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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006112

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006112

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2020, M. C B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir le bénéfice à son profit des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice à son profit des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la déclaration de fuite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2020, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2020.

Par une ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né en 1980, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII le 13 décembre 2018. Il a été placé en procédure dite " Dublin ", l'Italie ayant été désignée responsable de l'examen de sa demande d'asile, puis a été déclaré en fuite au motif qu'il n'avait pas respecté l'obligation de pointage à laquelle il était soumis. Par une décision du 2 janvier 2020, la directrice territoriale de l'OFII a prononcé la suspension à son égard des conditions matérielles d'accueil. M. B en a sollicité le rétablissement le 25 septembre 2020. La directrice territoriale de l'OFII a refusé de faire droit à cette demande par une décision du 7 octobre 2020. M. B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur le droit applicable au présent litige :

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

3. M. B demande l'annulation de la décision refusant de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que l'enregistrement de sa première demande d'asile a eu lieu le 13 décembre 2018, date à laquelle il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Dans ces conditions, la décision attaquée est régie par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

Sur les moyens soulevés :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui a pour objet de refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, n'a pas à être motivée en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 de ce code. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur.

6. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. Il ressort de la décision attaquée que M. B a été déclaré en fuite le 7 juin 2019. L'OFII produit la déclaration des services de la préfecture, un courrier de la préfecture de l'Isère du 7 juin 2019 mentionnant qu'il n'a pas respecté son obligation de pointage ainsi qu'un routing pour une réadmission en Italie le 14 juin 2019. En se bornant à soutenir qu'il aurait respecté l'obligation de pointage durant quarante-cinq jours avant qu'un agent de police l'ait informé qu'il n'aurait plus à venir signer au commissariat, le requérant ne produit aucun élément permettant de remettre en cause les documents produits par l'OFII. Dès lors, M. B ne se prévaut pas de raisons légitimes qui justifieraient l'absence de respect des obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, le seul fait que M. B se soit vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure accélérée le 28 août 2020 ne permet pas de prétendre à l'octroi, de plein droit, des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ayant été transposé en droit interne, M. B ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnaîtrait ces dispositions. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

10. En cinquième lieu, le moyen selon lequel la déclaration de fuite serait illégale est inopérant à l'appui de la demande d'annulation de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que par un avis du 9 décembre 2019, le médecin coordinateur de la zone Sud-Est de l'OFII a estimé qu'au regard des éléments portés à sa connaissance, la situation de M. B " ne semble pas relever d'une priorité pour un hébergement pour des raisons de santé ". Si M. B se prévaut de la circonstance qu'il a subi une opération chirurgicale en Italie, il ne produit aucun élément de nature à établir une vulnérabilité particulière au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Enfin, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 12 du présent jugement.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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