lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LOUCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2020 et le 22 avril 2021, Mme B D et Mme F E, représentées par Me Bringuier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux (DAACT) autorisés par le permis de construire délivré le 28 juillet 2011 ;
2°) d'annuler l'attestation d'absence de contestation de la conformité des travaux établie le 25 octobre 2019 par le maire de Combloux ;
3°) d'ordonner l'établissement d'une nouvelle attestation par chacun des propriétaires des bâtiments d'exploitation pour la partie les concernant ;
4°) d'ordonner le récolement des travaux par l'administration ;
5°) d'ordonner le changement de destination des surfaces construites pour des activités de tourisme et de restauration ;
6°) d'ordonner l'établissement d'un plan de zonage assorti de prescriptions spéciales pour limiter l'artificialisation des sols eu égard à la gestion des eaux pluviales ;
7°) de mettre à la charge de la commune de Combloux une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le permis de construire délivré le 28 juillet 2011 est entaché de fraude ;
- le permis de construire délivré le 28 juillet 2011 est illégal dès lors que les surfaces nouvelles dédiées aux activités de tourisme et de restauration en zone agricole sont illégales ;
- l'arrêté préfectoral de dérogation de distances est entaché de fraude et illégal ;
- la déclaration d'achèvement des travaux et l'attestation d'absence de contestation de la conformité des travaux sont entachées de fraude et d'erreur matérielle ;
- les travaux ne respectent pas la charte de l'environnement ;
- ils ne respectent pas l'article L.151-11-II du code de l'urbanisme ;
- ils ne respectent pas les règles de sécurité incendie ;
- ils ne respectent pas l'article L.2224-10 du code général des collectivités territoriales ;
- l'activité de restauration n'est pas conforme au permis de construire ;
- les travaux réalisés ne sont pas conformes au permis délivré le 28 juillet 2011 dès lors que la surface de 4 000 m² de parking a été bitumée sans collecte et évacuation des eaux pluviales correspondantes ;
- les travaux réalisés ne sont pas conformes au permis délivré le 28 juillet 2011 en l'absence de reconstruction de l'installation destinée à séparer les matières sèches des matières humides ;
- les travaux réalisés ne sont pas conformes au permis délivré le 28 juillet 2011 en l'absence de plantation le long des murs du bâtiment.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2021, la commune de Combloux, représentée par la SELARL Conseil Affaires Publiques, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme D à lui verser une somme de 6 000 euros au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable du fait de la diversité des demandes sans lien suffisant entre elles ;
- les conclusions à fin d'établissement d'un plan de zonage assorti de prescriptions spéciales pour limiter l'artificialisation des sols eu égard à la gestion des eaux pluviales sont irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire acte d'administration ; qu'en tout état de cause, l'attestation certifiant la conformité des travaux n'est pas l'acte d'application d'un tel document ;
- les conclusions d'annulation de l'attestation certifiant la conformité des travaux, qui n'est pas un acte susceptible de recours, sont irrecevables ;
- les conclusions d'annulation de la DAACT, qui n'est pas un acte administratif, sont irrecevables ;
- les conclusions d'injonction à procéder au récolement sont irrecevables du fait du rejet des conclusions d'annulation de l'attestation, dès lors qu'il n'entre pas dans les cas listés à l'article R.462-7 du code de l'urbanisme et dès lors qu'il s'agit d'une demande d'injonction formée à titre principal ;
- les conclusions à fin d'injonction de changer les destinations des surfaces construites pour les activités de tourisme et de restauration sont irrecevables s'agissant d'une demande d'injonction formée à titre principal à l'encontre d'une personne privée ;
- les requérantes sont dépourvues d'un intérêt à agir dès lors que leur recours contre le permis de construire délivré le 28 juillet 2011 a été définitivement rejeté ;
- les moyens ayant trait à la légalité du permis de construire délivré le 28 juillet 2011 sont inopérants ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 26 février 2021, M. A, le GAEC Les Montagnards et le GFA Les Montagnards, représentés par Me Louche, concluent au rejet de la requête et à la condamnation des requérantes à leur verser une somme de 1 500 euros au titre de leurs frais exposés et non compris dans les dépens.
