jeudi 10 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BENICHOU PARA TRIQUET- DUMOULIN AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n°2007653 du 24 novembre 2020, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Grenoble, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 27 octobre 2020.
Dans sa requête et son mémoire récapitulatif enregistré le 16 juin 2022, Mme A représentée par Me Benichou, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 22 juin 2020 par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes (CCI ARA) a prononcé son licenciement pour suppression de poste ;
2°) d'enjoindre au président de la CCI ARA de la réintégrer dans un poste équivalent à celui occupé au 26 août 2020 dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner la CCI ARA à lui verser les sommes de :
- 56 000 euros en réparation de son préjudice matériel ;
- 40 000 euros en réparation des erreurs commises en 2006 sur son dossier de prévoyance invalidité ;
- 160 684 euros en raison de l'absence de cotisation par la CCI ARA auprès de l'Agirc Arcco ;
- 2 000 euros au titre d'un mois supplémentaire de préavis ;
- 5 000 euros pour la non fourniture d'une attestation employeur pour les IJ versées par subrogation par la CCI de 1995 à 2020 ;
- 40 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
- 18 000 euros pour complément d'indemnité de licenciement ;
- 10 993,80 euros pour perte d'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) ;
4°) de mettre à la charge de la CCI ARA la somme de 6 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la décision prononçant son licenciement est intervenue au terme d'une procédure viciée par les irrégularités entachant la procédure de suppression de poste devant la commission paritaire régionale ;
- la CCI n'a pas respecté son obligation de reclassement en l'absence d'individualisation des offres de reclassement et de recrutement de personnes extérieures ;
- son licenciement a un caractère abusif dès lors qu'elle a été victime d'une discrimination ; que son poste a été supprimé alors qu'un agent a été recruté en CDI sur un poste équivalent alors que la procédure de licenciement était engagée ;
- en sa qualité de travailleur handicapé elle devait bénéficier d'un préavis de 3 mois ;
- son indemnité de licenciement devait être calculée sur la base de 30 mois et non 24 mois, car l'ancienneté prise en compte par la CCI débute à compter de sa titularisation en janvier 1999 alors qu'elle aurait dû être titularisée en août 1997 ;
- le montant de son ARE a été calculé sur la base de 57 % de son salaire journalier en raison du motif de rupture du contrat de travail indiqué par la CCI sur l'attestation employeur, alors qu'il aurait dû être calculé sur la base de 75% de son salaire journalier si la CCI avait indiqué " licenciement pour motif économique " ;
- la CCI ne lui a pas communiqué une attestation employeur pour les indemnités journalières versées par subrogation de 1995 à 2020 ;
- elle subit une perte de chance d'obtenir une pension de retraite plus élevée du fait de l'absence de cotisation par la CCI à la tranche 2 de l'Agirc Arcco et par la non-cotisation à temps plein sur la période durant laquelle elle était en maladie ou à temps partiel.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mars et 24 novembre 2022, la CCI ARA représentée par Me Bousquet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle fait valoir que :
- Mme A ne conteste pas les raisons économiques et financières qui sont à l'origine des délibérations portant suppression des postes ;
- la procédure de licenciement a été suivie conformément aux dispositions de l'article 35-1 du statut et la commission paritaire régionale (CPR) s'est prononcée sur la base des informations prescrites par les dispositions du statut et dans une composition conforme à ces mêmes dispositions ;
- les vices de procédures dont se prévaut la requérante n'ont pas exercé une quelconque influence sur le sens de la décision prise et ne l'ont pas privée d'une garantie ;
