vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PLUNIAN |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête, enregistrée sous le numéro 2007465, le 11 décembre 2020, la société par actions simplifiée (SAS) Les terres d'Anthoine, représentée par Me Bouttemy-Ducrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020, par lequel le maire de la commune de La Rivière-Enverse a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020, par lequel le maire de la commune de La Rivière-Enverse a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) d'enjoindre à la commune de La Rivière-Enverse, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de la commune de La Rivière-Enverse une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a bénéficié d'un permis tacite à compter du 1er août 2020 ;
- la commune n'a pas procédé à un retrait du permis de construire obtenu tacitement mais à un refus de permis de construire ce qui est illégal ;
- l'arrêté du 13 août 2020 est illégal par exception d'illégalité du plan local d'urbanisme, en ce que celui-ci est entaché d'une méconnaissance des articles L. 2121-10 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, des articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme et méconnaît l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;
- le classement de la parcelle terrain d'assiette du projet en zone A est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal ;
- la commune a commis une erreur en intitulant " refus de permis de construire " l'arrêté du 20 octobre 2020 qui ne peut être qu'un retrait de permis tacite.
La commune de La Rivière-Enverse n'a pas produit de mémoire en défense.
II- Par une requête, enregistrée sous le numéro 2007466, le 11 décembre 2020 et un mémoire du 31 juillet 2021, la SAS Les terres d'Anthoine, représentée par Me Bouttemy-Ducrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020, par lequel le maire de la commune de La Rivière-Enverse a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020, par lequel le maire de la commune de La Rivière-Enverse a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) d'enjoindre à la commune de La Rivière-Enverse, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de la commune de La Rivière-Enverse une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune ne produit pas la délibération du conseil municipal habilitant le maire à défendre dans le cadre d'un contentieux ;
- elle a bénéficié d'un permis tacite à compter du 7 août 2020 qui est définitif faute d'avoir fait l'objet d'un retrait conforme aux dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et aux articles L. 242-1 et suivants, L. 211-1 et suivants et L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ; la décision du 13 août 2020 a été prise sans que la procédure contradictoire ne soit respectée ; le permis tacitement obtenu n'est pas illégal et ne pouvait, par conséquent, être retiré par la décision du 20 octobre 2020 ;
- l'arrêté du 13 août 2020 est illégal par exception d'illégalité du plan local d'urbanisme, en ce que celui-ci est entaché d'une méconnaissance des articles L. 2121-10 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, des articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme et méconnaît l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;
- le classement de la parcelle terrain d'assiette du projet en zone A est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal ;
- la commune a commis une erreur en intitulant " refus de permis de construire " l'arrêté du 20 octobre 2020 qui ne peut être qu'un retrait de permis tacite ; elle ne pouvait retirer le permis tacite sans respecter la procédure contradictoire ;
- l'arrêté est entaché des mêmes illégalités que celui du 13 août 2020 et sera annulé pour les mêmes raisons.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2021, la commune de La Rivière Enverse, représentée par Me Plunian, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la formalité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'a pas été accomplie ;
- la requête est irrecevable pour défaut de qualité pour agir et est tardive ;
- les moyens soulevés par la société Les terres d'Anthoine ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, le 6 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre la décision de refus de permis de construire du 13 aout 2020 sont irrecevables dès lors que cet arrêté a été retiré par l'arrêté du 20 octobre 2020.
L'affaire a été appelée à l'audience du 12 février 2024.
Une note en délibéré présentée par la commune de La Rivière Enverse a été enregistrée le 13 février 2024 dans l'instance n° 2007466 et a été communiquée.
L'instruction a été rouverte et les deux affaires ont été renvoyées à l'audience du 25 mars 2024.
Dans l'instance 2007465, la commune de La Rivière Enverse a produit un mémoire en défense le 22 février 2024, qui n'a pas été communiqué.
Dans l'instance 2007466, la SAS les terres d'Anthoine a produit un mémoire le 5 mars 2024 qui a été communiqué au terme duquel elle indique que la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors que l'avis d'envoi d'un courrier recommandé ne suffit pas à démontrer qu'elle aurait effectivement reçu le courrier.
