vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | AVOCATS ASSOCIES DRAI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er novembre 2020, le 25 février 2021, le 4 octobre 2021, le 21 janvier 2022, le 27 octobre 2022, le 18 janvier 2024 et le 6 février 2024, M. A Féraud doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de surseoir à statuer, de prononcer l'inscription en faux à l'encontre de la délibération FIN 2020-45 du 10 juillet 2020 dont la mention " Monsieur le premier adjoint expose " est contraire à la véracité et d'informer le préfet de la Haute-Savoie et le procureur de la République en raison du trouble manifeste causé par cette fraude ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération FIN 2020-045 en date du 10 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal d'Ambilly a approuvé le compte administratif 2019 et la délibération FIN 2020-044 en date du 10 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal d'Ambilly a approuvé le compte de gestion 2019 ;
3°) d'ordonner l'intervention de la chambre régionale des comptes pour mettre au propre les comptes de la commune ;
4°) de rejeter l'ensemble des demandes de la commune d'Ambilly.
Il soutient que :
- sa requête est recevable et ses conclusions non tardives ;
- la présidence de l'assemblée pendant la délibération d'approbation du compte administratif a méconnu les dispositions de l'article L.2121-14 du code général des collectivités territoriales ;
- l'information des conseillers municipaux lors de l'arrêt du compte administratif 2019 a été insuffisante ;
- les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ont été méconnues du fait d'un refus de communication de la lettre du 18 octobre 2018 du maire à un conseiller municipal avant le vote ;
- les articles R. 2313-1 et L. 2313-1 du code général des collectivités territoriales ont été méconnus du fait de l'absence d'annexes obligatoires au projet de compte administratif 2019 et à l'absence d'une délibération spécifique autorisant la reprise d'un excédent de la section d'investissement en section de fonctionnement à hauteur de 566 580 euros ;
- la délibération en cause est entachée d'illégalité en raison de la non-concordance entre le compte administratif 2019 et le compte de gestion 2019 ;
- le budget 2019 a été exécuté en déficit ;
- le principe d'indépendance des exercices comptables a été méconnu ;
- le principe du juste rattachement des charges et produits n'a pas été respecté ;
- les comptes ne sont pas sincères du fait d'opérations comptables irrégulières ;
- l'article R. 2321-2 du code général des collectivités territoriales a été violé du fait d'un défaut de provision pour litige ;
- l'adoption du compte administratif est entaché d'un détournement de procédure ;
- une mention inexacte de la délibération justifie de procéder à une inscription en faux.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 août 2021, le 1er décembre 2021 et le 25 mars 2024, la commune d'Ambilly, représentée par la SELARL Drai Associés, conclut au rejet de la requête, à ce que M. Féraud soit condamné à lui verser, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 5 000 euros, à ce que soit ordonnée la suppression des passages injurieux ou diffamants du mémoire du requérant du 4 octobre 2021 et à ce que soit réservée l'action indemnitaire subséquente.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les conclusions à l'encontre de la délibération relative à l'approbation du compte de gestion sont tardives ;
- la requête est irrecevable du fait de la méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;
- les conclusions tendant à ce que le tribunal enjoigne à la chambre régionale des comptes d'intervenir aux fins de réalisation des documents budgétaires sont irrecevables ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- le passage du mémoire en réplique du 4 octobre 2021, pages 18 et 19, revêt un caractère diffamatoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,
- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public,
- les observations de M. Féraud et celles de Me Girard, représentant la commune d'Ambilly.
Une note en délibéré a été enregistrée le 1er avril 2024 pour M. Féraud.
Considérant ce qui suit :
1. M. Féraud, conseiller municipal de la commune d'Ambilly, demande l'annulation de la délibération en date du 10 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal d'Ambilly a approuvé le compte administratif de l'année 2019 et celle du même jour ayant approuvé le compte de gestion de l'année 2019.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune d'Ambilly :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. (). ". Aux termes de l'article L. 2131-8 du même code : " Sans préjudice du recours direct dont elle dispose, si une personne physique ou morale est lésée par un acte mentionné aux articles L. 2131-2 et L. 2131-3, elle peut, dans le délai de deux mois à compter de la date à laquelle l'acte est devenu exécutoire, demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 2131-6. ". La demande ainsi présentée au préfet, si elle a été formée dans le délai du recours contentieux ouvert contre l'acte de la collectivité locale, a pour effet de proroger ce délai jusqu'à l'intervention de la décision explicite ou implicite par laquelle le préfet se prononce sur ladite demande.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. Féraud a invité le préfet de l'Isère, par un recours gracieux exercé par lettre recommandée avec accusé de réception le 17 août 2020, dans le délai de recours contentieux, à mettre en œuvre " un recours gracieux à l'encontre des trois délibérations en conformité avec vos obligations et responsabilités en matière de contrôle de légalité ", dont les délibérations n° 2020-044 et n° 2020-045 du 10 juillet 2020 de la commune d'Ambilly. Cette demande, qui a été rejetée expressément le 31 août 2020, doit être interprétée comme tendant à la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales. Dès lors, le délai de recours contentieux ayant été prorogé jusqu'au 31 août 2020, la requête enregistrée le 1er novembre 2020 n'est pas entachée de forclusion, contrairement à ce que soutient la commune d'Ambilly.
