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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006619

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006619

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CHANON LELEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2020 et des mémoires enregistrés le 10 mars 2022 et le 8 juin 2022 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. B C et Mme A C D, représentés par Me Chanon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2020, notifié le 19 août 2020, de non opposition à déclaration préalable, du maire de la commune de Villette d'Anthon, en tant qu'il soumet leur projet de construction de mur de clôture à une hauteur maximale de 1,80 mètres à partir de la voirie ;

2°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 du maire de Villette d'Anthon, notifiée le 7 septembre 2020, rejetant leur recours gracieux présenté le 20 août 2020, sollicitant la modification de la prescription litigieuse ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villette d'Anthon une somme de 4 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit en application de l'article AUb 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Villette d'Anthon et d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juillet 2021 et 4 mai 2022, la commune de Villette d'Anthon, représentée par la SELARL Lega-Cité, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, en ce que l'arrêté du 23 juillet 2020 ne fait pas grief ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chanon, représentant les requérants, et de Me Couderc, représentant la commune de Villette d'Anthon.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme C D ont acquis, le 18 septembre 2018, la parcelle cadastrée section AM n° 562, située au 5 A rue des Fauvettes à Villette d'Anthon en zone AUb du plan local d'urbanisme, afin d'y faire édifier une maison à usage d'habitation. Ils ont obtenu un permis de construire le 8 janvier 2019 et leur maison a été livrée le 7 août 2020. Le 30 juillet 2019, ils ont déposé, de manière distincte, alors qu'ils n'étaient pas soumis à cette obligation, une déclaration préalable pour la réalisation d'un mur de clôture autour de leur propriété. Par un arrêté du 20 août 2019, qui n'a pas été contesté, le maire de la Villette d'Anthon s'est opposé à la déclaration préalable. Par une délibération du conseil municipal du 15 juin 2020, la déclaration des clôtures a été rendue obligatoire sur le territoire de la commune de Villette d'Anthon. Le 22 juillet 2020, M. C et Mme C D ont formé une nouvelle déclaration préalable pour régulariser la construction du mur. Par un arrêté du 23 juillet 2020, le maire de la commune de la Villette d'Anthon leur a délivré un arrêté de non opposition à déclaration préalable, prescrivant toutefois, notamment, au mur de ne pas dépasser 1,80 mètres de hauteur depuis la voirie. M. C et Mme C D ont formé, le 20 août 2020, un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par la commune par une décision du 3 septembre 2020. Ils demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2020 en tant qu'il comporte des prescriptions relatives à la hauteur du mur, ensemble la décision du 3 septembre 2020 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune de Villette d'Anthon fait valoir que les requérants n'ont pas intérêt à agir contre l'arrêté du 23 juillet 2020 litigieux, qui leur est favorable car leur a été offerte la possibilité d'édifier un mur de clôture dépassant de vingt centimètres la hauteur limite fixée à 1,60 m par le plan local d'urbanisme en vigueur. Toutefois, cet arrêté oblige les intéressés à modifier leur projet de construction et leur fait dès lors grief. La fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, seul applicable au litige, soumet à une obligation de motivation une décision d'opposition à déclaration préalable, y compris lorsqu'elle est assortie de prescriptions. La motivation doit alors indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision d'opposition.

4. En l'espèce, l'arrêté du 23 juillet 2020 de non opposition à déclaration préalable indique l'intégralité des motifs, de fait comme de droit, sur lesquels il se fonde, à savoir notamment que le terrain se situe en zone AUb du plan local d'urbanisme, modifié le 11 avril 2019, et que " la hauteur totale, depuis la voirie, des ouvrages de clôture ne devra pas dépasser 1.80 m, couvertines comprises ". Par conséquent, celui-ci est suffisamment motivé.

5. En second lieu, aux termes de l'article AUb 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villette d'Anthon, applicable à la zone AUb : " - La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel existant avant les travaux d'exhaussement ou d'affouillement nécessaires pour la réalisation du projet jusqu'à l'égout des toitures ". Aux termes de l'article AUb 11 du même règlement : " () 3) Clôtures : Sont interdites les clôtures constituées de plaques de béton préfabriquées ou tout autre matériau similaire. Elles seront d'une hauteur maximale de 1.6 mètres. Elles pourront être constituées : Soit d'un mur bahut de 0,60 mètres de haut surmonté d'un grillage ou d'une grille noyée dans la haie. Soit d'une haie vive doublée ou non d'un grillage noyé dans la haie. Soit d'un mur plein, obligatoirement ajouré et enduit. ".