La commune de La Rivière Enverse a produit le 8 mars 2024 dans les deux instances, à la demande du tribunal, l'accusé de réception des courriers des 22 septembre 2020 envoyés le 23 septembre 2020 transmis à la société pour chacun des permis de construire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :
- le rapport de Mme Barriol,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Plunian, représentant la commune de La Rivière Enverse.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2007465 et 2007466 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Le 15 novembre 2019, la SAS Les terres d'Anthoine a déposé une demande de permis de construire pour édifier un bâtiment à usage d'habitation comprenant quatre appartements sur un terrain situé " Les Pornesses Ouest " sur la commune de La Rivière-Enverse pour une surface de plancher de 538 m2. Le 26 février 2020, le même pétitionnaire a déposé une nouvelle demande de permis de construire sur la même parcelle pour édifier un bâtiment à usage d'habitation comprenant quatre appartements pour une surface de plancher de 1076 m2. Par deux arrêtés du 13 août 2020, le maire de la commune de La Rivière-Enverse a refusé les permis de construire sollicités. Par deux arrêtés du 20 octobre 2020, le maire de la commune de La Rivière-Enverse a refusé à nouveau les permis de construire. La SAS Les terres d'Anthoine demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la recevabilité du mémoire en défense de la commune dans la requête n° 2007466 :
3. En cours d'instance, la commune de La Rivière-Enverse a versé aux débats la délibération du 27 mai 2020 par laquelle son conseil municipal a habilité le maire à agir en justice en application du 16° de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales. En conséquence, contrairement à ce soutient la société requérante, le mémoire en défense de la commune de La Rivière-Enverse est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 20 octobre 2020 :
En ce qui concerne la nature des arrêtés du 20 octobre 2020 :
4. Les arrêtés du 20 octobre 2020 procèdent au retrait des arrêtés du 13 août 2020 intervenus sans procédure contradictoire, au retrait des permis tacites précédemment obtenus, dans le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et enfin refusent les deux permis de construire déposés par la SAS Les terres d'Anthoine. La circonstance que les arrêtés du 20 octobre 2020 se présentent comme des refus de permis de construire et non comme des décisions de retraits est sans incidence sur la légalité des décisions. Il ressort sans ambiguïté de ces deux arrêtés du 20 octobre 2020 que l'intention du maire était de retirer les permis de construire tacitement obtenus dès lors qu'il en fait mention dans les visas et qu'il a également procédé à une procédure contradictoire avant de procéder à leur retrait.
En ce qui concerne le vice de procédure :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " () doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (). ". Et aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".
6. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations.
7. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis de construire que l'autorité administrative entend rapporter. Eu égard à la nature et aux effets d'un tel retrait, le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, oblige l'autorité administrative à mettre en œuvre la procédure contradictoire préalable à cette décision de retrait de manière à éviter que le bénéficiaire du permis ne soit privé de cette garantie.
8. Il n'est pas contesté que deux permis tacites sont nés au profit de la SAS Les terres d'Anthoine, l'un le 1er août 2020 s'agissant du dossier de permis de construire n° PC 074 223 19 C0009 et l'autre le 7 août 2020 (n° PC 07422320 C 0001), à l'expiration du délai de trois mois à compter de la réception en mairie d'un dossier complet dont les délais d'instruction ont été prorogés en raison de la situation sanitaire en application de l'article 12 ter de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020. Les décisions de refus des deux permis de construire du 13 août 2020 doivent ainsi être regardées comme procédant au retrait de ces autorisations obtenues tacitement. Toutefois, ces deux arrêtés du 13 août 2020 qui n'ont pas été précédés d'une procédure contradictoire ont eux-mêmes été retirés par les arrêtés du 20 octobre 2020. Or, les arrêtés du 20 octobre 2020 ont bien été, quant à eux, précédés d'une procédure contradictoire dès lors que par courrier des 22 septembre 2020 envoyés le 23 septembre 2020 dont la commune produit les accusés de réception, cette dernière a transmis à la société deux courriers pour chacun des permis de construire l'informant de son intention de retirer les permis de construire tacites. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme :
9. Aux termes de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme : " L'illégalité pour vice de forme ou de procédure d'un schéma directeur, d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan d'occupation des sols, d'un plan local d'urbanisme, d'une carte communale ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ne peut être invoquée par voie d'exception, après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet du document en cause ". Aux termes de l'article L. 153-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire qui n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, ou lorsqu'il comporte des dispositions tenant lieu de programme local de l'habitat, il est publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. Il devient exécutoire à l'issue d'un délai d'un mois à compter de sa transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat. "
10. Aux termes du I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ". Aux termes de l'article 6 : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 7 : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ".