- elle a respecté son obligation de recherche d'un reclassement pour Mme A ;
- la requérante n'explique pas en quoi son licenciement serait abusif et ne produit aucun fait susceptible de faire présumer l'existence d'une discrimination ;
- si Mme A demande la réparation d'un préjudice financier elle n'apporte aucun élément quant au calcul de la somme demandée ; sa requête a été enregistrée après expiration du délai de recours contentieux ; elle ne motive ni en fait ni en droit ses prétentions ; la prescription quadriennale doit s'appliquer ; les demandes sont mal dirigées la CCI ARA n'étant l'employeur de Mme A que depuis 2013 ; elle a accordé à Mme A de reprendre à temps plein au 1er novembre 2006 ;
- si Mme A prétend au versement d'une somme de 10 993,80 euros correspondant à la perte d'ARE, d'une part cette demande est irrecevable au regard de sa tardiveté et de l'absence de demande préalable, et d'autre part cette demande doit être rejetée, l'attestation employeur indiquant " autre motif de licenciement " n'étant pas erronée ;
- si Mme A prétend au paiement d'une somme de 40 000 euros, elle ne donne aucune explication quant à cette somme ;
- si Mme A demande à être indemnisée en raison de l'absence de cotisations auprès de l'Agirc Arrco, ses prétentions ne sont motivées ni en droit, ni en fait ; elles sont mal dirigées l'employeur concerné étant la CCI Grenoble pour les années en litige et cette dernière s'est acquittée des cotisations depuis le 1er janvier 2011 ; la requérante ne peut prétendre à la cotisation à la tranche B son traitement annuel étant inférieur au plafond de la sécurité sociale ; le préjudice dont elle se prévaut n'est qu'éventuel ;
- si Mme A demande une somme de 5 000 euros en réparation de la non-fourniture par la CCI d'une attestation employeur, ses prétentions ne sont motivées ni en fait ni en droit ; ses conclusions sont mal dirigées la prétendue carence étant imputable à la CCI Grenoble alors au surplus que cette dernière n'a commis aucune erreur ;
- si Mme A demande le versement d'un mois supplémentaire au titre du préavis, le montant qui lui a été versé est conforme aux dispositions de l'article 35-1 du statut alors qu'elle ne peut se prévaloir des dispositions du code du travail ;
- si Mme A soutient que son ancienneté devait être calculée sur la base de 30 mois, l'article 35-2 du statut plafonne l'indemnité de licenciement à 24 mois de rémunération ; la contestation de sa date de titularisation est prescrite ; les conclusions sont mal dirigées, l'employeur de l'intéressée était la CCI de Grenoble au moment de sa titularisation ; la titularisation est intervenue sans retard fautif ;
- si Mme A demande réparation d'un préjudice moral, ses prétentions ne sont pas fondées.
Vu la demande préalable indemnitaire ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2010-853 du 23 juillet 2010 ;
- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie et des groupements interconsulaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,
- les observations de Me Benichou, représentant Mme A,
- et les observations de Me Bousquet, représentant la chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A a été recrutée par la CCI de Grenoble le 15 août 1992 en qualité de secrétaire de direction, puis titularisée le 1er janvier 1999 dans l'emploi d'attaché de direction avant d'évoluer dans ses fonctions et occuper en dernier lieu un poste d'animateur communauté commerce selon la cartographie des postes établie par la CCI en mars 2019. Dans le cadre de la régionalisation des CCI prévue par la loi du 23 juillet 2010 relative aux réseaux consulaires, au commerce, à l'artisanat et aux services, le contrat de Mme A a été transféré à la CCI ARA à compter du 1er janvier 2013 et elle a été mise à disposition de la CCI Grenoble à la même date. Suite à la délibération du 27 novembre 2019 de la CCI Région Auvergne Rhône Alpes décidant de la suppression de 31 postes, Mme A a été informée de la suppression de son poste et de la mise en œuvre de la procédure de licenciement. Par décision du 22 juin 2020, le président de la CCI ARA a prononcé son licenciement. Mme A a adressé sans succès un recours gracieux contre cette décision et une demande indemnitaire. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2020, Mme A demande d'annuler la décision de licenciement, de la réintégrer dans des fonctions équivalentes et de condamner la CCI ARA à lui verser une somme totale de 332 677,80 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la légalité de la décision de licenciement :
