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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007480

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007480

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2020, M. C A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juillet 2020, dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'absence d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-1, L. 744-3 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant burkinabé né en 1998, a accepté l'offre de prise en charge par l'OFII le 6 décembre 2018. Le 20 novembre 2019, l'OFII a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par une demande du 25 août 2020, M. A a sollicité leur rétablissement. Par une décision du 7 octobre 2020, la directrice territoriale de l'OFII a refusé de faire droit à cette demande. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le droit applicable au présent litige :

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

3. M. A demande l'annulation de la décision refusant de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que l'enregistrement de sa demande d'asile a eu lieu le 6 décembre 2018, date à laquelle il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Dans ces conditions, la décision attaquée est régie par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

En ce qui concerne les moyens soulevés :

4. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a reconnu de façon anticipée le 6 février 2020 un enfant né d'une ressortissante ivoirienne le 16 mai 2020. Il produit une attestation du 6 février 2020 de sa compagne selon laquelle elle souhaite qu'il reste sur le territoire français pour qu'ils puissent procéder ensemble à l'éducation de leur enfant et il ressort d'un entretien de cette dernière du 20 août 2019 qu'elle a déclaré être l'épouse de M. A. En outre, il ressort des pièces du dossier que sa compagne a reçu le 10 novembre 2020 une convocation à se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile au bénéfice d'elle-même et de sa fille. Dans ces circonstances, M. A établit se trouver dans une situation familiale impliquant la prise en charge d'un enfant en bas âge et justifiant qu'il puisse bénéficier à nouveau de ses conditions matérielles d'accueil pour participer à l'entretien de son foyer, de sorte que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la vulnérabilité de M. A au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 7 octobre 2020 lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Les motifs du présent jugement impliquent que l'OFII verse au requérant l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 25 août 2020 et jusqu'à la date à laquelle il a été statué sur sa demande d'asile, à concurrence des sommes qui ne lui auraient pas déjà été versées. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mathis, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Mathis de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la directrice territoriale de l'OFII du 7 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de verser à M. A l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 25 août 2020 et jusqu'à la date à laquelle il a été statué sur sa demande d'asile, à concurrence des sommes qui ne lui auraient pas déjà été versées, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Mathis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Mathis, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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