11. Si le plan local d'urbanisme de la commune de La Rivière-Enverse a été approuvé par une délibération du 13 février 2020, qui a été réceptionnée par la préfecture de la Haute-Savoie le 27 février 2020 il devenait donc exécutoire pendant la période d'urgence sanitaire. Il résulte des dispositions de l'ordonnance relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période que le délai de six mois, initialement imparti au requérant pour faire valoir une illégalité pour vice de forme ou de procédure d'un plan local d'urbanisme invoquée par voie d'exception, a été reportée au 24 juin 2020, et a donc expiré le 24 décembre 2020. Ainsi, les moyens soulevés par voie d'exception à l'encontre du plan local d'urbanisme sont opérants et doivent être écartés.
S'agissant des modalités de convocation et l'information des conseillers municipaux :
12. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse ". Aux termes de l'article L. 2121-11 du même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion () ". L'article L. 2121-13 du même code affirme le droit de tout membre du conseil municipal d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération.
13. D'une part, il ressort des mentions de la délibération litigieuse qui font foi jusqu'à preuve du contraire que le conseil municipal a été régulièrement convoqué le 31 janvier 2020 soit dans le délai légal de trois jours francs et les seules allégations de la requérante ne sauraient conduire à remettre en cause ces mentions précises. Au demeurant, il ressort de cette même délibération que l'ensemble des membres du conseil municipal étaient présents.
14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la convocation du 31 janvier 2020 à la séance du 13 février 2020 adressée aux conseillers municipaux comportait un ordre du jour avec un point " Approbation de l'élaboration du PLU ". Trois conseillers municipaux attestent que le dossier de PLU étaient consultable en mairie. La seule circonstance que le PLU ne soit pas l'unique point à l'ordre du jour ne saurait attester un défaut d'information. Par ailleurs, la circonstance que la délibération mentionne le vote sur un projet de PLU ne signifie pas que les conseillers n'ont pas statué sur la version finale de ce document. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conseillers municipaux auraient été dans l'impossibilité de procéder à la consultation en temps utile du dossier de projet ou de ce qu'un document nécessaire à l'exercice de leur mandat leur aurait été refusé. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la convocation et de l'insuffisante information des conseillers doivent être écartés.
S'agissant de la méconnaissance des règles de publicité :
15. La publicité de la délibération qui approuve un plan local d'urbanisme, dès lors qu'elle lui est postérieure, ne conditionne pas la légalité de cet acte mais seulement son caractère exécutoire. Il ressort du tampon apposé sur la délibération approuvant le PLU qu'elle a été réceptionnée par les services de la préfecture de la Haute-Savoie le 27 février 2020 et est donc exécutoire en vertu de l'article L. 153-24 du code de l'urbanisme. Au demeurant, il ressort de la délibération elle-même qu'elle a fait l'objet d'un affichage et la commune verse également l'insertion dans le journal " Le Messager " du jeudi 27 février 2020 ainsi que l'attestation de parution dans ce journal. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant des modifications apportées au projet de PLU après enquête publique :
16. Il résulte des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme qu'il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire-enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
17. D'une part, il ressort des comptes rendus des réunions du 18 décembre 2019 et du 15 janvier 2020 que les modifications apportées à l'issue de l'enquête publique sont issues de l'enquête publique. D'autre part, la seule circonstance que de nombreuses modifications ont été apportées au plan à l'issue de l'enquête publique selon les termes de la requérante ne suffit pas à caractériser une remise en cause de son économie générale, laquelle doit être appréciée à l'aune de l'objet et de la portée de ces modifications. A cet égard, la requérante relève que les parcelles 1535 et 1549 ont été classées en zone constructible et indique que le changement de zonage de la zone agricole en zone naturelle affecte plus de 7% de la surface du territoire communal. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ses modifications porteraient atteinte aux objectifs poursuivis par le PADD. Par suite, le reclassement de parcelles de la zone A en zone N au stade de l'approbation pour environ 58 ha ne peut être regardé comme remettant en cause l'économie générale du projet de plan et le moyen doit être écarté.
