jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PY CONSEIL SOCIETE D'AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 12 mai 2024, M. B A, représenté par Me Py, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 du maire de la commune de Biviers refusant d'abroger l'arrêté interruptif de travaux n° 2016-07 du 27 octobre 2016 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Biviers d'annuler l'arrêté interruptif de travaux n° 2016-07 du 27 octobre 2016 ;
3°) de mettre à la charge de commune de Biviers la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision du 2 octobre 2020 est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme qui place le maire en situation de compétence liée lorsqu'un classement sans suite est intervenu ; elle est fondée sur une décision inexistante ou hypothétique puisque le procureur de la République n'a pas pris d'acte formalisant la reprise des poursuites abandonnées suite au classement sans suite du 22 mars 2019 ;
- les infractions qui lui sont reprochées, ayant donné lieu à la rédaction du procès-verbal de constat d'infractions du 6 septembre 2016 et sur lesquelles reposent l'arrêté interruptif de travaux du 27 octobre 2016, ne sont pas caractérisées.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet 2021 et 12 avril 2024, la commune de Biviers, représentée par la SCP Fessler-Jorquera et associés, agissant par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
La commune de Biviers fait valoir que :
-à la date du 2 octobre 2020, le procureur de la République n'avait pas abandonné les poursuites pénales, si bien que le maire n'était pas tenu de faire droit à la demande d'abrogation ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée le 28 février 2024 au préfet de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 16 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixé au 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Paillet-Augey,
- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,
- et les observations de Me Duca, représentant M. A, et de Me Fessler représentant la commune de Biviers.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 25 février 2013, le maire de la commune de Biviers a accordé un permis de construire à M. A pour la rénovation d'un bâtiment ancien situé sur sa propriété, sis 1134, chemin des Chevalières. Une déclaration d'ouverture de chantier a été déposée le 3 mai 2016. Après avoir constaté que les travaux réalisés excédaient le champ de l'autorisation qui lui avait été délivrée et dressé un procès-verbal d'infraction le 6 septembre 2016, le maire de la commune de Biviers l'a, par arrêté du 27 octobre 2016, mis en demeure d'interrompre les travaux entrepris en méconnaissance du permis de construire qui lui avait été accordé et a saisi le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Grenoble (devenu tribunal judiciaire). A l'issue de l'enquête menée par ce dernier, un avis de classement sans suite a été pris le 22 mars 2019. Par un jugement n°1607488 du 28 novembre 2019, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté le recours de M. A sollicitant l'annulation de l'arrêté interruptif de travaux. Ce jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon par un arrêt du 14 décembre 2021, puis par le conseil d'Etat le 23 septembre 2022. Dès le 24 août 2020, M. A a demandé au maire de la commune de Biviers d'abroger l'arrêté du 27 octobre 2016, joignant à sa demande l'avis de classement du procureur. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le maire de la commune de Biviers a refusé de faire droit à sa demande d'abrogation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le maire de la commune de Biviers a refusé d'abroger l'arrêté interruptif de travaux du 27 octobre 2016, qui fait apparaitre les raisons de droit et de fait pour lesquelles elle refuse de faire droit à la demande d'abrogation, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut (), si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. () / L'autorité judiciaire peut à tout moment, d'office ou à la demande, soit du maire ou du fonctionnaire compétent, soit du bénéficiaire des travaux, se prononcer sur la mainlevée ou le maintien des mesures prises pour assurer l'interruption des travaux. En tout état de cause, l'arrêté du maire cesse d'avoir effet en cas de décision de non-lieu ou de relaxe. / Le maire est avisé de la décision judiciaire et en assure, le cas échéant, l'exécution. / Lorsque aucune poursuite n'a été engagée, le procureur de la République en informe le maire qui, soit d'office, soit à la demande de l'intéressé, met fin aux mesures par lui prises. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 480-4 de ce code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 40-3 du code de procédure civile : " Toute personne ayant dénoncé des faits au procureur de la République peut former un recours auprès du procureur général contre la décision de classement sans suite prise à la suite de cette dénonciation. Le procureur général peut, dans les conditions prévues à l'article 36, enjoindre au procureur de la République d'engager des poursuites. S'il estime le recours infondé, il en informe l'intéressé ". Aux termes de l'article 37 de ce même code : " Le procureur général a autorité sur tous les officiers du ministère public du ressort de la cour d'appel. A l'égard de ces magistrats, il a les mêmes prérogatives que celles reconnues au ministre de la justice à l'article précédent. ".
5. Il résulte des dispositions précitées que lorsque le procureur de la République abandonne les poursuites qu'il avait engagées, le maire est tenu de mettre fin, d'office ou à la demande de l'intéressé, aux mesures prises par lui. Une décision de classement sans suite n'est pas un acte juridictionnel et n'a pas l'autorité de la chose jugée. Le procureur, qui a le libre exercice de l'action publique peut, jusqu'à l'expiration du délai de prescription, revenir sur son appréciation et exercer des poursuites sans avoir à justifier de la survenance de faits nouveaux.
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 mars 2019, le parquet de Grenoble a classé sans suite la procédure engagée contre M. A, estimant l'infraction insuffisamment caractérisée. Toutefois, à la suite du recours du maire de la commune de Biviers contre ce classement sans suite, formé le 24 janvier 2020, le procureur général de la cour d'appel de Grenoble a enjoint au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grenoble d'engager des poursuites sur le fondement de l'article 40-3 du code de procédure civile. En réponse à ce courrier, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grenoble a indiqué, le 14 février 2020, qu'il " entendait revoir la décision de classement sans suite prise initialement et engager des poursuites pénales ". Par la suite, dans un courrier du 26 février 2020, le procureur général de la cour d'appel de Grenoble a porté ces éléments à la connaissance du maire de la commune de Biviers. Ce courrier du 26 février 2020 était joint à la décision attaquée du 2 octobre 2020 et, par conséquent, a été porté à la connaissance de M. A.
7. A la date de la décision attaquée, le 2 octobre 2020, le procureur général de la cour d'appel de Grenoble, en sa qualité de supérieur hiérarchique, avait ainsi décidé de reprendre les poursuites. Par un jugement du 4 janvier 2024 postérieur à la décision attaquée, M. A a d'ailleurs été condamné par le tribunal judiciaire de Grenoble à une peine de 10 000 euros d'amende pour avoir commis, entre le 3 mai 2016 et le 2 septembre 2016, l'infraction qui lui était reprochée. Ainsi, à la date de la décision attaquée, contrairement à ce qui est soutenu, les poursuites ne pouvaient être regardées comme ayant été abandonnées au sens de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme.
8. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 2 octobre 2020 est fondée sur une décision inexistante ou hypothétique, faute d'un retrait du classement sans suite du 22 mars 2019 ou d'une décision formelle du procureur de la République de ne pas abandonner les poursuites.
9. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Biviers a méconnu les dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme en rejetant la demande d'abrogation dont l'avait saisi M. A doit être écarté dans ses deux branches.
10. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que les infractions reprochées à M. A ne sont pas caractérisées, qui n'a pas pour effet de contester la reprise des poursuites, est inopérant.
11. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 2 octobre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A.
Sur les conclusions relatives aux frais de procès :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Biviers qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En tout état de cause, l'arrêté attaqué ayant été pris au nom de l'Etat par le maire de la commune de Biviers, cette dernière n'est pas partie à l'instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme de 1 500 euros à la commune de Biviers au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versa à la commune de Biviers une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Biviers et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
C. Paillet-Augey Le président,
P. Thierry
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20073752
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026