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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006131

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006131

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLENTILHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 octobre 2020 et le 8 septembre 2021, M. D A, représenté par Me Thoizet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les délibérations du 14 septembre 2020 par lesquelles le conseil municipal de Charvieu-Chavagneux a accordé au maire le bénéfice de la protection fonctionnelle et a accepté de prendre en charge sur le budget communal les frais et honoraires de l'avocat assurant la défense de ses intérêts dans le cadre des procédures pénales qu'il a engagées, d'une part, à l'encontre de Mme C B députée de l'Isère et, d'autre part, à l'encontre de deux journalistes et de la chaîne de télévision France 3 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Charvieu-Chavagneux une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie de l'impossibilité d'obtenir les décisions attaquées, de sorte que l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'est pas méconnu ;

- le défaut d'inventaire détaillé a été régularisé, si bien que les dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ne sont pas méconnues ;

- le maire ayant été mis en cause seulement en sa qualité de candidat à une élection municipale et non au titre de l'exercice de ses fonctions de maire, les conditions prévues par les articles L. 2123-34 et L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales ne sont pas réunies.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 juillet 2021 et le 25 novembre 2021, la commune de Charvieu-Chavagneux, représentée par Me Lentilhac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas produites en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- l'inventaire détaillé n'a pas été établi simultanément avec la requête en méconnaissance des dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ;

- les conditions énoncées aux articles L. 2123-34 et L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales pour que le maire bénéficie de la protection fonctionnelle sont satisfaites.

Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ban, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Emilie Beytout, rapporteure publique,

- les observations de Me Lentilhac, représentant la commune de Charvieu-Chavagneux.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux délibérations du 14 septembre 2020, le conseil municipal de Charvieu-Chavagneux a décidé d'accorder au maire de cette commune le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre deux procédures pénales distinctes qu'il a engagées, d'une part à l'encontre de Mme C B, députée de la sixième circonscription de l'Isère, pour des propos qu'elle a tenus sur sa page " Facebook " et, d'autre part, à l'encontre de deux journalistes de France 3 ayant réalisé un reportage sur la commune et de la chaîne de télévision. M. Dissa, conseiller municipal, demande l'annulation de ces deux délibérations.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales : " Le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu délégation bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la commune conformément aux règles fixées par le code pénal, les lois spéciales et le présent code. / La commune est tenue de protéger le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu délégation contre les violences, menaces ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion ou du fait de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".

3. Ces dispositions instituent au profit des élus qu'elles visent lorsqu'ils ont été victimes d'attaques dans l'exercice de leurs fonctions, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Si cette obligation peut avoir pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'intéressé est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis¸ laquelle peut notamment consister à assister, le cas échéant, l'élu dans les poursuites judiciaires qu'il entreprend pour se défendre, il appartient dans chaque cas à la collectivité publique d'apprécier, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les modalités appropriées à l'objectif poursuivi.

En ce qui concerne la protection fonctionnelle accordée à la suite d'un reportage diffusé sur France 3 :

4. Le 20 février 2020, la chaine de télévision France 3 a diffusé un reportage dans le journal 12-13 France 3 Alpes portant sur les élections municipales dans lequel il est notamment déclaré, à propos du maire de Charvieu-Chavagneux : " en 89 il a fait raser une salle de prière musulmane ". Pour ces propos, le maire a porté plainte à l'encontre des journalistes ayant réalisé ce reportage et du directeur de la publication de la société France Télévisions du chef de diffamation publique.

5. Les propos précédemment cités de ce reportage s'inscrivent dans la mise en cause de l'exercice des fonctions de maire exercés " depuis 37 ans " par M. E et non de son comportement en tant que candidat aux élections municipales. Par ailleurs, plusieurs décisions des juges répressifs ont reconnu M. E non coupable des faits de destruction de la mosquée et d'entrave à l'exercice d'un culte mentionnés dans ce reportage. La circonstance que ces propos ont été tenus dans le cadre d'un reportage portant sur la campagne électorale est sans incidence sur l'obligation de protection à laquelle la commune est tenue envers un de ses élus. Par suite, et en l'absence de motif d'intérêt général s'y opposant, le conseil municipal n'a pas commis d'illégalité en accordant le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. E au titre de la procédure qu'il engagée à l'encontre des auteurs du reportage et de la chaine France 3.

En ce qui concerne la protection fonctionnelle accordée à la suite de propos tenus sur un site internet :

6. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Charvieu-Chavagneux a adressé à Mme C B, députée de la sixième circonscription de l'Isère, une citation à comparaitre devant la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Vienne, pour un délit d'injures publiques commis envers un citoyen chargé d'un mandat public après qu'elle a mis en ligne sur le site internet " Facebook " des commentaires comportant les passages suivants : " xénophobe de pire espèce " et " terroriste ". Ces propos présentent, eu égard à l'ensemble du message, un lien avec les fonctions exercées par le maire de la commune au cours de ses précédents mandats. La circonstance qu'ils aient été tenus avant le premier tour des élections municipales n'est pas de nature à faire obstacle à l'application des dispositions de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales. Dès lors, le conseil municipal n'a pas méconnu ces dispositions en accordant à M. E le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre de la procédure pénale qu'il avait engagée à l'encontre de Mme B.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Charvieu-Chavagneux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Charvieu-Chavagneux au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Charvieu-Chavagneux tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Charvieu-Chavagneux.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Ban, premier conseiller.

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le rapporteur,

J-L. Ban

Le président,

V. L'Hôte

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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