2. Aux termes de l'article 35-1 du statut du personnel des chambres régionales de commerce et d'industrie : " Recherche de reclassement () Dans le même temps, la CCI employeur qui décide de prendre des mesures pouvant entrainer un ou plusieurs licenciements pour suppression de poste doit, comme mentionné ci-dessus, procéder obligatoirement à des recherches de reclassement au sein de l'ensemble des établissements consulaires de la région et au niveau de l'ensemble des établissements du réseau des CCI de France notamment à l'aide de la bourse à l'emploi du réseau consulaire. Les recherches de reclassement doivent être entreprises dès que possible et peuvent se poursuivre tout au long de la procédure de licenciement pour suppression de poste, jusqu'à la notification définitive du licenciement. (). Les agents susceptibles d'être concernés par un licenciement pour suppression de poste peuvent postuler sur l'un des emplois transmis par la CCI employeur dans le cadre de la recherche de reclassement. Dans ce cas, ils bénéficient d'une priorité de reclassement qui s'impose aux Présidents des CCIT concernées, rattachées à la CCI employeur bénéficiant d'une délégation de compétence en matière de recrutement () ". Si ni cet article, ni aucun principe général du droit, ne font obligation à l'autorité consulaire de procéder au reclassement des agents dont l'emploi est supprimé, il résulte en revanche de ces dispositions qu'avant de prononcer le licenciement pour suppression d'emploi d'un agent soumis au statut du personnel des chambres de commerce et d'industrie, il appartient à la compagnie consulaire d'examiner les possibilités de reclassement de cet agent, notamment en son sein.
3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 35-1 du statut précité " durant toute la période de reclassement du ou des collaborateur(s) concerné(s), la CCI employeur identifiera le ou les postes vacants appartenant au même emploi national que ce(s) collaborateur(s), en consultant la bourse d'emploi nationale des postes vacants et lui (leur) fera parvenir par voie électronique la description de ces postes, / la CCI employeur identifiera également les postes vacants rattachés à un emploi national de niveau inférieur ou supérieur susceptibles de correspondre à l'intéressé ainsi que les actions de formation éventuellement nécessaires () ".
4. En l'espèce et contrairement à ces dispositions, les offres de poste ont été communiquées sans analyse préalable par la CCI, sans individualisation en fonction de l'emploi occupé par Mme A et de ses compétences, sans prendre en compte les postes susceptibles de pouvoir intéresser Mme A et sans identifier les actions de formations nécessaires. De plus l'examen des offres de poste révèle une décorrélation entre les offres de postes transmises sans proposition de formation et le profil de Mme A, telles que des offres relevant de domaines d'activités sans rapport avec celui de l'intéressée ou exigeant des niveaux d'études élevés de type BAC+5 ou d'ingénieur. La CCI, qui ne saurait justifier cette transmission indifférenciée par l'égalité de traitement entre les candidats, a donc sciemment communiqué des offres sur lesquelles elle savait qu'elle ne retiendrait pas la candidature de Mme A afin de justifier artificiellement de son obligation de recherche de reclassement. Par suite en se bornant à se prévaloir de la transmission de plus de 50 postes à Mme A, sans respecter les conditions prévues par le statut, la CCI n'établit pas avoir respecté son obligation de recherche de reclassement.