6. La hauteur d'une clôture s'apprécie par rapport au niveau du terrain d'assiette tel qu'il existait à la date de la déclaration préalable. Lorsqu'un mur de soutènement préexistant est complété par une clôture, seule cette dernière doit respecter la règle de hauteur maximale fixée pour les clôtures. Il s'ensuit que la hauteur d'un mur de clôture surmontant un mur de soutènement doit être calculée à partir du niveau du terrain ainsi clôturé et non pas à partir du sol du chemin situé en contrebas du mur de soutènement.

7. M. C et Mme C D ont déposé une déclaration préalable pour la construction d'un mur de clôture dont la hauteur est, depuis la voirie, de 2,60 mètres. Dans son arrêté de non opposition, la commune a toutefois limité la hauteur de leur construction à 1,80 mètres à partir de la voirie. Ils exposent que le mur en litige ayant été édifié sur un mur de soutènement qui préexistait à l'achat du terrain en 2018, la hauteur maximale du mur de clôture devait être déterminée à partir de la hauteur naturelle du terrain, qui est située un mètre au-dessus de la voirie, en raison du mur de soutènement.

8. La commune indique qu'elle s'est placée, pour l'appréciation de la hauteur du mur, à la date de dépôt de déclaration préalable, soit le 22 juillet 2020. Elle a estimé, au vu des côtes figurant sur les plans déposés à l'occasion de la demande de permis de construire concernant le projet de construction de la maison d'habitation, ne pas être en mesure de déterminer précisément la hauteur du terrain naturel, faute de plan de coupe du projet ou de profil du terrain fourni par les pétitionnaires à l'occasion du dépôt de leur dossier de déclaration préalable concernant le mur de clôture. Elle a néanmoins pris en considération le fait que le terrain d'assiette a été décaissé à la suite du permis de construire accordé en 2019 pour la construction de la maison d'habitation, conduisant à ce que le terrain naturel soit légèrement plus haut que la voirie, et a accordé aux requérants une dérogation de vingt centimètres sur la hauteur du mur par rapport à la voirie, par rapport à ce qui est permis dans le plan local d'urbanisme, pour tenir compte de la différence de hauteur entre la route et le terrain remanié qui subsistait à certains endroits.

9. En faisant référence à la hauteur des ouvrages de clôture " par rapport à la voirie ", alors que l'article AUb 10 du règlement du plan local d'urbanisme la commune de la Villette d'Anthon mentionne que " - La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel ", l'arrêté attaqué fait application d'une règle de calcul erronée et est donc entaché d'une erreur de droit.

10. Toutefois, en faisant valoir, dans son mémoire en défense du 4 mai 2022, que la hauteur du mur devait être " : -de 1.60 m, calculée depuis le terrain naturel remanié à l'occasion des travaux autorisés par le permis de construire ;- [soit] de 1.80 m, calculé depuis la rue ", la commune doit être regardée comme sollicitant une substitution de motif, ayant pour conséquence que la prescription litigieuse de l'arrêté attaqué se fonde sur le calcul de la hauteur du mur par rapport au terrain naturel remanié et non celui de la hauteur du mur par rapport à la voirie.

11. En l'espèce, en se bornant à produire un constat d'huissier, qui mentionne que sur le plan de vente de la maison qui lui a été présenté, " on voit l'altimétrie qui varie de 1 m entre le trottoir et le terrain naturel du lot où les requérants vont construire leur maison ", établi le 21 décembre 2021, soit après le remaniement du terrain d'assiette consécutivement à la réalisation du permis de construire accordé en 2019, les requérants n'établissent pas que la hauteur du terrain naturel de leur terrain était, à la date de dépôt de déclaration préalable, d'un mètre au-dessus de la voirie, comme ils l'allèguent.

12. Il s'ensuit que M. C et Mme C D ne sont pas fondés à soutenir que la commune de Villette d'Anthon a entaché l'arrêté litigieux d'une erreur d'appréciation en tant qu'il soumet leur projet de construction de mur de clôture à une hauteur maximale de 1,60 mètres à partir du terrain naturel.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villette d'Anthon qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C et Mme C D une somme de 500 euros, à verser à la commune de Villette d'Anthon, sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme C D est rejetée.

Article 2 : M. C et Mme C D verseront à la commune de Villette d'Anthon une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C D, représentante unique en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Villette d'Anthon.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Paillet-Augey, première conseillère,

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

La rapporteure,

C. PAILLET-AUGEY

Le président,

P. THIERRYLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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