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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007046

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007046

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL PLUNIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 novembre 2020 et le 1er septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Plunian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2020 par laquelle Thonon Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais et, à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A n° 2869 et 2857 en zone A ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les modalités de la collaboration n'ont pas été soumises à la conférence intercommunale réunissant les maires et les modalités ont été insuffisamment définies en méconnaissance de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme ;

- les observations du public ainsi que les avis joints au dossier n'ont pas été présentés lors de la conférence intercommunale intervenue préalablement à l'approbation du PLUi en méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- les conseillers communautaires n'ont pas été suffisamment informés des observations émises par le public au cours de l'enquête publique ;

- les modalités de la concertation n'ont pas été respectées ; la concertation aurait dû reprendre depuis le début à la suite du débat sur le PADD réalisé en 2018 ;

- le public a été privé d'une participation effective ;

- des personnes publiques associées n'ont pas été consultées et certains avis ont été intégrés au dossier après le début de l'enquête publique ;

- le dossier d'enquête publique ne contenait pas les avis des communes membres ;

- l'enquête publique n'a eu lieu que sur le territoire des anciennes communes membres de la communauté de communes du Bas-Chablais, et non sur l'ensemble des communes membres de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération ;

- les mesures de publicité de l'enquête publique n'ont pas été réalisées ;

- la délibération méconnaît l'article L. 123-7 du code de l'environnement en l'absence de transmission aux autorités suisses :

- l'étude environnementale est incomplète ;

- Thonon Agglomération ne pouvait reprendre la procédure et approuvé un PLUi ne recouvrant pas l'ensemble de son territoire ; Thonon Agglomération ne relevait pas des dispositions dérogatoires des articles L. 153-3 et L. 154-1 du code de l'urbanisme ;

- le classement des parcelles section A n° 2867 et 2869 en zone A est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2022, la communauté d'agglomération Thonon Agglomération, représentée par Me Mollion, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa requête est irrecevable car elle ne justifie pas être propriétaire ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Me Villard, substituant Me Plunian, représentant Mme C et de Me Djeffal, représentant Thonon Agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Le 16 juillet 2019, le bilan de la concertation a été tiré et le projet de plan local d'urbanisme intercommunal a été arrêté. Une enquête publique a été organisée du 4 novembre au 6 décembre 2019 à l'issue de laquelle la commission d'enquête a rendu un avis favorable le 17 janvier 2020. Par la délibération en litige du 25 février 2020, a été approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais. Mme C demande l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les modalités de la collaboration avec les communes :

2. Aux termes de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de : 1° L'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local (). L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale arrête les modalités de cette collaboration après avoir réuni une conférence intercommunale rassemblant, à l'initiative de son président, l'ensemble des maires des communes membres () ".

3. En application de ces dispositions, le conseil communautaire a déterminé, par délibération du 14 novembre 2015, les modalités de collaboration entre la communauté de communes du Bas-Chablais et ses communes membres. Il est expressément indiqué que des débats se sont tenus à l'occasion de la conférence intercommunale des maires du 4 novembre 2015 qui ont permis de définir les modalités de collaboration entre la communauté de communes du Bas-Chablais et ses communes membres. En outre, ces modalités de collaboration ont été réaffirmées à la suite de la création de Thonon Agglomération par une délibération du 28 mars 2017.

4. Les modalités de la collaboration prévoyaient que la conférence intercommunale des maires étaient saisie pour connaitre de la définition des objectifs prévalant à l'élaboration du PLUi et les modalités de la concertation, du PADD et du PLUi finalisé, que chaque commune créait une commission municipale PLUi, la création d'un comité de pilotage PLUi (COPIL) en charge du suivi des travaux, la création d'un comité technique chargé de proposé des pistes de réflexion au COPIL, des séminaires de réflexion associant l'ensemble des élus du territoire avant l'arrêt du PADD et celui du projet de PLUi et un point d'information sur l'avancement de la procédure une fois par an lors d'une séance du conseil communautaire. La requérante ne précise pas pour quel motif ces modalités auraient été insuffisantes.

5. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de la délibération approuvant le bilan de la concertation du 16 juillet 2019 et de la note de synthèse que ces modalités de collaboration ont permis d'associer pleinement les communes à travers plusieurs instances notamment le comité de pilotage. Cette délibération fait état de 38 réunions du comité de pilotages et de 68 réunions techniques individuelles avec les communes. Elle indique également que les communes ont participé activement durant les COPIL, les comités de bassin mais également de nombreuses réunions en mairie pour avoir des documents opposables au plus proche de la réalité de terrain et que des réunions associant les élus des communes et leurs services ont porté sur le règlement écrit. Enfin, le rapport de la commission d'enquête indique que le choix des orientations d'aménagement et de programmation ont fait l'objet de réunions régulières avec chaque commune concernée.

6. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne le respect de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme :

7. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli () ".

8. Une conférence intercommunale des maires s'est tenue le 4 février 2020 afin de présenter à l'ensemble des intervenants élus les retours liés à l'enquête publique qui s'est tenue du 4 novembre 2019 au 6 décembre 2019. En se bornant à indiquer que les observations du public ainsi que les avis joints au dossier n'ont pas été présentés, la requérante n'établit pas la méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme et ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'information des conseillers communautaires :

9. Il ressort des pièces du dossier que la convocation du 18 février 2020 adressée aux conseillers communautaires par le président de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération, était accompagnée d'une note de synthèse portant sur les points mis à l'ordre du jour du conseil communautaire du 25 février 2020. Cette note rappelle que le dossier du PLUi est téléchargeable via un lien et précise que ce lien contient également le mémoire de réponse au procès-verbal de synthèse de la commission d'enquête publique ainsi que le rapport et les conclusions de la commission d'enquête publique et le bilan de la concertation. Cette note de synthèse fait état des objectifs du PLUi et des partis d'urbanisme retenus en citant les axes du projet d'aménagement et de développement durables. Elle rappelle le déroulement et le bilan de l'enquête publique, ainsi que les conclusions de la commission d'enquête. Enfin, cette note de synthèse comporte également un point VI intitulé " Modification du dossier à l'issue de l'enquête publique " avec plusieurs thématiques telles que le règlement graphique, les reclassements en zone A ou N, les emplacements réservés, les reclassements entre zone U ou AU, les OAP, le rapport de présentation et les annexes. Par conséquent, le moyen tiré de ce que les conseillers communautaires auraient été insuffisamment informés doit être écarté.

En ce qui concerne la concertation préalable avec le public :

10. Aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 103-3 du même code, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par :() 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. () ". Enfin, l'article L. 600-11 de ce code prévoit que : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées () ".

11. Par délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais alors compétente a fixé les modalités de concertation avec le public durant la phase d'élaboration du PLUi. Au terme de cette délibération, les modalités de la concertation consistent en la création, sur le site internet de la communauté de communes, d'une rubrique dédiée au contenu et à l'état d'avancement du PLUi, la mise à disposition du public au siège de la communauté de communes et dans chaque mairie des communes membres d'un dossier d'information sur le PLUi et d'un registre de concertation donnant aux administrés la possibilité d'inscrire leurs observations et propositions, l'organisation d'au moins 4 réunions publiques et une information sur l'état d'avancement de la procédure d'élaboration dans les bulletins communaux et dans le magazine communautaire.

12. D'une part, la requérante soutient qu'elle n'a pas constaté la réalisation des affichages en ce qui concerne les reunions de concertation annoncée. Toutefois, il ressort notamment du bilan de la concertation annexé à la délibération du 16 juillet 2019 que les modalités de la concertation fixées par la délibération du 17 décembre 2015 ont été respectées. Des affiches, des tracts et des encarts dans les bulletins municipaux ont annoncés les réunions à venir. Un registre a été mis à disposition dans les 17 communes. Six réunions publiques ont été organisées : deux réunions les 21 novembre 2016 (Margencel) et 22 novembre 2016 (Chens-sur-Léman) en phase diagnostic et pour présenter les enjeux, le 29 novembre 2018 à Ballaison pour présenter le PADDi et les 5 mars 2019 (Brenthonne), 6 mars 2019 (Douvaine) et 7 mars 2019 (Sciez-sur-Léman) pour présenter la traduction réglementaire du PADDi. Il ressort du rapport de la commission d'enquête publique (page 8) que les informations sur la procédure d'élaboration ont fait l'objet de 3 parutions dans le magazine communautaire et que la population a pu s'exprimer par courrier, mails et dans les registres prévus à cet effet. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que les modalités de la concertation telles que prévues par la délibération du 17 décembre 2015 n'auraient pas été respectées.

13. D'autre part, la requérante ne peut utilement soutenir que lors d'une réunion publique le support projeté à indiquer que : " Les remarques d'intérêt privé ne seront pas prises en compte dans la phase de concertation " dès lors que cet élément avait simplement pour objet d'expliquer la différence entre la phase de concertation et l'enquête publique. En outre, il ne ressort pas du compte-rendu de cette réunion que des administrés n'ont pu présenter leurs observations ou ont été empêchés alors qu'il est indiqué que la réunion a montré son rôle d'information et d'expression des positions de chacun et que les attentes qui se sont exprimés sont plus personnelles, d'où l'enjeu de la réunion publique de 2019 qui présentera dans le détail les règles d'aménagement et de construction par zones.