5. En deuxième lieu, il ressort des dispositions citées au point 2 que les recherches de reclassement doivent être entreprises dès que l'employeur décide de prendre des mesures pouvant entraîner un ou plusieurs licenciements pour suppression de poste, c'est-à-dire à compter du moment où la suppression de poste est envisagée. Il ressort des pièces du dossier que la suppression de 31 postes a été décidée par délibération de l'assemblée générale de la CCI de Grenoble le 24 octobre 2019 faisant suite au projet de transformation de la CCI qui a été validé le 19 septembre 2019, et par délibération de l'assemblée générale de la CCI ARA du 27 novembre 2019. Dès le lancement de la démarche de transformation de la CCI, cette dernière doit être regardée comme ayant décidé, au sens des dispositions précitées de l'article 35-1 du statut, de prendre des mesures pouvant entrainer la suppression de postes et notamment celui de Mme A. Dès lors, la CCI ARA avait l'obligation d'engager une recherche de reclassement sans attendre la délibération prononçant la suppression du poste. Or, il ressort des pièces du dossier que les premières offres de postes ont été communiquées à Mme A par la CCI par courrier en date du 19 décembre 2019, en méconnaissance des dispositions précitées. En outre il ressort des pièces du dossier que certains postes vacants n'ont pas été communiqués à l'intéressée.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la création d'un poste d'animateur communauté entreprenariat et innovation en CDI a été validée le 4 octobre 2019. Mme B qui avait été embauchée par la CCI ARA en CDD d'une année à compter du 28 novembre 2018, a été recrutée sur le poste ainsi créé le 25 novembre 2019. Ce recrutement est donc intervenu postérieurement au lancement de la démarche de réorganisation, et à la délibération de la CCI de Grenoble du 24 octobre 2019. Or le poste sur lequel Mme B a été recrutée qui est un emploi de niveau 5, présente de grandes similitudes avec les fonctions occupées par Mme A d'animatrice de communauté de commerce, emploi de niveau 5. Alors que la relation de travail entre la CCI et Mme B devait prendre fin au 27 novembre 2019, la CCI n'a pas proposé de reclasser Mme A sur ce poste indiqué comme vacant selon les propres pièces de la CCI. Si la CCI soutient que la décision de transformation du poste de CDD en CDI a été prise en octobre 2019, elle n'établit pas que le recrutement de Mme B serait intervenu avant la date du 25 novembre 2019, alors au surplus que la CCI ne pouvait ignorer dès le mois d'octobre que son projet de réorganisation pouvait entrainer la suppression du poste de Mme A au sens des dispositions précitées de l'article 35-1 du statut. En s'abstenant de proposer ce poste et en recrutant un autre agent, la CCI a méconnu son obligation de recherche de reclassement au détriment de Mme A.
7. Il résulte de ce qui précède qu'en prononçant le licenciement de Mme A au motif qu'elle n'avait pu être reclassée, sans avoir respecté les obligations pesant sur elle en matière de recherche de reclassement, la CCI a méconnu les dispositions précitées de l'article 35-1 du statut du personnel des chambres régionales de commerce et d'industrie et a ainsi entaché d'illégalité sa décision.
8. Au surplus, aux termes de l'article 33 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie : " La cessation de fonctions de tout agent titulaire ne peut intervenir que dans les conditions suivantes : () / 5) Par suppression d'emploi, après avis de la commission paritaire compétente () ". Aux termes de l'article 35-1 du même statut : " Lorsqu'une CCI employeur décide de prendre, dans le cadre de son plan stratégique, des mesures pouvant entraîner un ou plusieurs licenciements pour suppression de poste, le président de la CPR (), au vu de la délibération prise en assemblée générale de cette CCI employeur (), transmet, dans les 15 jours ouvrés suivant la délibération de l'assemblée générale, () aux membres de la commission paritaire ainsi qu'à chaque organisation syndicale représentative de la CCI employeur concernée, un dossier qui comprend : / - une information sur les raisons économiques, financières et techniques qui sont à l'origine de la délibération de l'assemblée générale ; / - une information sur la liste des postes susceptibles d'être supprimés et les critères retenus ; / - les moyens que la CCI employeur entend mettre en œuvre pour favoriser les reclassements au sein de la CCI employeur pour éviter les licenciements et au sein du réseau des CCI de France. () / Dans le délai de huit jours ouvrés qui suit le ou les entretiens individuels (), le président de la commission paritaire adresse aux membres de cette commission une convocation comprenant un ordre du jour et les documents relatifs à la réunion qui a pour objet : / - une information sur les moyens