne pouvait, en vertu de l'arrêté 4.3 de l'arrêté du 3 février 2000, n'être interrogé que sur un sujet du programme du module spécifique ;

- les conditions de déroulement de son entretien orale révèlent une rupture d'égalité entre les candidats.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2020, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2021, l'école nationale de ski et d'alpinisme (ENSA) de Chamonix indique qu'elle n'a pas d'observations à présenter.

Par une ordonnance du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°92-1379 du 30 décembre 1992 relatif aux formations de pisteur-secouriste et de maître pisteur-secouriste et modifiant le décret n° 91-834 du 30 août 1991 relatif à la formation aux premiers secours ;

- le décret n° 2020-663 du 31 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- l'arrêté du 3 février 2000 relatif à la formation des pisteurs-secouristes du troisième degré ,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est présenté à l'examen du brevet national de pisteur-secouriste du troisième degré pour la session 2019-2020. Après avoir réussi l'épreuve écrite du module commun, il a passé les épreuves écrite et orale du module spécifique. Il a obtenu pour ce dernier module les notes de 11/20 à l'épreuve écrite et de 7/20 à l'épreuve orale, soit un total de points de 18/40 inférieur à 24 sur 40 requis pour la validation de ce brevet national. Par sa requête, M. B demande l'annulation la délibération du 26 juin 2020 par laquelle le jury l'a ajourné de cet examen ainsi que la décision du 21 août 2020 par laquelle le directeur départemental de la cohésion sociale de Haute Savoie a confirmé cette décision sur recours gracieux formé le 1er juillet 2020.

Sur les conclusions d'annulation :

2. L'article 2 de l'arrêté du 3 février 2000 dispose : " Le programme de cette formation, d'une durée de soixante-douze heures, comporte a) Un module commun d'une durée de trente-six heures ; b) Un module spécifique optionnel, alpin ou nordique, d'une durée de trente-six heures. Le contenu des matières enseignées, lors de ces modules, figure en annexe du présent arrêté ". Son article 4 dispose : " - L'examen pour l'obtention du brevet national de pisteur-secouriste du troisième degré, comporte trois épreuves : 1. A l'issue du module commun et conditionnant l'accès au module spécifique, une épreuve écrite, notée sur 40, permettant d'apprécier les connaissances du candidat sur les matières enseignées au cours du module commun (durée : deux heures) ; 2. Au cours du module spécifique, une épreuve écrite consistant en un rapport technique, sur un des sujets proposés par l'équipe pédagogique, notée sur 20 (durée : trois heures) ; 3. A l'issue du module spécifique, une épreuve optionnelle, ski alpin ou ski nordique, consistant en un entretien oral avec le jury sur un sujet tiré au sort par les candidats, portant sur les matières enseignées au cours du module spécifique, notée sur 20 (durée : trente minutes environ, préparation : trente minutes). A l'occasion de ces épreuves, les membres du jury doivent apprécier les connaissances techniques des candidats et évaluer leur capacité d'analyse, d'organisation et de gestion dans les matières considérées ". L'article 5 de cet arrêté dispose : " () Sont déclarés admis au brevet national de pisteur-secouriste du troisième degré les candidats ayant obtenu un total de points au minimum égal à 24 sur 40 aux épreuves prévues aux 2 et 3 de l'article 4 du présent arrêté. Toute note inférieure à 6 sur 20 dans l'une ou l'autre de ces épreuves est éliminatoire. En cas d'échec à l'une ou l'autre des deux dernières épreuves, les candidats gardent, pendant deux années, le bénéfice de leur réussite à l'épreuve 1 de l'article 4 du présent arrêté. Ils doivent suivre à nouveau le module spécifique et se présenter aux épreuves prévues ".

3. L'annexe à cet arrêté définit le programme de la formation au brevet national de pisteur-secouriste du troisième degré. Le programme du module spécifique " 4. Sécurité. - Secourisme. - Prévention des accidents " option alpin comporte : " 4.1. Secourisme (durée : six heures) : - bilan et gestion opérationnelle des secours ; - rappels et révisions notamment concernant les gros traumatismes. 4.2. Sécurité et opérations de secours (durée : dix heures) : - préventions des accidents du travail dans le domaine des pistes ; - plans de secours ; - rôle du chef d'opération et les différentes fonctions du plan de secours ; - prévention des risques naturels et matériels ;- nivologie ". Le module 5. " Préparation des pistes " option alpin porte sur : " Espaces ludiques et sportifs adaptés aux différentes formes de glisse. Préparation estivale des pistes. Prévention des risques naturels et matériels (protections passives et actives). Préparation des pistes aux compétitions. La neige de culture. Entretien du manteau neigeux, les plans de damage. PIDA : mise en œuvre ".

