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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007672

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007672

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSEGARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2020, M. H A B, représenté par Me Segard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon du 25 juin 2020 rejetant son recours administratif préalable obligatoire contre la sanction du président de la commission disciplinaire du centre pénitentiaire de Saint-Quentin Fallavier du 11 mai 2020 lui ayant infligé un placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de l'ensemble des données relatives à la procédure disciplinaire contestée et figurant dans son dossier, ainsi que l'ensemble des mentions inscrites dans le logiciel " GIDE " prévues aux 5° e), 3° b), 3° j5), 3° j6) et 6° b) de l'article 4 du décret du 6 juillet 2011, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses droits de la défense ont été méconnus, dès lors qu'il n'a pas pu être représenté par son avocat dans le cadre de la procédure disciplinaire en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, qu'il n'a pas eu accès à la vidéosurveillance et qu'il n'a pas pu voir un médecin pour qu'il soit procédé au constat des blessures qui lui ont été infligées ;

- la composition de la commission de discipline est irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'effacement des mentions de son dossier disciplinaire et du logiciel " GIDE " s'impose en application du principe constitutionnel de la présomption d'innocence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2011-817 du 6 juillet 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était détenu au centre pénitentiaire de Saint Quentin Fallavier. Le 11 mai 2020, il a fait l'objet d'une sanction de placement en cellule disciplinaire pendant vingt jours pour avoir, le 7 mai 2020, refusé de réintégrer sa cellule, nécessitant l'intervention d'un gradé, et avoir insulté ce dernier. Le 26 mai 2020, il a déposé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 25 juin 2020, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a rejeté ce recours. M. A B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D C, directrice interrégionale adjointe des services pénitentiaires de Lyon, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du 10 septembre 2019, régulièrement publiée le 11 septembre 2019 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la sanction, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 25 juin 2020 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la commission de discipline était présidée par Mme E F, directrice de détention, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 6 janvier 2020, régulièrement publiée le 9 janvier 2020 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Isère. En outre, elle était assistée d'un assesseur surveillant ainsi que d'un assesseur extérieur, M. G, désigné à cette fin par une décision d'habilitation du président du tribunal de grande instance de Vienne du 12 juillet 2011. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du II de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au présent litige : " II. - La personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique ".

7. Si ces dispositions impliquent que l'intéressé ait été informé en temps utile de la possibilité de se faire assister d'un avocat, possibilité dont il appartient à l'administration pénitentiaire d'assurer la mise en œuvre lorsqu'un détenu en fait la demande, la circonstance que l'avocat dont l'intéressé a ainsi obtenu l'assistance ne soit pas présent lors de la réunion de la commission de discipline, dès lors que cette absence n'est pas imputable à l'administration, est sans incidence sur la régularité de la procédure.

8. Il ressort des pièces du dossier que lors de la notification de sa convocation à la commission disciplinaire, M. A B a coché, s'agissant de son assistance par un avocat lors de cette procédure, la case " un avocat désigné par le bâtonnier ", une mention manuscrite précisant " Me Platel ". En outre, il ressort de la décision du 11 mai 2020 qu'il a effectivement été représenté par cet avocat commis d'office devant la commission de discipline. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait demandé à être représenté par son avocat habituel, Me Segard, dans le cadre de la procédure disciplinaire ayant conduit à la sanction du 25 juin 2020. La circonstance qu'il produise un courriel de son avocate du 15 mai 2020 adressé au directeur du centre pénitentiaire, par lequel elle s'étonne de ne pas avoir reçu les pièces de la procédure malgré sa désignation, est à cet égard sans incidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du II de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 726 du code de procédure pénale : " Le régime disciplinaire des personnes détenues placées en détention provisoire ou exécutant une peine privative de liberté est déterminé par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret précise notamment : / () / 4° La procédure disciplinaire applicable, au cours de laquelle la personne peut être assistée par un avocat choisi ou commis d'office, en bénéficiant le cas échéant de l'aide de l'Etat pour l'intervention de cet avocat. Ce décret détermine les conditions dans lesquelles le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition et celles dans lesquelles l'avocat, ou l'intéressé s'il n'est pas assisté d'un avocat, peut prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense, sous réserve d'un risque d'atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ; / () ". Aux termes du IV de l'article R. 57-7-16 de ce code : " IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire ".

10. Si la procédure disciplinaire visant un détenu a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéoprotection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. Dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il est loisible à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utiles au besoin de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à une telle demande au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. En revanche, il appartient au directeur du centre pénitentiaire, ou au président de la commission de discipline si la demande est formulée au cours de la séance de la commission, d'apprécier, au regard des circonstances propres à l'action disciplinaire mise en œuvre, s'il y a lieu d'y faire droit. Un refus n'entache la procédure disciplinaire d'irrégularité que s'il est manifestement injustifié.

11. Il ressort des pièces du dossier que la sanction litigieuse n'est pas fondée sur des éléments de fait révélés par des enregistrements de vidéoprotection, de sorte que ces éléments n'avaient pas à figurer dans le dossier de procédure. En outre, il ressort de la décision du conseil de discipline du 11 mai 2020 que M. A B a demandé, lors de son audition, à visionner ces enregistrements. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment des faits reprochés à l'intéressé et du moment où il a formulé sa demande, que la présidente de la commission de discipline ait pris une décision manifestement injustifiée en refusant l'accès aux enregistrements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense du requérant doit être écarté.

12. En sixième lieu, M. A B se prévaut de la circonstance qu'il n'a pu avoir accès à une consultation médicale qu'après la commission disciplinaire. Il ressort des pièces du dossier qu'un certificat médical a été établi le 12 mai 2020 par un médecin du service de médecine pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier. Toutefois, les dispositions précitées n'impliquent pas nécessairement que la personne détenue ait accès à un médecin préalablement à toute commission disciplinaire. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

13. En septième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 de ce code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré () ". Aux termes de l'article R. 57-7-49 du même code : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-51 dudit code : " Lorsque la commission de discipline est amenée à se prononcer le même jour sur plusieurs fautes commises par une personne détenue majeure, et sauf décision contraire de son président, les durées des sanctions prononcées se cumulent. Toutefois, lorsque les sanctions sont de même nature, leur durée cumulée ne peut excéder la limite du maximum prévu pour la faute la plus grave. () ".

14. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

15. La commission de discipline s'est prononcée le 11 mai 2020 sur deux fautes commises par M. A B, respectivement énoncées par le 12° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale et par le 1° de l'article R. 57-7-2 du même code, et l'a sanctionné au maximum prévu pour ces deux fautes, à savoir une sanction de placement en cellule disciplinaire d'une durée de vingt jours. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est montré particulièrement insultant non seulement le jour des faits, où il a insulté violemment un surveillant après avoir refusé de pénétrer dans sa cellule, mais également au cours de la commission de discipline, lors de laquelle il a eu un comportement inadapté, le détenu ayant outragé la greffière. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A B a fait l'objet de nombreuses comparutions devant la commission de discipline, les faits reprochés n'étant pas isolés. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant aux fins d'annulation de la décision du 25 juin 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, celles relatives à la suppression des mentions de cette sanction dans le dossier disciplinaire de l'intéressé et dans le logiciel " GIDE ".

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A B, à Me Segard et au ministre de la justice, garde des sceaux.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des sceaux, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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