jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BOUHALASSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2020, M. C B, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :
1°) d'annuler :
- l'arrêté en date du 1er octobre 2020 par lequel le préfet de l'Isère lui a interdit d'exercer contre rémunération les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport auprès des mineurs dans l'activité parapente jusqu'au 15 novembre 2028 ;
- l'arrêté en date du 13 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Isère lui a interdit jusqu'au 15 novembre 2028, d'exercer quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles, d'exploiter des locaux les accueillant et de participer à l'organisation de ces accueils jusqu'au 15 novembre 2028 ;
- la mise en demeure que lui a adressé le préfet de l'Isère le 5 octobre 2020 lui demandant de mettre fin à son activité de gérant et d'en justifier sous deux mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité administrative incompétente ;
- ils sont entachés d'un vice de procédure tenant à l'absence de respect de la procédure contradictoire ;
- les arrêtés attaqués et la demande de mettre fin à son activité de gérant sont disproportionnés et entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
Une mise en demeure a été adressée le 18 juin 2021 au préfet de l'Isère en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tiré de :
- l'inopérance de l'ensemble des moyens dirigés contre le courrier du préfet du 5 octobre 2020 mettant en demeure M. B de mettre un terme à son activité au sein de l'entreprise "Envie d'Ailes" en raison de la compétence liée du préfet sur ce point ;
- ce que en prenant l'arrêté du 1er octobre 2020 en application de l'article L. 212-13 du code du sport, le préfet de l'Isère a méconnu le champ d'application de la loi dès lors que seules les dispositions de l'article L. 212-9 du même code étaient applicables du fait de la condamnation pénale de M. B ;
- la compétence liée du préfet pour prendre la décision du 1er octobre 2020 d'exercer contre rémunération les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport en application de l'article L. 322-1 du code du sport. L'ensemble des moyens dirigés contre cette décision à l'appui des conclusions tendant à son annulation sont inopérants.
- la compétence liée du préfet pour prendre la décision du 1er octobre 2020 d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport en application de l'article L. 212-9 du code du sport. L'ensemble des moyens dirigés contre cette décision à l'appui des conclusions tendant à son annulation sont dès lors inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du sport ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry,
- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce des fonctions d'éducateur sportif au sein de l'établissement d'activités physiques et sportives dénommé " Envie d'ailes ", dont il est le directeur et gérant qui est susceptible d'accueillir des mineurs. Il a été condamné à une peine de réclusion criminelle pour viol, agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans et corruption de mineur par un arrêt du 15 novembre 2017 de la cour d'assises d'appel de la Drôme, devenu définitif à la suite du rejet le 9 janvier 2019 du pourvoi en cassation formé contre cet arrêt.
2. Par un arrêté du 1er octobre 2020, pris après avis de la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative du 29 septembre 2020, le préfet de l'Isère a interdit à M. B d'exercer contre rémunération les fonctions d'animation ou d'encadrement d'une activité physique ou sportive ou d'entraînement de pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle auprès des mineurs dans l'activité parapente jusqu'au 15 novembre 2028.
3. Par un arrêté du 13 octobre 2020, le préfet de l'Isère lui a également interdit jusqu'au 15 novembre 2028 l'exercice d'une quelconque fonction auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code l'action sociale et des familles, d'exploiter des locaux les accueillant et de participer à l'organisation de ces accueils.
4. Enfin, par un courrier du 5 octobre 2020, qui doit être regardé comme une mise en demeure, le préfet de l'Isère a informé M. B, qu'il ne pouvait plus assurer son activité de gérant de l'établissement " Envie d'ailes " et lui a demandé de " mettre fin à son activité de gérant " et d'en justifier sous deux mois par l'envoi de la copie des formalités légales de publicité de démission de dirigeant effectuées auprès du registre du commerce et des sociétés.
5. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés et de la mise en demeure.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 1er octobre 2020
6. Le code du sport dispose dans sa rédaction applicable au présent litige, à son article L. 212-1, que : " I. - Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du présent article et de l'article L. 212-2 du présent code, les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle : / 1° Garantissant la compétence de son titulaire en matière de sécurité des pratiquants et des tiers dans l'activité considérée ; () " à son article L. 212-13, que : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1. / L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-2 de cesser son activité dans un délai déterminé. / Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois. (). " et, à son article L. 212-9, que : " I. - Nul ne peut exercer les fonctions mentionnées au premier alinéa de l'article L. 212-1 à titre rémunéré ou bénévole, s'il a fait l'objet d'une condamnation pour crime ou pour l'un des délits prévus : () / 2° Au chapitre II du même titre II, à l'exception du premier alinéa de l'article 222-19 () " Au titre de ces condamnations figurent celles dont a fait l'objet M. B, mentionnée ci-dessus.
7. Compte tenu de cette condamnation, le préfet de l'Isère était, en vertu des dispositions de l'article L. 212-9 relatives à l'obligation d'honorabilité à laquelle doit se conformer tout enseignant du sport, en situation de compétence liée pour mettre fin aux fonctions de M. B d'éducateur sportif au sein de l'établissement d'activités physiques et sportives dénommé " Envie d'ailes " ou de tout autre établissement.
8. Par suite, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 212-13 pour mettre fin à ces fonctions, le préfet de l'Isère a méconnu le champ d'application de la loi.
9. Toutefois, lorsque le juge de l'excès de pouvoir constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, il peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
10. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 7, le préfet était tenu, en vertu de l'article L. 212-9 du code du sport, précité, de mettre un terme aux fonctions de M. B mentionnées au premier alinéa de l'article L. 212-1 du même code, également précité.
11. Compte tenu de la compétence liée du préfet, l'ensemble des moyens soulevés contre l'arrêté du 1er octobre 2020 sont inopérants et les conclusions à fin d'annulation de M. B contre cet arrêté ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne le courrier de mise en demeure du 5 octobre 2020 :
12. Aux termes de l'article L. 322-1 du code du sport : " Nul ne peut exploiter soit directement, soit par l'intermédiaire d'un tiers, un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives s'il a fait l'objet d'une condamnation prévue à l'article L. 212-9 ". Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. B a fait l'objet d'une condamnation prévue à l'article L. 219-9 du code du sport. Il en résulte que le préfet de l'Isère était également en situation de compétence liée pour mettre en demeure M. B de mettre un terme à son activité de gérant de l'établissement " Envie d'ailes ". Dès lors, l'ensemble des moyens soulevés par M. B contre le courrier de mise en demeure du 5 octobre 2020 sont inopérants. Ils ne peuvent qu'être écartés et ses conclusions à fin d'annulation qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 13 octobre 2020 :
13. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " La mesure d'interdiction prise à l'encontre de M. B par le préfet de l'Isère par son arrêté du 13 octobre 2020 est au nombre de celles qui, en application de ces dispositions sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable.
14. Aux termes de l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles " A avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer à l'encontre de toute personne dont la participation à un accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ou à l'organisation d'un tel accueil présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4, ainsi que de toute personne qui est sous le coup d'une mesure de suspension ou d'interdiction d'exercer prise en application de l'article L. 212-13 du code du sport, l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils. "
15. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet de l'Isère a informé M. B de son intention de lui interdire d'exercer quelque fonction que ce soit auprès des mineurs accueillis dans le cadre des dispositions de l'article L. 227-4 du code l'action sociale et des familles, d'exploiter des locaux les accueillant et de participer à l'organisation de ces accueils jusqu'au 15 novembre 2028.
16. Dans ces conditions M. B est fondé à soutenir qu'il a été privé d'une garantie en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et à demander, pour ce motif, l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2020.
Sur les frais non compris dans les dépens :
17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros qu'il paiera à M. B, au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2020 du préfet de l'Isère interdisant à M. B, l'exercice d'une quelconque fonction auprès des mineurs, d'exploiter des locaux les accueillant et de participer à l'organisation de ces accueils jusqu'au 15 novembre 2028 est annulé.
Article 2 :L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le président,
P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,
E. Beytout
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20073482
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026