14. Enfin, la délibération du 17 décembre 2015 fixant les modalités de la concertation prescrit par l'ex communauté de communes du Bas-Chablais continue à produire ses effets en dépit du changement de statut de la communauté d'agglomération devenue Thonon Agglomération au 1er janvier 2017 comprenant les 17 communes de l'ancienne communauté de communes. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les objectifs prévus dans la délibération du 17 décembre 2015 et notamment de prendre en compte le SCoT et de maîtriser l'urbanisation notamment en limitant la consommation foncière ne seraient pas en adéquation avec les orientations du PADD, document qui évolue nécessairement au fil de la concertation. Le rapport de la commission d'enquête indique que le PADD a fait l'objet de 3 débats successifs et qu'ils ont permis de préciser les orientations et les principes de constructivité sur le territoire, notamment en lien avec la loi littoral. Est également précisé que les enjeux ayant émergés de cette concertation sont développés dans le PADD. Ainsi, dans ces conditions, et alors que la concertation n'a pas pour objet de soumettre au public intéressé un projet élaboré de plan local d'urbanisme mais cette élaboration elle-même, il n'est pas démontré en quoi la concertation aurait été organisée de manière irrégulière.

15. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la concertation doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne le caractère complet du dossier d'enquête publique :

16. D'une part, il ressort tant de l'arrêté du 4 octobre 2019 ordonnant l'ouverture d'une enquête publique sur le projet d'élaboration du PLUi du Bas-Chablais que du rapport de la commission d'enquête publique que le dossier d'enquête publique comportait les avis des personnes publiques associées. Par ailleurs, aucun obstacle juridique ou matériel ne s'opposait à ce que l'avis de de la CDPENAF adressé le 4 novembre 2019 et celui du canton de Genève adressé le 5 novembre 2019 soient versés dans le dossier d'enquête publique alors même que cette dernière avait déjà débuté le 4 novembre, afin que le public, qui disposait alors d'un temps suffisant, en prenne connaissance et formule, le cas échéant, des observations s'y rapportant.

17. D'autre part, l'arrêté du 4 octobre 2019 ordonnant l'ouverture d'une enquête publique sur le projet d'élaboration du PLUi du Bas-Chablais précise que le dossier d'enquête publique comporte les délibérations des communes relatives aux avis qu'elles ont émis sur le dossier du PLUi arrêté le 16 juillet 2019. Il ressort du rapport de la commission d'enquête publique que le dossier comportait également les délibérations des communes membres à l'occasion des débats sur le PADD.

18. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier d'enquête publique doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de l'enquête publique :

19. Aux termes des dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement :

" I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés.(). II. - L'avis mentionné au I est publié sur le site internet de l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête. Si l'autorité compétente ne dispose pas d'un site internet, cet avis est publié, à sa demande, sur le site internet des services de l'Etat dans le département. Dans ce cas, l'autorité compétente transmet l'avis par voie électronique au préfet au moins un mois avant le début de la participation, qui le met en ligne au moins quinze jours avant le début de la participation. III. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête désigne le ou les lieux où cet avis doit être publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé. Pour les projets, sont au minimum désignées toutes les mairies des communes sur le territoire desquelles se situe le projet ainsi que celles dont le territoire est susceptible d'être affecté par le projet. Pour les plans et programmes de niveau départemental ou régional, sont au minimum désignées les préfectures et sous-préfectures. Cet avis est publié quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et pendant toute la durée de celle-ci. Lorsque certaines de ces communes sont situées dans un autre département, l'autorité chargée de l'ouverture de l'enquête prend l'accord du préfet de ce département pour cette désignation. Ce dernier fait assurer la publication de l'avis dans ces communes selon les modalités prévues à l'alinéa précédent. IV. - En outre, dans les mêmes conditions de délai et de durée, et sauf impossibilité matérielle justifiée, le responsable du projet procède à l'affichage du même avis sur les lieux prévus pour la réalisation du projet. Ces affiches doivent être visibles et lisibles de la ou, s'il y a lieu, des voies publiques, et être conformes à des caractéristiques et dimensions fixées par arrêté du ministre chargé de l'environnement ". L'objet de la publicité de l'enquête est d'informer le public, suffisamment à l'avance, de l'existence et du déroulement de l'enquête publique, afin de le mettre en mesure de prendre connaissance du projet et de formuler ses observations.