Ils soutiennent que :
- les moyens tirés de l'illégalité du permis de construire délivré le 28 juillet 2011 sont inopérants ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bringuier, représentant Mmes D et E, et de Me Djeffal, représentant la commune de Combloux.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 juillet 2011, le maire de Combloux a délivré au GAEC Les Montagnards le permis de construire un bâtiment de 3 668 m² à usage d'exploitation et de commerce sur les parcelles cadastrées section B n°871, 872, 3924 à 3928, 4686. La déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux correspondant à ce permis de construire, signée par M. C A en qualité de représentant du GAEC Les Montagnards, a été reçue en mairie le 25 juillet 2019. Le 25 octobre 2019, le maire de Combloux a attesté que la conformité des travaux avec le permis de construire délivré le 28 juillet 2011 n'était pas contestée.
Sur la recevabilité des conclusions des requérantes :
2. En premier lieu, la déclaration d'achèvement des travaux d'un pétitionnaire n'est pas une décision administrative susceptible d'être l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation de la déclaration d'achèvement des travaux émanant du GAEC Les Montagnards et reçue en mairie le 25 juillet 2019 doit être accueillie. Les conclusions tendant à enjoindre à chacun des propriétaires des bâtiments d'exploitation pour la partie les concernant une nouvelle attestation d'achèvement des travaux sont irrecevables par voie de conséquence de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation de la déclaration d'achèvement des travaux qui en sont le fondement.
3. En deuxième lieu, les conclusions d'injonction tendant au changement de destination des surfaces construites pour des activités de tourisme et de restauration, s'adressent à des personnes privées qui ne sont pas des organismes de droit privé chargé de la gestion d'un service public au sens des articles L.911-1 et -2 du code de justice administrative. Or il n'appartient pas à la juridiction administrative d'adresser des injonctions à des personnes privées. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune les concernant doit être accueillie.
4. En troisième lieu, il n'entre pas dans les pouvoirs du juge administratif d'ordonner à titre principal des injonctions aux autorités administratives. Par suite, les conclusions d'injonction à fin d'établir un plan de zonage assorti de prescriptions spéciales pour limiter l'artificialisation des sols eu égard à la gestion des eaux pluviales, formées à titre principal, sont irrecevables et doivent être rejetées.
5. En revanche, le surplus des conclusions formées par les requérantes présente un lien suffisant pour être formées dans une même requête. Par suite, la fin de de non-recevoir soulevée à ce titre doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'attestation constatant l'absence de contestation de la conformité des travaux et d'injonction de procéder au récolement :
6. Aux termes de l'article. L. 462-1 du code de l'urbanisme : " A l'achèvement des travaux de construction ou d'aménagement, une déclaration attestant cet achèvement et la conformité des travaux au permis délivré ou à la déclaration préalable est adressée à la mairie. () " A ceux de l'article R. 462-10 du même code : " Lorsque aucune décision n'est intervenue dans le délai prévu à l'article R. 462-6, une attestation certifiant que la conformité des travaux avec le permis ou la déclaration n'a pas été contestée est délivrée sous quinzaine, par l'autorité compétente, au bénéficiaire du permis ou à ses ayants droit, sur simple requête de ceux-ci. () " A ceux de l'article R. 462-6 du même code : " A compter de la date de réception en mairie de la déclaration d'achèvement, l'autorité compétente dispose d'un délai de trois mois pour contester la conformité des travaux au permis ou à la déclaration. () "
7. En premier lieu, la déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux a été émise par le titulaire du permis de construire, le GAEC Les Montagnards, ce qui n'est révélateur ni d'une fraude ni d'une erreur matérielle l'entachant d'illégalité. Au surplus et en tout état de cause, cette déclaration n'étant pas la base légale de l'attestation constatant l'absence de contestation de la conformité des travaux, le moyen tiré de l'exception de son illégalité est inopérant.
