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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006841

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006841

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCLABAUT-BAGHDASARIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°/ Par une requête n° 2006841 enregistrée le 18 novembre 2020, M. E, représenté par Me Balestas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 22 septembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Bessans a rejeté le recours gracieux formé contre la décision du 12 juin 2020 refusant de renouveler le contrat saisonnier de l'intéressé en qualité de conducteur d'engins de damage pour la saison hivernale 2020/2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bessans de le réintégrer comme salarié non titulaire bénéficiaire d'un contrat de travail saisonnier à durée indéterminée ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bessans une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- titulaire depuis 34 ans de CDD en qualité de conducteur d'engins de damage pour les saisons hivernales il doit être regardé comme titulaire d'un contrat à durée indéterminée ; la lettre du 12 juin 2020 s'analyse donc comme une lettre de licenciement ;

- la commune de Bessans devait saisir la CAP compétente ; la décision attaquée est donc entachée d'un vice de procédure ;

- la décision de non renouvellement est entachée d'illégalité interne dès lors qu'elle repose sur un motif étranger à l'intérêt du service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2021, la commune de Bessans, représentée par Me Clabaut-Baghdasarian, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 3 décembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 24 décembre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 7 juin 2021.

II°/ Par une requête n° 2101824 et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 19 mars et 31 mai 2021 M. E, représenté par Me Balestas, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la commune Bessans à lui verser les sommes de :

- 20 000 euros pour licenciement irrégulier,

- 15 249 euros au titre des articles 45 et suivant du décret du 15 février 1988,

- 2 000 euros au titre de la non convocation de la commission administrative paritaire et du défaut d'entretien préalable,

- 2 000 euros pour non-respect du délai de préavis, en sus le versement de deux mois de salaire net soit 4 160 euros et l'obligation de reverser les cotisations dues aux organismes sociaux outre les indemnités de congé payés afférentes ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la commune à lui verser la somme de 34 000 euros pour recours abusif aux contrats à durée déterminée durant 34 ans ;

3°) à titre ultra subsidiaire, de condamner la commune à lui verser les sommes de :

- 15 249 euros au titre du recours abusif aux contrats à durée déterminée,

- 2 000 euros au titre du licenciement pour non convocation devant la commission administrative paritaire et du défaut d'entretien préalable,

- 2 000 euros pour non-respect du délai de préavis, en sus le versement de deux mois de salaire net, soit 4 160 euros et l'obligation de reverser les cotisations dues aux organismes sociaux outre les indemnités de congé payés afférentes ;

4°) en tout état de cause, de condamner la commune de Bessans à lui verser la somme de 4 000 euros au titre de son préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'illégalité fautive de la décision du 22 juin 2020 qui doit s'analyser en un licenciement lui a causé un préjudice financier qui doit être indemnisé à hauteur de 20 000 euros. Il est en droit de percevoir une indemnité de licenciement au titre des articles 45 et suivants du décret n°88-145 du 15 février 1988 à hauteur de 15 249 euros.

Ni l'entretien préalable, ni la consultation de la CAP prévus par les articles 42 et 42-1 du même décret n'ont été réalisés ; il doit être indemnisé à hauteur de 2 000 euros au titre de ces irrégularités.

La commune n'a pas respecté un délai de préavis et lui devra pour ce motif deux mois de salaire net et sera tenue de verser les cotisations dues aux organismes sociaux, outre les indemnités de congés payés afférentes.

A titre subsidiaire, le non-renouvellement du contrat est fondé sur un motif étranger à l'intérêt du service, la commune sera donc condamnée à lui verser une juste indemnisation à hauteur de 34 000 euros.

A titre ultra-subsidiaire, le recours abusif au contrat par la commune lui ouvre droit à une indemnité de 15 249 euros en application de la jurisprudence CE, 13 novembre 2020, Mme A B , n°428737.

Il a subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 4 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juin et 19 septembre 2021, la commune de Bessans, représentée par Me Clabaut-Baghdasarian, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 3 décembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 24 décembre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 13 juin 2022.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces des dossiers ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Leurent, représentant M. E, et de Me Clabaut-Baghdasarian, représentant la commune de Bessans.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2006841 et 2101824 concernent la situation d'un même requérant. Elles présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a ainsi lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. E, exploitant agricole, est employé par la commune de Bessans en qualité de conducteur d'engins de damage durant les saisons hivernales depuis une trentaine d'années, par des contrats à durée déterminée. Son dernier contrat a été exécuté du 9 décembre 2019 au 3 avril 2020. Par un courrier du 12 juin 2020 le maire de la commune de Bessans l'a informé que compte tenu du conflit qui l'oppose à certains membres de l'équipe municipale " il n'était pas question pour la commune de l'embaucher lors de la prochaine saison hivernale ". Par la présente requête M. E doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 12 juin 2020, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 : " I. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : () 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. "

4. Aux termes de l'article 3-3 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; /2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; /3° Pour les communes de moins de 1 000 habitants et les groupements de communes regroupant moins de 15 000 habitants, pour tous les emplois ;/ 3° bis Pour les communes nouvelles issues de la fusion de communes de moins de 1 000 habitants, pendant une période de trois années suivant leur création, prolongée, le cas échéant, jusqu'au premier renouvellement de leur conseil municipal suivant cette même création, pour tous les emplois ; /4° Pour les autres collectivités territoriales ou établissements mentionnés à l'article 2, pour tous les emplois à temps non complet lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; /5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public./Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. /Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. "

5. Les contrats de M. E conclus en application du I 2° de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 n'entrent pas dans l'une des cinq hypothèses visées par l'article 3-3 de la même loi qui concernent les emplois permanents des collectivités. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que son contrat doit être requalifié en contrat à durée indéterminée. Dès lors, le moyen tiré de ce que le courrier du 12 juin 2020 devrait s'analyser en un licenciement entaché de vices de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

6. Les engagements successifs de M. E ont certes été conclus de manière habituelle depuis de nombreuses années mais pour des périodes de courte durée correspondant à la seule période hivernale. Par suite, le courrier du 12 juin 2020 s'analyse non comme un refus de renouvellement de contrat à durée déterminée mais comme un refus de recrutement. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance du principe selon lequel l'administration ne peut refuser de renouveler un contrat à durée déterminée que pour des motifs tirés de l'intérêt du service.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions à fins d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires.

8. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 7, les conclusions indemnitaires fondées sur l'illégalité fautive de la décision du 12 juin 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

9. Le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles ou de répondre à un accroissement temporaire d'activité répond, en principe, à une raison objective, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus.

10. Compte tenu de la spécificité des besoins saisonniers d'une station de montagne aux cours de la période hivernale, les engagements successifs de l'intéressé en qualité de conducteur d'engin de damage durant 34 ans ne revêtent pas un caractère abusif. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par l'intéressé sur ce fondement doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les conclusions présentées par M. E, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Bessans.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. E sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bessans au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la commune de Bessans.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

F. D

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 2101824

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