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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007098

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007098

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPROUST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 novembre 2020 et le 6 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Proust, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 septembre 2020 par laquelle la ministre de la transition écologique lui a refusé l'accès à l'installation nucléaire de Framatome ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les droits de la défense et le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, la ministre de la transition énergétique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application de l'article R. 611-11-1.

Par un courrier du 24 mars 2023, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, en cas d'annulation de la décision, d'enjoindre d'office à la ministre de la transition énergétique de réexaminer la situation de M. C ou de lui accorder l'autorisation sollicitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, employé par la société Areva en qualité d'ouvrier depuis 2017, a fait l'objet d'un avis négatif pour accéder à un centre nucléaire de production d'électricité appartenant à la société Framatome, opérateur du site, puis d'une décision de refus d'accès à ce site. Par un courrier du 18 août 2020, il a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la ministre compétente. Par une décision du 25 septembre 2020, son recours administratif préalable obligatoire a fait l'objet d'une décision de rejet. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, les centres nucléaires de production d'électricité constituent, en application des dispositions des articles L. 1332-1 et L. 1332-2 du code de la défense et L. 593-1 du code de l'environnement, des installations et ouvrages d'importance vitale dont l'accès est, en vertu des dispositions de l'article L. 1332-2-1 du code de la défense, soumis à une autorisation préalable de l'opérateur, délivrée dans les conditions et selon les modalités définies aux articles R. 1332-22-1 et suivants du même code. Aux termes de l'article R. 1332-22-1 du code de la défense : " Avant d'autoriser l'accès d'une personne à tout ou partie d'un point d'importance vitale qu'il gère ou utilise, l'opérateur d'importance vitale peut demander par écrit, selon le cas, l'avis : / 1° Du préfet du département dans le ressort duquel se situe le point d'importance vitale ; / 2° De l'autorité désignée par le ministre de l'intérieur pour les opérateurs d'importance vitale du sous-secteur nucléaire ou pour les opérateurs d'importance vitale exploitant les installations nucléaires intéressant la dissuasion ne relevant pas du ministre de la défense au sens de l'article R. * 1411-9 ; / 3° Du ministre de la défense pour les opérateurs d'importance vitale relevant de celui-ci. / Cette demande peut justifier que soit diligentée sous le contrôle de l'autorité concernée une enquête administrative destinée à vérifier que les caractéristiques de la personne physique ou morale intéressée ne sont pas incompatibles avec l'accès envisagé et pouvant donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978. / La demande d'avis mentionnée aux alinéas précédents concerne l'accès aux parties des points d'importance vitale déterminées à cette fin dans les plans particuliers de protection ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 311-5 de ce code : " Ne sont pas communicables : / () / 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / a) Au secret des délibérations du Gouvernement et des autorités responsables relevant du pouvoir exécutif ; / b) Au secret de la défense nationale ; / c) A la conduite de la politique extérieure de la France ; / d) A la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations ; / () ; / f) Au déroulement des procédures engagées devant les juridictions ou d'opérations préliminaires à de telles procédures, sauf autorisation donnée par l'autorité compétente ; / g) A la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; / h) Ou sous réserve de l'article L. 124-4 du code de l'environnement, aux autres secrets protégés par la loi ".

4. Il résulte des dispositions précitées aux points 2 et 3 ci-dessus que la décision par laquelle le ministre de la transition écologique rejette, sur le fondement de l'article R. 1332-33 du code de la défense, un recours administratif préalable obligatoire dirigé contre une décision interdisant l'accès à un centre nucléaire, installation d'importance vitale, doit être motivée, sauf à ce que la communication des motifs de cette décision soit de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'autorisation d'accès au centre nucléaire de production d'électricité concerné, la ministre de la transition écologique s'est fondée sur l'enquête administrative diligentée par le commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire (CoSSeN), qui a relevé que le fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) mentionne que M. C a été mis en cause pour " usage illicite de stupéfiant, détention non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants " le 15 mai 2019 ainsi que pour " importation sans autorisation préalable de matériel, arme ou munition provenant d'un état tiers à l'Union européenne et modification d'une arme entraînant un changement de sa catégorie " le 21 janvier 2019. Les éléments relatifs à cette seconde mention ne révèlent pas l'existence d'une suspicion de trafic d'armes ou d'un projet d'utilisation particulière, mais une utilisation à titre individuel, étant précisé qu'il ressort des pièces du dossier que M. C était par ailleurs titulaire d'une licence de la fédération française de tir pour la saison 2018-2019. Dans ces circonstances, ces faits, qui relèvent du droit commun, ne sauraient être regardés comme portant atteinte à l'un des secrets ou des intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, il n'est pas établi que la décision attaquée pouvait relever de l'exception prévue par les dispositions précitées du 7° de l'article L. 211-2 du même code. Par suite, en se bornant à indiquer que " les éléments fournis à votre égard par le service enquêteur nous apparaissent incompatibles avec votre présence sur un site nucléaire et avec le travail que vous êtes censé y effectuer ", la décision litigieuse ne mentionne pas les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, M. C est fondé à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 septembre 2020 de la ministre de la transition écologique.

Sur l'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

8. L'annulation de la décision attaquée implique, eu égard à son motif, que la ministre de la transition énergétique réexamine la situation de M. C. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 septembre 2020 du ministre de la transition écologique est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre de la transition énergétique de réexaminer la situation de M. C.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre de la transition énergétique.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

J-P. WYSSLa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la ministre de la transition énergétique en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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