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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007577

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007577

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOULET MERCIER LABBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 décembre 2020, le 14 septembre 2022 et le 7 octobre 2022, la société Modulhabitat, représentée par Me Poulet-Mercier-L'Abbé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2020 par laquelle Thonon Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A n° 1463, 903, 1498, 1499 et 1500 au lieu-dit " Les charmottes d'en bas ", route de l'Enclos sur la commune de Bons-en-Chablais en zone A ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le classement est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il est incohérent avec l'objectif n° 3 du PADD consistant à conforter le développement urbain des pôles structurants en interaction avec les 5 bassins de vie ainsi qu'avec l'objectif n°5 défini ainsi : " s'appuyer sur l'armature urbaine interne pour localiser la croissance urbaine de façon cohérente à l'échelle du territoire " ;

- le classement du secteur " Les Charmottes " en zone agricole n'est pas spécifiquement motivé dans le rapport de présentation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 14 septembre 2022 et le 14 octobre 2022 (ce dernier non communiqué), la communauté d'agglomération Thonon Agglomération, représentée par Me Mollion, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- la requête est irrecevable car la société n'est pas propriétaire des parcelles ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Me Poulet-Mercier-L'Abbé, représentant la société Modulhabitat et de Me Djeffal, représentant Thonon Agglomération

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Le 16 juillet 2019, le bilan de la concertation a été tiré et le projet de plan local d'urbanisme intercommunal a été arrêté. Une enquête publique a été organisée du 4 novembre au 6 décembre 2019 à l'issue de laquelle la commission d'enquête a rendu un avis favorable le 17 janvier 2020. Par la délibération en litige du 25 février 2020, a été approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais. Par la délibération en litige du 25 février 2020, a été approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais dont la société Modulhabitat demande l'annulation en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A n° 1463, 903, 1498, 1499 et 1500 au lieu-dit " Les Charmottes d'en bas ", route de l'Enclos sur la commune de Bons-en-Chablais en zone A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de présentation :

2. Le rapport de présentation n'a pas à exposer parcelle par parcelle les motifs du classement ni à répertorier l'ensemble des secteurs classés en zone A. En l'espèce, le rapport de présentation comporte des éléments sur les zones agricoles notamment aux pages 258 à 264. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le rapport de présentation qui couvre 17 communes est insuffisant dès qu'il n'a pas spécifiquement motivé le classement en zone agricole du secteur " Les Charmottes ".

En ce qui concerne le classement des parcelles :

3. Aux termes de l'article R. 151 22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

4. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

5. Les parcelles cadastrées section A n° 1463, 903, 1498, 1499 et 1500 situées au lieu-dit " Les Charmottes d'en bas ", route de l'Enclos sur le territoire de la commune de Bons-en-Chablais ont été classées par le règlement graphique en zone agricole. Elles ne sont pas situées dans le centre-bourg de Bons-en-Chablais et ne sont pas bâties. Bien que bordées par une zone UD peu dense, ce tènement de 3 951 m2 se situe à l'arrière du front bâti à l'Ouest et en est séparé par un petit cours d'eau. Il se rattache de par la taille cumulée des parcelles le composant et leur aspect naturel à l'ensemble de prairies non bâties qui se développent à l'Est et qui se poursuit ensuite au-delà de la route de l'Enclos et forme ainsi un ensemble cohérent qui n'est pas dépourvu de potentiel agricole au sens de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. La circonstance que les parcelles soient desservies par les réseaux et équipements publics ne fait pas obstacle à leur classement en zone A. En outre, leur classement antérieur est sans incidence sur la légalité de leur classement qui demeure, par ailleurs, cohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui vise, d'une part, à protéger les espaces agricoles et, d'autre part, à modérer la consommation foncière. Dans ces conditions, leur classement répond à la définition de la zone agricole énoncée par les dispositions précitées de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme et est cohérent avec le PADD. Par ailleurs, si la commune de Bons-en-Chablais constitue un bassin de vie parmi les cinq bassins existants, cette circonstance n'a pas pour obligation d'imposer aux auteurs du PLUi de rendre constructible l'ensemble des parcelles de cette commune et notamment pas celles qui sont en périphérie du centre-bourg. Ainsi, eu égard au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local et à la configuration des lieux, et en admettant même que ces parcelles n'auraient jamais été exploitées et auraient pu légalement être classées en zone UC, Thonon Agglomération n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en classant ces parcelles en zone A, dont le classement est par ailleurs cohérent avec le PADD.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la société Modulhabitat n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 25 février 2020 en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A n° 1463, 903, 1498, 1499 et 1500 au lieu-dit " Les Charmottes d'en bas " sur la commune de Bons-en-Chablais en zone A.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Thonon Agglomération, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la société Modulhabitat et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Modulhabitat la somme que demande Thonon Agglomération au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Modulhabitat est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Modulhabitat et à la communauté d'agglomération Thonon Agglomération.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

E. BARRIOL

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2007577

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