que la CCI employeur a examinés pour éviter les suppressions de postes tels que notamment : les possibilités de création d'activités nouvelles, d'augmentations de ressources ou de diminution de charges, d'aménagement du temps de travail et/ou de réduction du temps de travail, de reclassement des agents ainsi que toutes autres mesures alternatives au licenciement ; / - une information sur les aides et mesures d'accompagnement apportées aux agents susceptibles d'être licenciés pour faciliter leur réemploi sur des postes équivalents telles que bilan de compétences, actions de formation et de validation des acquis de l'expérience, prestation d'une cellule d'accompagnement des démarches de recherche d'emploi, etc. (). Elles doivent être adaptées tant aux besoins des agents concernés qu'aux moyens dont dispose la CCI employeur ; / - une information sur le coût et les modalités de mise en œuvre des mesures envisagées. "
9. Il résulte de ces dispositions régissant la totalité de la procédure pour suppression d'emploi dans les chambres de commerces et d'industrie que, lorsqu'une décision peut entraîner un ou plusieurs licenciements par suppression d'emploi, le président de l'organisme consulaire a l'obligation de communiquer un dossier comprenant des informations sur les raisons économiques, financières et techniques qui sont à l'origine de la délibération de l'assemblée générale, une information sur la liste des postes susceptibles d'être supprimés et les moyens que la CCI entend mettre en œuvre pour favoriser le reclassement. Les membres de la CPR se réunissent en réunions techniques afin d'expliciter ces informations, ces réunions faisant l'objet d'un compte rendu communiqué aux membres de la CPR. Postérieurement à l'entretien préalable avec le collaborateur dont la suppression de poste est envisagée, le président de la CPR adresse aux membres de la commission une convocation accompagnée des documents ayant pour objet une information sur les moyens que la CCI a examinés pour éviter les suppressions de poste, sur les aides et mesures d'accompagnement apportées aux agents et sur le coût et les modalités de mise en œuvre des mesures envisagées.
10. Mme A fait notamment valoir que l'information donnée aux membres de la CPR est restée incomplète. S'agissant des raisons économiques, financières et techniques à l'origine de l'opération, le dossier communiqué aux membres de la CPR se borne à affirmer sans précision ni donnée que, pour répondre à une baisse des ressources fiscales de 3,5 millions d'euros en 2022, la CCI de Grenoble a, selon le rapport, " élaboré un plan stratégique de transformation en plusieurs étapes pour déployer un nouveau modèle économique et organisationnel ". Toutefois, le rapport n'est pas accompagné d'élément chiffré probant ni quant à la baisse des ressources annoncée et son impact sur le budget général, ni sur les gains réellement attendus de la nouvelle organisation mise en place et plus particulièrement de l'externalisation. Par ailleurs, la rubrique intitulée " information sur les moyens examinés pour éviter les suppressions de poste " du dossier d'information en vue de la CPR du 12 mars 2020 et de celle du 26 mai 2020 apparaît incomplète. En effet le rapport se borne à indiquer la situation des agents concernés par les suppressions de poste, à préciser les actions de reclassement et d'accompagnement engagés. Aucune information n'apparaît sur les autres moyens examinés par la CCI pour éviter la suppression des postes comme elle y est pourtant tenu par les dispositions statutaires. Dès lors, les dossiers transmis aux membres de la commission paritaire, qui ne leur ont pas permis d'émettre un avis éclairé, sont insuffisants et ne respectent pas les dispositions de l'article 35-1 du statut relatif à l'information transmise aux membres de la commission. Le requérant est donc fondé à soutenir que l'avis de la CPR a été rendue aux termes d'une procédure irrégulière.
11. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
12. En l'espèce, les dispositions de l'article 35-1 du statut qui détaillent avec une grande précision les éléments devant être communiqués aux membres du comité technique ont pour objet de garantir une parfaite information des membres de la commission sur les motifs pour lesquels la suppression de poste est envisagée, sur les autres solutions qui ont été envisagées et sur la prise en charge et l'accompagnement proposé. La décision attaquée se fonde sur la délibération de la CCI de Grenoble du 24 octobre 2019 et sur celle de la CCIR ARA du 27 novembre 2019 qui visent l'avis de la CPR et en reprennent les motifs s'agissant des raisons conduisant à la suppression de postes. Le fait que l'avis de la CPR ait été rendu dans des conditions méconnaissant les stipulations de l'article 35-1 du statut a privé Mme A d'une garantie.
