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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007243

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007243

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLABORIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Laborie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2020 par lequel le maire de la commune de Bourgoin-Jallieu a refusé de lui accorder un permis de construire pour une extension de 38,86 m² sur une surface existante de 39,14 m², et la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 3 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bourgoin-Jallieu de lui délivrer le permis de construire sollicité ou à défaut, de réexaminer sa demande, en sollicitant si nécessaire des pièces complémentaires ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourgoin-Jallieu une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait lorsqu'il indique que la maison existante a été construite sans autorisation après le refus de permis de construire le 5 mai 2015 ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme relatif à la prescription décennale des constructions dès lors que la construction acquise en 2007 est couverte par la prescription décennale sans qu'y fasse obstacle l'existence de risques ;

- la commune de Bourgoin-Jallieu a commis une erreur en considérant que l'extension projetée est située en zone d'aléa fort et moyen de glissement de terrain ; la réglementation de la zone concernée du plan de prévention des risques naturels autorise les constructions ;

- à supposer que la construction se situe en zone G3, elle pouvait faire l'objet d'une extension limitée prévue par l'article 4 du règlement du plan de prévention des risques naturels ;

- l'aléa ruissellement sur versant l'a induit en erreur ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en l'absence de risque avéré sur la parcelle en cause et alors que le permis aurait pu faire l'objet de prescriptions ;

- les éléments signalés comme manquant dans la décision litigieuse étaient superfétatoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021 la commune de Bourgoin-Jallieu conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2022.

Par courrier du 23 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que le maire était en situation de compétence liée pour refuser le permis de construire, dès lors que la demande ne portait pas sur l'ensemble du bâtiment, incluant la maison construite irrégulièrement et l'extension projetée.

Par des courriers des 27 et 29 février 2024 la commune de Bourgoin-Jallieu a présenté des observations sur ce moyen.

Par un courrier du 28 février 2024 M. B a présenté des observations sur ce moyen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Vial-Grelier représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, propriétaire de la parcelle AS 354 sise au 4 chemin de Bois Martel à Bourgoin-Jallieu a déposé deux demandes de permis de construire une maison d'habitation qui ont été rejetées par deux arrêtés du 27 janvier 2014 et du 6 mai 2015 en raison de l'existence de risques naturels sur le terrain. Le 23 février 2017, un procès-verbal d'infraction a été dressé à son encontre, constatant l'édification d'une maison d'habitation sans autorisation. M. B a ensuite déposé deux déclarations préalables de travaux, portant respectivement sur une extension de 20 m² et 39 m² sur sa maison, auxquelles le maire a fait opposition par arrêtés du 11 juin 2019 et du 7 octobre 2019 au motif que le pétitionnaire était tenu de déposer une demande d'autorisation portant sur l'ensemble de la construction, incluant la maison construite irrégulièrement et l'extension projetée. Enfin, M. B a déposé une demande de permis de construire pour une extension de 38,86 m² pour une surface existante de 39,14 m². Par un arrêté du 8 avril 2020, ce permis lui a été refusé. Par courrier du 31 juillet 2020, reçu le 4 août 2020, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par sa requête, il en sollicite l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la compétence liée :

2. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

3. Il appartient au pétitionnaire d'apporter la preuve de l'existence légale de sa construction, au moment où il envisage d'y réaliser des aménagements soumis à déclaration ou à autorisation. La construction est considérée légale si elle a été construite avant la loi du 15 juin 1943 relative au permis de construire ou conformément à une législation applicable à l'époque de la construction ou conformément au permis de construire accordé.

4. En premier lieu, en l'espèce, le projet déclaré par M. B consiste en une extension de 38,86 mètres carrés sur une maison existante de 39,14 mètres carrés. M. B se prévaut d'un compromis de vente en date du 5 septembre 2006 mentionnant l'existence d'un bâtiment sur le terrain qui lui a été vendu. Toutefois, M. B ne produit aucun élément de nature à démontrer que la maison existante a été édifiée en exécution d'un permis de construire, et n'établit pas ni même n'allègue qu'elle a été bâtie avant 1943.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ".

6. Ainsi qu'il vient d'être dit, aucun élément ne permet d'établir que la construction existante, a été réalisée sous l'empire d'un permis de construire et il ressort des pièces du dossier que par son ampleur et notamment sa surface, un tel permis était requis pour son édification, ce qui n'est d'ailleurs par contesté par M. B. En application du 5° de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme précité la construction ne pouvait être régularisée sous l'effet du seul écoulement du temps. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, à supposer même que cette construction fût achevée depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, aucun élément du dossier ne permet de justifier de sa régularité.

7. En application des principes rappelés au point 2 ci-dessus, la demande de permis de construire de M. B devait dès lors porter sur l'ensemble du bâtiment, incluant à la fois la construction irrégulière et l'extension projetée. Le maire ainsi était tenu de refuser le permis de construire qui ne portait pas sur la totalité des éléments édifiés sans autorisation.

8. Il en résulte que l'ensemble des moyens soulevés par M. B doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions à fin d'annulation de M. B devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution.

10. Ses conclusions tendant à ce que soit mise à charge de la commune de Bourgoin-Jallieu une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bourgoin-Jallieu.

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le président,

P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,

E. Beytout

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20072432

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