20. En premier lieu, par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'au 1er janvier 2017, la communauté de communes du Bas-Chablais est devenue Thonon Agglomération. En application des dispositions de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme, Thonon agglomération s'est en conséquence substituée de plein droit à la communauté de communes du Bas-Chablais. Pour autant, il ne ressort d'aucune disposition que l'ensemble des communes de Thonon Agglomération devait être associé et non uniquement celles couvertes par le PLUi en cours d'élaboration.

21. En deuxième lieu, il ressort du rapport de la commission d'enquête, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis d'enquête publique a été publiée dans les journaux d'annonces légales " Le Dauphiné Libéré " et " Le Messager " 15 jours avant le début de l'enquête les 17 et 18 octobre 2019, dans la première semaine de l'enquête le 7 novembre 2019 et qu'un précédent avis a également été publié les 10 et 11 octobre 2019 soit trois semaines avant le début de l'enquête. Il est précisé que l'affichage a été certifié par les maires de chaque commune couverte par le PLUi et que dans certaines communes, des panneaux lumineux ont annoncé les dates de l'enquête et les horaires des permanences. Enfin, il est mentionné que la commission a constaté que l'information s'est déroulée en conformité avec la réglementation et n'a pas relevé d'anomalie. La requérante ne démontre pas que les conditions prévues à l'article R. 123-11 du code de l'environnement n'ont pas été respectées et ils ne découlent pas de cet article que les communes membres de Thonon Agglomération et non couvertes par le PLUi auraient dû également réaliser des mesures de publicité.

22. En troisième et dernier lieu, il ressort de la page 12 du rapport de la commission d'enquête publique que les permanences ont été tenues selon le planning publié, une par commune couverte par le PLUi, 4 dans les villes pôles et une au siège de l'enquête à Ballaison, soit un total de 30 permanences de 3 heures. Une permanence s'est notamment tenue au siège de Thonon Agglomération le 6 décembre 2019 ayant reçu 23 visiteurs où un registre a également été mis à disposition. En outre, le dossier a été mis en ligne sur le site de Thonon agglomération ainsi qu'un registre dématérialisé. En tout état de cause, il résulte du rapport du commissaire enquêteur que de nombreuses observations ont été émises par le public, et il n'est ni soutenu ni établi que des personnes ne se seraient pas rendues aux permanences de la commission d'enquête ou auraient été privées de prendre connaissance du dossier à raison d'un défaut d'information relative à l'ouverture de l'enquête publique ou d'un défaut de mise à disposition du dossier d'enquête publique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance des mesures de publicité de l'enquête publique du fait qu'elle ne s'est pas tenue sur l'ensemble du territoire de Thonon Agglomération alors même que le PLUi ne couvrait pas l'ensemble de ce territoire doit être écarté.

23. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne la participation des autorités suisses :

24. Aux termes de l'article L. 123-7 du code de l'environnement : " Lorsqu'un projet de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements est susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement d'un autre Etat, membre de la Communauté européenne ou partie à la convention du 25 février 1991 sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement dans un contexte transfrontière signée à Espoo, les renseignements permettant l'information et la participation du public sont transmis aux autorités de cet Etat, à la demande de celles-ci ou à l'initiative des autorités françaises. Les autorités de l'Etat intéressé sont invitées à participer à l'enquête publique prévue à l'article L. 123-1 ou à la procédure de participation du public par voie électronique prévue à l'article L. 123-19 ".

25. L'élaboration d'un PLUi ne saurait être assimilé à des travaux, ouvrages ou aménagements susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement d'un autre Etat membre et ne relève pas du champ d'application de l'article L. 123-7 du code de l'environnement dont se prévaut la requérante. En outre, le département des infrastructures du canton de Genève saisi sur le fondement de l'article L. 104-7 du code de l'urbanisme a émis un avis le 5 novembre 2019 sur le projet d'élaboration du PLUi du Bas-Chablais. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-7 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de présentation s'agissant d'un PLUi soumis à enquête environnementale :

26. Aux termes de l'article R.* 123-2-1 du code de l'urbanisme, lorsque le PLU est soumis à évaluation environnementale, le rapport de présentation : " 2° Analyse l'état initial de l'environnement et les perspectives de son évolution en exposant, notamment, les caractéristiques des zones susceptibles d'être touchées de manière notable par la mise en œuvre du plan ; / 3° Analyse les incidences notables prévisibles de la mise en œuvre du plan sur l'environnement et expose les conséquences éventuelles de l'adoption du plan sur la protection des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement, en particulier l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 du code de l'environnement ; () / 5° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement ; () / 7° Comprend un résumé non technique des éléments précédents et une description de la manière dont l'évaluation a été effectuée ". Cet article dispose également que : " Le rapport de présentation est proportionné à l'importance du plan local d'urbanisme, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée ".

