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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006546

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006546

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantWINCKEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 novembre 2020 et le 29 octobre 2021, M. et Mme B C, représentés par la société d'avocats Gaillard et Oster, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 39/2020 du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel et la décision implicite de rejet née le 15 novembre 2020 du recours gracieux formé auprès du préfet de la Haute-Savoie ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Usses et Rhône la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme C soutiennent que :

- la requête est recevable en tous points ;

- la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal est entachée d'un vice de procédure tirée du défaut des mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration de ce plan ;

- la délibération est entachée d'incompatibilité avec le SCoT Usses et Rhône en ce qui concerne le classement de certains secteurs de la commune de Bassy, dont celui auquel se rattache leur parcelle ;

- le classement de la parcelle en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les principes d'équilibre tirés de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ont été méconnus.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 23 septembre 2021 et le 2 décembre 2021 (ce dernier non communiqué), la communauté de communes Usses et Rhône, représentée par Me Winckel, conclut au rejet de la requête, demande qu'il soit fait application, le cas échéant, des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Usses et Rhône fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- les observations de Me Oster, pour M. et Mme C et les observations de Me Winckel, pour la communauté de communes Usses et Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel qui comprend onze communes dont Bassy. M. et Mme C sont les propriétaires de la parcelle cadastrée à la section A n° 1911, située route " Chez Les Métral " à Bassy qui a été classée en zone agricole par la délibération du 25 février 2020. Le 17 juillet 2020, ils ont présenté un recours gracieux auquel le préfet de la Haute-Savoie n'a pas répondu.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal :

2. Aux termes de l'article R.153-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".

3. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal n'aurait pas fait l'objet des formalités de publication prévues à l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la compatibilité entre le schéma de cohérence territoriale (SCoT) Usses et Rhône et la commune de Bassy :

4. Aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec :1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".

5. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un SCoT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

6. En premier lieu et contrairement aux allégations des requérants qui fondent leur argumentation sur la photographie aérienne et le règlement graphique d'Usinens, il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique (planche 4) de la commune de Bassy qu'elle comporte une zone 1AUH1 identifiée sur des parcelles non construites devant répondre aux besoins de logements de la commune, désignée comme un " secteur à urbaniser à vocation dominante d'habitat de faible à moyenne densité " et identifiée par une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 13. Cette zone se situe dans le fond de village, en bordure d'une zone déjà urbanisée, classée par le règlement graphique en zone UH1. Par la création de l'OAP n° 13, l'extension de l'urbanisation de la zone 1AUH1 est encadrée ainsi que le préconise l'orientation B1 du document d'orientation et d'objectifs du SCoT Usses et Rhône (page 40) qui prône d'une manière générale pour la commune de Bassy, commune de proximité, un développement modéré. En outre, si le préfet de la Haute-Savoie a formulé une observation sur la création de la zone 1AUH1, il a recommandé que la zone soit accolée au tissu existant, ce qui est le cas en l'espèce. Enfin, la localisation de la zone 1AUH1 est cohérente avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme intercommunal qui prévoit de mettre en œuvre les projets de confortement dans les centres-villages, en particulier pour la commune de Bassy, pour le rendre plus attractif.

7. En second lieu, le SCoT Usses et Rhône promeut également la maîtrise de la consommation d'espace au bénéfice de l'économie agricole. Le document d'orientations et d'objectifs du SCoT Usses et Rhône (page 65) précise que cet objectif nécessite de délimiter les enveloppes urbaines et que cela " peut justifier ponctuellement d'exclure des espaces bâtis et/ou artificialisés lorsqu'ils sont situés en discontinuité manifeste des enveloppes urbaines, notamment le bâti diffus isolé, les groupements de constructions peu significatifs, non constitutifs d'un hameau, autres espaces artificialisés isolés au sein d'espaces agricoles ou naturels ". En l'espèce, le secteur dans lequel s'inscrit la parcelle des requérants est un secteur à forte dominante rurale et agricole, où les constructions sont diffuses. Ainsi, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont pu classer ce secteur en zone agricole alors même que certaines parcelles du secteur " Chez Les Métral " comportent des constructions. Ce classement est compatible avec le SCoT Usses et Rhône. Les objectifs de densification de la commune de Bassy sont par ailleurs satisfaits, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ayant décidé d'étendre l'urbanisation dans le fond du village, par l'instauration de l'OAP n° 13, comme il vient d'être dit, et par la création de la zone 1AUHc2 correspondant à l'OAP n° 12 (Don) qui se situe dans le cœur du centre-village de Bassy, à proximité des commerces et services. Les requérants n'établissent pas que ces choix ne permettraient pas d'assurer les besoins en logements de la commune de Bassy à l'horizon 2031. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompatibilité de la délibération attaquée avec le SCoT Usses et Rhône doit être écarté dans ses deux branches.

En ce qui concerne le classement de la parcelle A n° 1911 en zone agricole :

8. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique de Bassy que la parcelle A n° 1911, d'une surface de 1283 m², se situe en dehors de l'enveloppe urbaine du hameau " Chez Les Métral ", lui-même éloigné du centre-village de Bassy. Ce secteur n'a pas vocation à être densifié. La parcelle sur laquelle se situe la construction voisine a également été classée en zone agricole. La parcelle des requérants ne constitue ni une dent creuse, ni un espace interstiel. En outre, en dehors d'une petite construction en fond de parcelle dont les requérants ne précisent pas la destination, il ressort des photographies versées au dossier que la parcelle est enherbée, à l'état de prairie. Elle s'inscrit, selon la carte n° 4 du PADD, dans un vaste espace agricole à enjeux à préserver. Elle n'est ainsi pas dépourvue de tout potentiel agronomique, biologique ou économique. La circonstance qu'elle se situe en bordure d'une voie publique et dans un secteur équipé des réseaux est sans incidence sur son classement en zone agricole. Si la parcelle était précédemment classée en zone urbaine et qu'un permis de construire a été accordé en 1999 sans pouvoir être mené à bien, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel ne sont pas tenus par le précédent document d'urbanisme communal, les enjeux urbanistiques étant désormais intercommunaux. Enfin, le classement de la parcelle des requérants et du secteur auquel elle se rattache en zone agricole est cohérent avec le PADD qui promeut de " contenir l'extension et la dispersion de l'urbanisation au sein des espaces agricoles et naturels " (page 6) et de " structurer et encadrer le développement urbain pour optimiser et limiter la consommation de l'espace " (page 12). Dès lors, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la parcelle n° 1911 a été classée en zone agricole. Le moyen doit ainsi être écarté comme non fondé.

En ce qui concerne la méconnaissance des principes d'équilibre :

11. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : 1° L'équilibre entre : a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; b) Le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain () ".

12. En se bornant, d'une part, à soutenir que les principes d'équilibre ont été méconnus dès lors que les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont fait des choix trop restrictifs quant à la définition de la zone urbaine en n'y intégrant pas l'ensemble du secteur " Chez Les Métral " et, d'autre part, en renvoyant à l'avis du préfet de la Haute-Savoie sans autre explication pour affirmer que la capacité de logements est moindre que celle prévue par le SCoT Usses et Rhône, les requérants n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions dirigées contre le rejet du recours hiérarchique adressé au préfet de la Haute-Savoie doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les conclusions présentées par M. et Mme C, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B C et à la communauté de communes Usses et Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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