8. En deuxième lieu, l'attestation d'absence de contestation de la conformité des travaux a pour seul objet de constater le respect du permis de construire par son bénéficiaire. Par suite, les moyens tirés de l'illégalité du permis de construire délivré au GAEC Les Montagnards le 28 juillet 2011 et de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 15 avril 2001 dérogeant à la règle de distance des élevages d'animaux sont inopérants à l'appui de conclusions dirigées contre l'attestation constatant l'absence de contestation de la conformité des travaux établie le 25 octobre 2019 par le maire de Combloux.
9. En troisième lieu et pour les mêmes raisons, les requérantes ne peuvent pas utilement invoquer, à l'appui de leur conclusions dirigées contre l'absence de contestation de la conformité des travaux, le fait que les travaux réalisés méconnaitraient la charte de l'environnement, l'article L.151-11-II du code de l'urbanisme, l'article L.2224-10 du code général des collectivités territoriales ou encore les règles de la construction relatives à la sécurité incendie.
10. En quatrième lieu, la conformité avec le permis de construire doit s'apprécier, y compris en ce qui concerne la destination de la construction, au regard des travaux réalisés et non pas au regard de l'usage qui en est fait après son achèvement. Par suite, le moyen tiré de l'usage de la construction pour l'exercice d'une activité de restauration, à la supposer non prévue dans le permis de construire, doit être écarté comme inopérant.
11. En cinquième lieu, si les requérantes soutiennent que la surface de 4 000 m² de stationnement a été bitumée sans que la collecte et l'évacuation des eaux pluviales correspondantes n'ait été effectuée, elles n'allèguent pas que ces travaux ne seraient pas conformes au permis de construire délivré au GAEC Les Montagnards en se bornant à soutenir que le permis de construire initial n'a prévu aucune prescription en matière d'écoulement des eaux pluviales. Par suite, ce moyen n'est pas fondé et doit être écarté.
12. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire litigieux aurait prévu des plantations le long des murs du bâtiment. Par suite, le moyen tiré de la non-conformité des travaux en l'absence de telles plantations n'est pas fondé et sera écarté.
13. En septième lieu, les requérantes font état de l'existence d'une prescription concernant l'avis du SDIS dans l'arrêté de permis de construire pour soutenir que les travaux réalisés ne respectent pas les règles de sécurité incendie. Ce moyen n'est toutefois pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé alors au demeurant qu'il n'est pas prétendu que l'avis du SDIS aurait été méconnu.
14. En huitième et dernier lieu, les requérantes se prévalent d'un procès-verbal d'huissier établi le 18 février 2020 constatant l'absence d'appentis pour les matières sèches. Toutefois, le procès-verbal ne précise pas à quelle façade du bâtiment correspondent ces photographies. En tout état de cause, un appentis est visible le long de la façade du bâtiment sur la photographie n°1 du procès-verbal. Dans ces conditions, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir la non-conformité alléguée des travaux au permis de construire. Par suite, ce moyen sera écarté.
15. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions d'annulation de l'attestation constatant l'absence de contestation de la conformité des travaux ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à enjoindre à l'administration de procéder au récolement, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les défendeurs, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, soient condamnés à verser aux requérantes une somme au titre de leurs frais exposés et non compris dans les dépens.
17. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D et de Mme E la somme globale de 1 500 euros à verser à M. A, au GAEC Les Montagnards et au GFA Les Montagnards et de mettre la charge de Mme D la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Combloux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le surplus des conclusions formées par les parties au titre de leurs frais de justice sera rejeté.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mmes D et E est rejetée.
Article 2 :Mmes D et E verseront à M. A, au GAEC Les Montagnards et au GFA Les Montagnards la somme globale de 1 500 euros, et Mme D versera à la commune de Combloux la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions formées par les parties au titre de leurs frais de justice sera rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à M. C A, en application de l'article R.751-3 du code de justice administrative et à la commune de Combloux.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026