13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant licenciement de la requérante doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
14. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction. La réparation intégrale du préjudice de l'intéressé peut également comprendre, à condition que l'intéressé justifie du caractère réel et certain du préjudice invoqué, celle de la réduction de droits à l'indemnisation du chômage qu'il a acquis durant la période au cours de laquelle il a été employé du fait de son éviction de son emploi avant le terme contractuellement prévu.
15. En premier lieu, Mme A demande réparation du préjudice matériel subi du fait de son licenciement pour un montant de 56 000 euros. Mme A est en droit de prétendre à une indemnité d'un montant correspondant, aux rémunérations qu'elle aurait dû percevoir en qualité d'animateur communauté commerce relevant de la catégorie d'emploi d'assistante experte niveau 5, entre le 25 août 2020, date de son licenciement, et la date de lecture du présent jugement si elle n'avait pas été évincée, après déduction des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi dont elle a bénéficié au cours de cette période.
16. Toutefois, l'état de l'instruction ne permet pas au tribunal de fixer le montant de l'indemnité due, à ce titre, à Mme A. A cette fin, il y a lieu d'ordonner, avant-dire droit, un supplément d'instruction et d'inviter, d'une part, Mme A à produire au tribunal, ses avis d'imposition sur le revenu au titre des années 2019 jusqu'à ce jour et un tableau comprenant, sur la période de référence courant de la date de son licenciement au jour de lecture du jugement, les informations relatives à la rémunération nette qui aurait dû être perçue et le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'elle a perçues au cours de la période d'éviction accompagné des pièces justificatives et, d'autre part, la CCI ARA, à communiquer au tribunal, un tableau présentant le montant des rémunérations nettes qui auraient dû être perçues par Mme A, au cours de la même période, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
17. En deuxième lieu, Mme A demande le versement d'une somme de 40 000 euros au titre des erreurs commises en 2006 dans la gestion de son dossier de prévoyance et d'invalidité. Toutefois, ses conclusions qui sont sur ce point tardives concernent une période durant laquelle la CCI de Grenoble était son employeur. Dès lors les conclusions tendant à la condamnation de la CCI ARA sont mal dirigées et doivent être rejetées.
18. En troisième lieu, Mme A demande le versement d'une somme de 160 684 euros en réparation de son préjudice résultant de la minoration du montant de sa retraite d'une part en l'absence de cotisation de la CCI ARA à la tranche 2 de l'AGIRC ARRCO et d'autre part du fait de l'absence de cotisation sur la base d'un temps plein durant les périodes où elle exerçait à temps partiels. Toutefois, pour les cotisations relatives à la période de 1992 à 2014 contestée par Mme A, cette dernière était employée par la CCI de Grenoble. Dès lors les conclusions tendant à la condamnation de la CCI ARA sont mal dirigées et doivent être rejetées. Au surplus, d'une part aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à la CCI de Grenoble de cotiser à la retraite complémentaire de Mme A, pour ses périodes de temps partiel, sur la base d'un temps plein et d'autre part Mme A n'établit pas que le montant de sa rémunération était sur cette période supérieur au plafond de la sécurité sociale nécessitant de cotiser à la tranche 2 de l'AGIRC ARRCO.
19. En quatrième lieu, Mme A demande la condamnation de la CCI ARA au versement d'une somme de 2 000 euros au titre de la non prise en compte de sa reconnaissance de handicap pour fixer la durée du préavis de licenciement. Toutefois, en sa qualité d'agent titulaire de la CCI ARA, Mme A ne peut utilement se prévaloir de dispositions du code du travail relatives à la durée de préavis pour les salariés bénéficiant d'une reconnaissance de travailleur handicapé. Mme A ayant bénéficié d'un préavis de deux mois, conformément aux dispositions de l'article 35-1 du statut, ses conclusions doivent sur ce point être rejetées.