S'agissant du classement de la parcelle en zone A :
18. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
19. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
20. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
21. En l'espèce, la parcelle cadastrée section B n° 1853 d'une superficie de 13 903 m2 se situe dans le hameau des Avignières en limite de la commune de Morillon. Si la partie Nord de cette très grande parcelle le long de la route des Avignières a été classée en zone UB où d'ailleurs la société s'est déjà vu délivrer un permis de construire en 2017, la plus grande partie de cette parcelle a été classée en zone A. Cette partie Sud d'une très grande superficie est vierge de toute construction et appartient à un vaste espace agricole et naturel. Ce classement est par ailleurs cohérent avec le parti d'aménagement retenu par les auteurs du PLUi qui ont entendu maitriser l'urbanisation. En outre, la requérante ne saurait utilement se prévaloir du classement antérieur de la parcelle dès lors que les auteurs d'un plan local d'urbanisme ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes ou passées d'occupation et d'utilisation des sols. Enfin, si la société requérante fait valoir que les auteurs du PLU ont étendu l'urbanisation dans trois secteurs par l'intermédiaire d'OAP ce qui aurait pu être fait dans le secteur des Avignières comme cela fut le cas dans l'ancien PLU, il n'appartient pas au juge administratif de vérifier si un autre classement était possible, mais seulement de s'assurer que le classement retenu par les auteurs du plan n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Ainsi, et alors même que la parcelle serait desservie par les réseaux, le classement d'une grande partie de la parcelle section B n° 1853 en zone A n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
22. Il résulte des points 9 à 21 le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PLU doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne la desserte en eau :
23. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () ".
24. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
25. Le syndicat intercommunal des Fontaines en charge du réseau d'eau potable a interrogé l'exploitant du réseau sur la possibilité de raccorder la parcelle, terrain d'assiette du projet, au réseau d'eau potable. Par un courrier du 30 juin 2020, la SAUR a indiqué que le projet n'était pas raccordable en l'état au réseau communal d'eau potable. Dans son avis du 8 juillet 2020, le SIVU des Fontaines a donc indiqué pour l'instruction de ce dossier que le réseau d'eau potable du SIVU des Fontaines ne desservait pas le secteur. S'il a précisé que le secteur est alimenté par une installation du syndicat intercommunal des montagnes du Giffre pour lequel il n'était pas compétent, cette seule mention ne faisait pas obstacle à ce que le maire s'oppose aux permis de construire sur le fondement de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, le maire de la commune, à supposer même qu'il aurait méconnu les dispositions des articles L. 111-11 du code de l'urbanisme, ne pouvait délivrer les permis de construire à la requérante, pour deux projets de construction en zone agricole inconstructible. Par suite, le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté.
En ce qui concerne l'illégalité des permis de construire tacite :
26. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. (). ".
27. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les permis de construire délivrés tacitement les 1er et 7 août 2020 étaient illégaux dès lors qu'ils autorisaient des constructions sur un tènement classé en zone agricole. Ainsi, les arrêtés du 20 octobre 2020 procèdent tant au retrait des arrêtés du 13 août 2020 intervenus sans procédure contradictoire et au retrait des permis tacites illégaux dans le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, sont légaux. Ainsi, le moyen tiré de ce que les permis de construire tacites ne pouvaient être retirés faute d'être entachés d'illégalité, doit être écarté.
28. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions d'annulation dirigées à l'encontre des deux arrêtés du 20 octobre 2020 retirant les deux permis de construire obtenus tacitement, portant retrait des arrêtés du 13 août 2020 et portant refus des deux permis de construire sollicités par la société Les terres d'Anthoine doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'annulation des arrêtés du 13 août 2020 :
29. Comme il a été dit précédemment, les arrêtés du 13 août 2020 qui retiraient les permis tacites obtenus par la société pétitionnaire ont été retirées par les arrêtés du 20 octobre 2020, qui ne sont pas illégaux. Ainsi, les conclusions dirigées contre les arrêtés du 13 août 2020 sont devenues sans objet dès lors que ces deux arrêtés ont disparu de l'ordonnancement juridique.
Sur les frais d'instance :
30. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :Les requêtes 2007565 et 2007466 sont rejetées.
Article 2 :Les conclusions présentées par la commune de La Rivière-Enverse tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SAS Les terres d'Anthoine et à la commune de La Rivière-Enverse.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2007465 - 2007466
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026