4. Cependant, si le recours gracieux visait la délibération n° 2020-044 par laquelle la commune d'Ambilly a approuvé le compte de gestion de l'année 2019, ce n'est que dans le mémoire complémentaire du 25 février 2021 que M. Féraud a sollicité l'annulation de cette décision. Par suite, ses conclusions dirigées contre la délibération portant approbation du compte de gestion 2019, sont tardives.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du défaut de production de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de la décision attaquée () ". La commune d'Ambilly ne saurait en tout état de cause faire valoir le défaut de production de la délibération du 18 juin 2020 relative à l'approbation du budget primitif de 2020 dès lors que la présente requête porte sur l'annulation de la délibération du 10 juillet 2020 relative à l'approbation du compte administratif 2019.
En ce qui concerne l'irrecevabilité de la saisine de la chambre régionale des comptes :
6. Ainsi que le fait valoir la commune d'Ambilly, il n'est pas dans l'office du juge de l'excès de pouvoir d'ordonner l'intervention de la chambre régionale des comptes. De telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande d'inscription en faux :
7. Aux termes de l'article R. 633-1 du code de justice administrative : " Dans le cas d'une demande en inscription de faux contre une pièce produite, la juridiction fixe le délai dans lequel la partie qui l'a produite sera tenue de déclarer si elle entend s'en servir. Si la partie déclare qu'elle n'entend pas se servir de la pièce, ou ne fait pas de déclaration, la pièce est rejetée. Si la partie déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction peut soit surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'après le jugement du faux rendu par le tribunal compétent, soit statuer au fond, si elle reconnaît que la décision ne dépend pas de la pièce arguée de faux. ".
8. Les dispositions de l'article R. 633-1 du code de justice administrative relatives à l'inscription de faux précitées ne sont pas applicables lorsque la pièce arguée de faux est un acte administratif dont aucune disposition législative expresse ne prévoit que les mentions font foi jusqu'à inscription de faux. En l'absence de telles dispositions s'agissant de la délibération n° 2020-045 approuvant le compte administratif 2019, les conclusions d'inscription de faux présentées par M. Féraud à l'encontre de ce document doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin de sursis à statuer doivent être écartées.
Sur la légalité de la délibération ayant approuvé le compte administratif pour l'année 2019 :
9. Aux termes de l'article L. 2121-14 code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal est présidé par le maire et, à défaut, par celui qui le remplace. / Dans les séances où le compte administratif du maire est débattu, le conseil municipal élit son président. / Dans ce cas, le maire peut, même s'il n'est plus en fonction, assister à la discussion ; mais il doit se retirer au moment du vote. ".
10. Il ressort du procès-verbal de la séance du 10 juillet 2020 que le conseil municipal d'Ambilly n'a pas procédé à l'élection d'un président avant que ne s'engagent les débats sur le compte administratif du maire pour l'année 2019. Si le compte-rendu de la séance mentionne que le conseil municipal s'est tenu sous la présidence du premier adjoint du maire, cette écriture est démentie tant par la directrice générale des services de la commune qui reconnaît son caractère erroné que par l'enregistrement audio produit par M. Féraud qui atteste de l'animation du débat par le maire jusqu'à ce qu'il désigne son premier adjoint pour présider la séance au moment de procéder au vote. Dans ces conditions, la délibération du conseil municipal du 10 juillet 2020 approuvant le compte administratif du maire pour l'année 2019 a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-14 code général des collectivités territoriales. La commune d'Ambilly ne saurait utilement faire valoir que cette illégalité pourrait être écartée dès lors que les membres du conseil municipal n'ont été privés d'aucune garantie et que cette présence n'a exercé aucune influence sur le sens du vote, dès lors que les dispositions précitées qui définissent les conditions du vote des comptes administratifs, dont la méconnaissance constitue une irrégularité, ne sont pas relatives à une procédure administrative préalable à la délibération du conseil municipal, mais définissent les modalités de vote de la délibération elle-même. Ainsi, la méconnaissance des règles relatives à l'adoption des comptes administratifs entraîne par elle-même l'illégalité de la délibération litigieuse, sans qu'ait d'incidence le fait que ce manquement n'aurait pas privé les élus d'une garantie ou n'aurait exercé aucune influence sur le sens de la délibération attaquée. Par suite, la délibération attaquée est entachée d'illégalité et doit être annulée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions tendant à la suppression d'un passage diffamatoire :
11. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.
12. Il résulte de ces dispositions que le juge administratif peut exercer la faculté qu'elles lui reconnaissent de prononcer la suppression des propos tenus et des écrits produits dans le cadre de l'instance qui présenteraient un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire tant à l'égard des propos et écritures des parties que de pièces produites par elles. Toutefois, le passage du mémoire du requérant du 4 octobre 2021 incriminé par la commune d'Ambilly, pour déplacé qu'il soit, ne revêt pas un caractère diffamatoire, ni injurieux ou outrageant au sens des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative. Ainsi, la demande de suppression de ce passage doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. Féraud, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, soit condamné à payer à la commune d'Ambilly la somme qu'elle demande, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération en date du 10 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal d'Ambilly a approuvé le compte administratif de l'année 2019 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Féraud et à la commune d'Ambilly.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
V. L'HÔTELe greffier
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026