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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006070

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006070

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantVATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 octobre 2020, le 2 février 2021 et le 27 juillet 2021, le syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et M. C B, représentés par Me Vatier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le permis de construire délivré le 7 février 2020 par le maire de la commune de Tignes à la SARL Produits de Savoie en vue de l'extension et de la surélévation du restaurant " Le petit savoyard " avec l'aménagement de l'accès de la discothèque " Avant-garde club "ensemble la décision implicite de rejet au recours gracieux formé par M. B;

2°) de condamner la commune de Tignes au versement d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de permis de construire est insuffisant au regard des exigences prévues par les articles R ; 431-7, R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnait l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme compte tenu du risque pour la sécurité des personnes en cas d'incendie

- l'arrêté méconnaît les prescriptions de l'article 1.2 du règlement du plan local d'urbanisme relatifs aux activités permises dans la zone UB1 applicable aux extensions de restaurants et de discothèque ;

- l'arrêté méconnaît également m'article 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que l'extension projetée dépasse la hauteur maximale autorisée ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce qu'il ne vaut pas permis de démolir l'existant ;

- l'arrêté méconnaît l'article 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que l'implantation du projet méconnait la règle de retrait par rapport à la limite séparative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021, la SARL Produits de Savoie, représentée par son gérant M. A, représentée par Me Nguyen conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, enfin, à la condamnation solidaire du syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et de M. B à lui verser une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de justification des notifications prévues à l'article R.600-1 du code de l'urbanisme ;

- les requérants ne produisent pas les justificatifs exigées par l'article R.600-4 du code de l'urbanisme ;

- l'intérêt pour agir n'est pas démontré ;

- la requête est tardive s'agissant à la fois du syndicat des copropriétaires et de M. B ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires en défense enregistrés le 11 janvier 2021 et un mémoire du 23 juin 2021, la commune de Tignes, représentée par la Selas Adamas-Affaires publiques conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, enfin, à la condamnation solidaire du syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et de M. B à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de justification des notifications prévues à l'article R.600-1 du code de l'urbanisme .

- la requête est tardive ;

- la requête est irrecevable en l'absence de qualité pour agir de M. B et de capacité à agir du syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- le code de l'urbanisme,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portal,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Buffet pour la commune de Tignes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 février 2020, le maire de la commune de Tignes a délivré à la SARL Produits de Savoie un permis de construire en vue de l'extension et de la surélévation du restaurant " Le Petit Savoyard " avec l'aménagement de l'accès de la discothèque " Avant- garde Club ". Le projet consiste en l'extension du restaurant existant situé au rez-de-chaussée avec création d'un second restaurant et en l'aménagement de l'accès à la discothèque située au sous-sol, dans un bâtiment distinct faisant face à la résidence Curling B. Le syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et M. B sollicitent l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité de la requête :

En ce qui concerne le syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai ".

3. Selon les procès-verbaux réalisés par huissier de justice joints au dossier, l'affichage du permis de construire attaqué a débuté le 20 février 2020 et a été effectué sur une période continue de deux mois jusqu'au 21 avril 2020 et même jusqu'au 10 juillet 2020, de sorte que le délai de recours contentieux contre ce permis de construire a commencé à courir à compter du 20 février 2020. Ce délai a été exceptionnellement prolongé, en application des dispositions de l'article 12 bis de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 susvisée, et a couru jusqu'au 3 juillet 2020. En l'espèce, M. B a présenté le 16 juin 2020 un recours gracieux en son nom propre, prorogeant ainsi le délai de recours contentieux. Toutefois, nonobstant sa qualité de président du syndicat des copropriétaires, ce recours ne saurait constituer un recours gracieux de la part de ce syndicat, car n'étant présenté que par M. B agissant en son nom propre. Par suite, l'interruption du délai de recours contentieux par le recours gracieux précité n'est pas applicable au syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B. Ainsi, le délai de recours contentieux était forclos à l'enregistrement de la requête dudit syndicat, le 16 octobre 2020. La commune de Tignes et la SARL produits de Savoie sont donc fondées à opposer la tardiveté de la requête en tant qu'elle émane de ce syndicat.

En ce qui concerne M. B :

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

6. M. B justifie être propriétaire de deux appartements situés au niveau N-2 de la résidence du Curling B, suivant la pente du terrain, en contrebas de la route. Ces appartements sont situés dans le centre animé de la station de ski de Tignes, à l'opposé du projet et ne donnent pas sur la façade du terrain d'assiette du projet contesté.

7. Les nuisances liées à la perte d'ensoleillement et de luminosité ne sauraient donc, en l'absence de vues directes, être fondées. Si le projet emporte la création d'un second restaurant avec des cuisines situées au rez-de-chaussée, les nuisances olfactives alléguées ne sauraient, quant à elles, pas plus être fondées compte tenu de la distance avec les cuisines, situées à l'intérieur d'un bâtiment distinct. Les nuisances sonores et celles liées à la circulation ne sont pas davantage avérées au regard de la localisation des biens et de la nature des travaux, avec une réduction du bruit existant grâce à la fermeture de l'accès à la discothèque par le premier sous-sol et la création d'un sas avec l'extérieur, en l'absence de modification de la capacité d'accueil de la discothèque.

8. Si M. B invoque encore un risque de saturation de l'issue de secours de sa résidence avec la création d'un escalier de secours rejoignant l'issue existante, il résulte de la notice descriptive du projet que chaque restaurant dispose d'un accès principal depuis la terrasse existante en rez-de-chaussée donnant sur la voie publique et qu'il existe en réalité plusieurs escaliers de secours. D'ailleurs, en l'espèce, les appartements du requérant son situés au niveau N-2 et sont pourvus de terrasses. Dans ces conditions, une atteinte aux conditions d'occupation propres à M. B n'est nullement établie.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas davantage recevable à contester l'arrêté du 7 février 2020.

Sur les frais d'instance :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et M. B doivent dès lors être rejetées.

11. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et de M. B deux sommes de 1 500 euros à verser respectivement à la commune de Tignes et à la SARL Produits de Savoie au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête est rejetée.

Article 2 :Le syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et M. B verseront à la commune de Tignes une somme globale de 1 500 euros.

Article 3 :Le syndicat des copropriétaires de la résidence Curling B et M. B verseront à la SARL Produits de Savoie une somme globale de 1 500 euros.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence curling B, à la commune de Tignes et à la SARL Produits de Savoie.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère

Mme Portal, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

N.Portal Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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