27. Il ressort du rapport de présentation que la zone Ap est constituée d'espaces agricoles présentant des sensibilités paysagères et/ou à valeur agricole remarquable et patrimoniale représentés par les parcelles viticoles. Il s'agit d'une zone dont l'objectif est de pérenniser la vocation agricole tout en préservant les sensibilités. La zone Ap a été délimitée en tenant compte des espaces agricoles existants stratégiques, couplés aux sensibilités paysagères/patrimoniales, mais aussi environnementales. Les sensibilités paysagères sont représentées par des points de vue à préserver vers des hameaux et/ou éléments patrimoniaux, vers le lac, les coteaux viticoles, les massifs montagneux. En se bornant à indiquer que l'étude environnementale est insuffisante à défaut de comporter des mesures pour lutter contre l'usage des pesticides dans les vignes, la requérante n'établit pas que le PLUi entrainerait une augmentation de l'usage des pesticides du fait de sa mise en œuvre. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le périmètre du plan local d'urbanisme intercommunal :

28. Aux termes de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme : " L'établissement public de coopération intercommunale mentionné au 1° de l'article L. 153-8 peut achever toute procédure d'élaboration ou d'évolution d'un plan local d'urbanisme ou d'un document en tenant lieu, engagée avant la date de sa création, y compris lorsqu'elle est issue d'une fusion ou du transfert de cette compétence () L'établissement public de coopération intercommunale se substitue de plein droit à la commune ou à l'ancien établissement public de coopération intercommunale dans tous les actes et délibérations afférents à la procédure engagée avant la date de sa création, de sa fusion, de la modification de son périmètre ou du transfert de la compétence. / II. L'établissement public de coopération intercommunale mentionné au I de l'article L. 153-6 peut également délibérer pour étendre à la totalité de son territoire une procédure d'élaboration ou de révision, en application du 1° de l'article L. 153-31, d'un plan local d'urbanisme intercommunal engagée avant la date du transfert de cette compétence, de la modification de son périmètre ou de sa création, y compris lorsque celle-ci résulte d'une fusion () ".

29. La procédure d'élaboration du PLUi a été engagée par le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais par une délibération du 14 novembre 2015. La communauté d'agglomération " Thonon Agglomération " est née au 1er janvier 2017 de la fusion de la communauté de communes du Bas-Chablais et de la communauté de communes des Collines du Léman et de l'intégration de la commune de Thonon-Les-Bains. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme, le nouvel établissement, Thonon Agglomération, a pu, sans que lui soit opposable le principe de couverture intégrale du territoire fixé à l'article L. 151-3 du code de l'urbanisme, décider d'achever l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal initiée par la communauté de communes du Bas-Chablais. Par suite, le moyen tiré de ce que le plan local d'urbanisme intercommunal litigieux ne couvrirait pas l'ensemble du territoire de Thonon Agglomération doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles section A n° 2867 et 2869 :

30. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

31. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir sur le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'erreur manifeste.

32. Bien que bordant une petite zone UD peu dense, les parcelles cadastrées section A 2867 et A 2869 d'une superficie d'environ 1 100 m2 sont dépourvues de toute construction et présentent un caractère naturel. Elles s'ouvrent sur de vastes espaces agricoles non bâtis. Par leurs caractéristiques, elles ne constituent pas une dent creuse et disposent d'un potentiel agricole au sens de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. La circonstance qu'elles ne fassent pas l'objet d'une exploitation agricole, à la supposer établie, n'est pas de nature à leur ôter un potentiel agronomique, biologique ou économique. Par ailleurs, la circonstance que Thonon Agglomération aurait légalement pu retenir un autre classement ne peut être utilement invoquée à l'encontre du classement contesté. Dans ces conditions, et en dépit de ce que les parcelles litigieuses seraient desservies par les réseaux, les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant en zone agricole les parcelles cadastrées litigieuses, conformément à leur souhait d'assurer la préservation des terres agricoles sur le territoire de l'agglomération, de maitriser le développement urbain et de modérer la consommation foncière sur le territoire. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

33. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 25 février 2020.

Sur les frais d'instance :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Thonon Agglomération, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme que demande Thonon Agglomération au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la communauté d'agglomération Thonon Agglomération.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023

La rapporteure,

E. BARRIOL

La présidente,

D. JOURDANLa greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2007046

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