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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007227

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007227

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 décembre 2020 et 10 mars 2021, M. A C, représenté par Me Mollion, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le maire de Ponsas s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux déposée le 21 juillet 2020, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Ponsas de lui délivrer une décision de non-opposition dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ponsas la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence négative ;

- le maire de la commune a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme n'est pas fondé, la construction projetée ne constituant pas un bâtiment et étant située, en tout état de cause, aux droits immédiats de la parcelle cadastrée B n°180.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 janvier 2021 et le 29 mars 2021, la commune de Ponsas, représentée par Me Bard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. C n'a jamais résidé à Ponsas et ne justifie pas être propriétaire d'une maison située sur la parcelle cadastrée B n°181 ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé une déclaration préalable pour la régularisation de travaux d'agrandissement d'une terrasse existante d'une surface supplémentaire de 14,5 m², réalisés sans autorisation. Par l'arrêté du 25 août 2020, le maire de Ponsas s'est opposé à cette déclaration préalable de travaux au motif que le projet méconnaissait les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-17 du code de l'urbanisme. M. C demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. M. C, qui est le destinataire de la décision d'opposition à sa déclaration préalable, a nécessairement intérêt pour agir à son encontre. Au demeurant, il établit, par la production d'un extrait de l'acte de vente du 14 février 2020, être propriétaire d'une maison située sur la parcelle cadastrée section B n°181. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

3. Pour s'opposer à la déclaration préalable de M. C, le maire de Ponsas s'est fondé¸ en s'appuyant sur une étude réalisée par Artélia en 2016, sur le fait que l'extension de la terrasse qui entraîne l'extension du rez-de chaussée conduit à une aggravation de la vulnérabilité des personnes et des biens.

4. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé en zone d'aléa inondation modéré, la terrasse litigieuse est surélevée d'un étage par rapport au niveau du sol exposé directement au risque d'inondation et aucun document contraignant à valeur règlementaire ne prohibe un tel projet. Si le maire de la commune se prévaut, dans l'arrêté attaqué, d'une étude d'inondabilité de la Galaure et du Riverolles réalisée par Artélia en 2016, il ne l'a pas produite malgré une mesure d'instruction effectuée en ce sens. Le document produit relatif aux règles édictées par la direction départementale des territoires de la Drôme en septembre 2020, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, n'interdit en tout état de cause en zone Rh3 où se situent les travaux en litige ni l'extension au sol des constructions existantes à usage d'habitation ni la création d'un garage individuel fermé sous la cote de référence dont la superficie ne dépasse pas 20 m² ni la réalisation d'un premier niveau non habitable. Dans ces conditions, et alors que l'espace couvert par la terrasse litigieuse pouvait déjà servir de stationnement pour un véhicule ou être utilisé pour du stockage, les travaux objet de la déclaration préalable n'aggravent pas la vulnérabilité déjà existante de cet espace. Par suite, le maire a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne la légalité du motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme :

6. Pour s'opposer à la déclaration préalable de M. C, le maire de Ponsas s'est fondé sur le fait que certains points de l'extension projetée sont à une distance de moins de trois mètres de la limite parcellaire est.

7. Aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ".

8. S'il ressort des pièces du dossier que l'agrandissement de la terrasse ne constitue pas, compte tenu de sa configuration, un élément de construction dissociable de la maison pour l'application de la disposition ci-dessus rappelée, l'extension de la terrasse en cause jouxte la limite parcellaire B n°180 et est située à plus de trois mètres de la limite séparative est. Par suite, le maire de C a méconnu l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 août 2020 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement censure les motifs opposés par le maire de Ponsas à la déclaration préalable déposée par M. C. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à cette demande interdiraient de prononcer d'office une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Ponsas de délivrer le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant de l'obtention d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable de M. C, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la commune de Ponsas au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Ponsas une quelconque somme au titre des frais exposés par les parties et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 25 août 2020 et la décision implicite rejetant le recours gracieux de M. C sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au maire de Ponsas de délivrer à M. C le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant de l'obtention d'une décision de non-opposition à sa déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Ponsas.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

A. D

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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