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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006278

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006278

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 24 août 2020 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juin 2020 dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite n'est pas motivée, malgré une demande de communication des motifs;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- qu'il a pris une décision explicite de rejet le 12 novembre 2020 ;

- que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- et les conclusions de Mme Bedelet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant érythréen, est entré en France le 17 août 2018. Il a déposé une demande d'asile le 4 septembre 2018. Il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date et jusqu'à ce qu'il soit déclaré en fuite en novembre 2018 après avoir refusé de se rendre en Allemagne, responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil a été suspendu par une décision du 13 décembre 2018. La demande d'asile de M. B a finalement été enregistrée en France en procédure accélérée le 4 juin 2020. Par courriel du 24 juin 2020, M. B a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite du 24 août 2020 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à sa demande.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et qu'une décision expresse de rejet intervient postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Il en résulte que les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle de l'OFII a rejeté la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 12 novembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a explicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 742-1 du même code prévoit que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ". L'article L. 744-1 du même code dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". L'article L. 744-9 de ce même code prévoit que " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile () ".

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être :/ 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ;/ 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2./ La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. En premier lieu, ni les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction applicable en l'espèce, ni aucun autre texte législatif ou réglementaire n'impose que la décision refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil soit motivée, ces exigences ne concernant que les décisions de suspension, de refus ou de retrait des conditions matérielles d'accueil. En tout état de cause, la décision du 12 novembre 2020 comporte les circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen particulier de la situatio de M. B. Si ce dernierinvoque en outre une erreur de fait de la part de l'office, son moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier la portée et le bien-fondé.

8. En troisième lieu, si M. B expose que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte sa vulnérabilité et ses besoins en matière d'accueil alors qu'il est sans ressources, sans domicile et qu'il présente un état de santé critique, le certificat médical produit, peu circonstancié, ne permet pas de considérer qu'il se trouve dans une situation particulière de vulnérabilité, alors en outre que son frère réside régulièrement en France sous couvert du statut de réfugié. De plus, comme le fait valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration en défense, il ne donne aucune explication s'agissant des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités dans le cadre de sa remise à l'Allemagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par l'Office français de l'immigration et de l'intégration des articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRY

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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