4. S'il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation portée par le jury d'un examen sur la prestation d'un candidat, il lui appartient, en revanche, de vérifier qu'il n'existe, dans le choix du sujet d'une épreuve, aucune violation du règlement du concours de nature à créer une rupture d'égalité entre les candidats. A ce titre, il lui incombe notamment de contrôler que ce choix n'est pas entaché d'erreur matérielle, que le sujet peut être traité par les candidats à partir des connaissances que requiert le programme de l'examen et que, pour les interrogations orales, les questions posées par le jury sont de nature à lui permettre d'apprécier les connaissances du candidat dans la discipline en cause.

5. En premier lieu, lors de son épreuve orale relative au module spécifique qui s'est déroulé le 12 juin 2020, M. B a tiré au sort le sujet suivant : " Quels sont les avantages des normes " ' Ce sujet synthétique peut se rattacher à plusieurs composantes du programme du module spécifique option alpin lesquelles sont surlignées en gras au point 3. Il ressort d'ailleurs du courriel rédigé par M. B le lendemain de cette épreuve que " durant la formation les normes ont brièvement été abordés lors du cours " et que, le jour de l'épreuve orale, il a " présenté les différentes normes ". Il s'ensuit que M. B, qui a disposé de la faculté, lors de la préparation de cet entretien, de consulter ses cours de modules commun et spécifique, n'est pas fondé à soutenir que ce sujet est hors des limites de ce programme et qu'en conséquence, le règlement de l'examen aurait été méconnu.

6. En deuxième lieu, M. B soutient que, lors du déroulement de son entretien oral, il a été interrogé sur plusieurs sujets du programme relevant du module commun. Il ressort en effet de son courriel du 13 juin 2020, non contesté sur ce point, que, quand il a voulu " continuer sur l'ISO et la qualité ", un des membres du jury est " parti sur les différents arrêtés municipaux qui reprennent les normes notamment dans les contenus ".

7. Les questions portant sur le contenu et le régime des arrêtés municipaux relatif aux prescriptions de sécurité sur les pistes de ski alpin présentent toutefois des liens avec plusieurs composantes du programme du module spécifique que ces actes administratifs reprennent en partie alors même qu'elles se rattachent plus directement au point 3 " Administration, réglementation " du programme du module commun que M. B avait passé. A cet égard, ces questions ne sont pas étrangères aux qualités attendues d'un candidat au brevet national de pisteur-secouriste du troisième degré option ski alpin et, en les posant, le membre du jury a pu vouloir évaluer, conformément aux dispositions de l'article 4.3 de l'arrêté du 3 février 2000, la capacité d'analyse et de réactivité du candidat sur ces aspects de sécurité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été interrogé des sujets n'entrant pas dans les matières du programme du module spécifique.

8. En troisième lieu, le requérant soutient, sans être contredit par l'administration, qu'il a été interrogé dans la cour de l'Ecole Nationale des Sports de Montagne par des examinateurs ne portant pas de masques malgré la crise sanitaire, à l'occasion d'une pause cigarette, sans bénéficier du calme d'une salle d'examen et alors, qu'en outre, son entretien a été interrompu deux fois par des agents de l'administration pour se terminer dans la salle d'examen seulement pour les cinq dernières minutes. Ces circonstances n'ont toutefois pas empêché M. B de répondre aux questions qui lui ont été posées par les examinateurs et d'exprimer ses qualités comme candidat à un examen permettant, en cas d'obtention des points requis par le règlement d'exercer des fonctions d'encadrement d'une équipe de secours sur le terrain. Dès lors, ces circonstances, pour regrettables qu'elles soient, ne sont pas de nature à avoir entraîné une rupture d'égalité entre les candidats à un examen qui n'implique pas de classement entre les candidats.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

J-L. A

La présidente,

D. Jourdan

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne à la ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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