20. En cinquième lieu, Mme A demande le versement d'une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice résultant de la non fourniture d'une attestation employeur relative aux indemnités journalières versées par la CCI par subrogation pour la période de 1995 à 2020. Toutefois, Mme A n'établit pas la réalité du préjudice dont elle se prévaut et ses conclusions doivent sur ce point être rejetées.
21. En sixième lieu, Mme A demande le versement d'une somme de 12 790 euros au titre du complément d'indemnité de licenciement correspondant à son ancienneté de 30 ans au sein de la CCI. Toutefois, le présent jugement prononçant l'annulation de la décision de licenciement de Mme A, ses conclusions tendant au versement d'un complément d'indemnité de licenciement ne peuvent qu'être rejetées. Au demeurant, l'article 35-2 du statut prévoit que le montant de l'indemnité de licenciement ne peut être supérieur à 24 mois de rémunération mensuelle indiciaire brute, montant maximal perçu par Mme A.
22. En septième lieu, Mme A demande le versement d'une somme de 10 993,80 euros en réparation de la perte d'allocation de retour à l'emploi (ARE), le montant de son allocation ayant été calculé sur la base de 57 % de son salaire journalier en raison du motif de rupture du contrat de travail indiqué par la CCI sur l'attestation employeur, alors qu'il aurait dû être calculé sur la base de 75% de son salaire journalier si la CCI avait indiqué " licenciement pour motif économique ". Toutefois, comme le soulève la CCI ARA, les conclusions de Mme A sur ce point n'ont pas été précédées d'une demande préalable devant l'administration, méconnaissant les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Elles sont dès lors irrecevables.
23. En huitième lieu, Mme A réclame la somme de 40 000 euros au titre de son préjudice moral compte tenu du fait qu'elle vit seule avec deux enfants et que son licenciement accroît ses difficultés médicales et financières. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une indemnité de 3000 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. L'annulation de la décision de licenciement du 22 juin 2020 de la CCI ARA implique nécessairement que l'intéressée soit réintégrée dans les effectifs de la chambre de commerce et d'industrie de région sur un poste correspondant à son grade avec effet au 22 août 2020. Dès lors, il y a lieu d'ordonner au président de la chambre commerce et d'industrie de région Auvergne Rhône Alpes de procéder à cette réintégration, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
25. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;
26. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas pour l'essentiel la partie perdante dans la présente instance, la somme que la CCI demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de réserver jusqu'à la fin de l'instance les conclusions de Mme A tendant à mettre à la charge de la CCI ARA une somme de 6 000 euros sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 22 juin 2020 par laquelle le président de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé le licenciement de Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président de la chambre commerce et d'industrie de région Auvergne Rhône Alpes de réintégrer Mme A sur un poste correspondant à son grade avec effet au 22 août 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La CCI Auvergne-Rhône-Alpes est condamnée à verser à Mme A une somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral subi du fait de son licenciement.
Article 4 : Avant de statuer sur l'évaluation du préjudice financier de Mme A, il est procédé à un supplément d'instruction afin que les parties produisent dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement :
- s'agissant de Mme A, ses avis d'imposition sur le revenu au titre des années 2019 jusqu'à ce jour et un tableau comprenant, sur la période de référence courant du 22 août 2020 au 10 août 2023, les informations relatives à la rémunération nette qui aurait dû être perçue et le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'elle a perçues au cours de la période d'éviction accompagné des pièces justificatives
- s'agissant de la CCI ARA, un tableau présentant le montant des rémunérations nettes qui auraient dû être perçues par Mme A, au cours de la même période.
Article 5 : Les conclusions de Mme A tendant à mettre à la charge de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'à la fin de l'instance.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 7 : Les conclusions de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la chambre de commerce et d'industrie de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
M.Villard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.
Le rapporteur,
F. DOULAT
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026