mardi 26 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VACHOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 décembre 2020 et 7 avril 2022, la société BBP2, représentée par Me Vachoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Isère a prononcé pour une durée de quinze jours la fermeture administrative de l'établissement qu'elle exploite sous l'enseigne " Le Bilboquet " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un avertissement au sens du 1 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ou d'une mise en demeure au sens de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 et le préfet de l'Isère l'a privé d'une garantie dès lors qu'il lui a laissé peu de temps pour remédier aux manquements qui lui étaient reprochés après l'envoi du courrier du 13 octobre 2020 ;
- la condition procédurale posée par l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 pour ordonner la fermeture administrative de l'établissement n'était pas remplie dès lors que la mise en demeure qui lui a été adressée n'est pas restée sans suite ;
- le principe du contradictoire prévu à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ;
- la fermeture administrative n'a fait l'objet d'aucune information du procureur de la république la privant ainsi d'une garantie ;
- elle ne pouvait être ordonnée sur le fondement du 1 de L. 3332-15 du code de la santé publique, de l'article L. 3131-1 du même code ou du décret du 16 octobre 2020 dès lors qu'il n'a été constaté sur les lieux aucune méconnaissance des obligations du protocole sanitaire applicables à l'établissement ;
- le prononcé d'une fermeture administrative de quinze jours est disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2021, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il peut être procédé à une substitution de base légale, en appliquant les dispositions du décret n°2020-860 du 10 juillet 2020 et du décret n°2020-1962 du 16 octobre 2020 plutôt que celles de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 ;
- le décret n°2020-860 du 10 juillet 2020 ;
- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire ;
- le décret n°2020-1262 du 16 octobre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. La société BBP2 exploite à Crolles une activité de restauration sous l'enseigne " Le Bilboquet ". Par arrêté du 21 octobre 2020, le préfet de l'Isère a ordonné la fermeture temporaire de l'établissement pour une durée de quinze jours en raison de manquements aux prescriptions adoptées dans le cadre de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19.
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier () ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour prononcer la fermeture de l'établissement " Le Bilboquet ", le préfet s'est fondé sur le premier alinéa de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique et sur l'article 40 du décret n°2020-860 du 10 juillet 2020. Cependant, le non-respect des mesures règlementaires adoptées dans le cadre de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19 ne constitue pas une infraction aux lois et règlements relatifs aux débits de boissons au sens des dispositions du 1. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Par ailleurs, le décret du 10 juillet 2020 était abrogé depuis le 17 octobre 2020. Ainsi, l'arrêté attaqué ne pouvait être pris sur le fondement du 1. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique et de l'article 40 du décret du 10 juillet 2020.
4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision en litige devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'une autre base légale que celle dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à cette décision, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application de cette base légale sur le fondement de laquelle la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, l'arrêté attaqué trouve son fondement légal dans la mise en œuvre des articles 29 et 40 du décret n° 2020-1262 du 16 octobre 2020. Ce fondement, invoqué par le préfet de l'Isère dans son mémoire en défense, communiqué à la société requérante, peut en l'espèce être substitué au 1. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique et à l'article 40 du décret du 10 juillet 2020 dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressée d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation que celui qu'il a effectivement mis en œuvre au vu des mentions figurant dans l'arrêté contesté.
5. En deuxième lieu, en application de l'article 29 du décret du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19, dont les dispositions sont reprises à l'article 29 du décret du 16 octobre 2020, le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire lorsque ce dernier ne met pas en œuvre les obligations qui lui incombent qu'après une mise en demeure restée sans suite.
6. Sur le fondement de l'article 29 du décret du 10 juillet 2020, le préfet de l'Isère a, par courrier du 13 octobre 2020 notifié le lendemain, mis en demeure, l'établissement le Bilboquet de prendre, dans les meilleurs délais, toutes les mesures nécessaires pour remédier au non-respect des règles sanitaires liées à l'épidémie de covid faute de quoi il envisageait une procédure de fermeture administrative de l'établissement. La société requérante ne saurait soutenir que le préfet lui a laissé peu de temps pour remédier aux manquements qui lui étaient reprochés dès lors qu'aucun délai minimum n'est opposable au préfet dans le cadre des mesures sanitaires exceptionnelles et que les mesures à mettre en œuvre ne nécessitaient pas l'octroi d'un délai supplémentaire. Par suite et dès lors qu'il appartenait au gérant de l'établissement de veiller au strict respect des mesures d'hygiène et de distanciation sociale au sein de celui-ci que ses installations soient situées en intérieur ou en extérieur, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué n'aurait pas été précédé d'une mise en demeure restée sans suite ni que le préfet de l'Isère aurait privé de tout effet la garantie prévue à l'article 29 du décret du 16 octobre 2020.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code prévoit que les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles.
8. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient l'arrêté attaqué, le préfet pouvait légalement, en application de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, se dispenser de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique alors applicable : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut () prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population. Le ministre peut également prendre de telles mesures après la fin de l'état d'urgence sanitaire prévu au chapitre Ier bis du présent titre, afin d'assurer la disparition durable de la situation de crise sanitaire. Le ministre peut habiliter le représentant de l'Etat territorialement compétent à prendre toutes les mesures d'application de ces dispositions, y compris des mesures individuelles. Ces dernières mesures font immédiatement l'objet d'une information du procureur de la République () ".
10. L'article 29 du décret n°2020-1262 du 16 octobre 2020 autorisant la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables n'a pas pour fondement légal l'article L. 3131-1 du code de la santé publique. En tout état de cause, la circonstance que le procureur de la République n'a pas été informé de la fermeture administrative de l'établissement est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 3131-1 du code de la santé publique en l'absence d'information du procureur de la république.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 16 octobre 2020 : " I. - Les établissements recevant du public relevant des types suivants définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article : - établissements de type N : Restaurants et débits de boissons (). II. - Pour l'application de l'article 1er, les gérants des établissements mentionnés au I organisent l'accueil du public dans les conditions suivantes :
1° Les personnes accueillies ont une place assise ;
2° Une même table ne peut regrouper que des personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, dans la limite de six personnes ;
3° Une distance minimale d'un mètre est garantie entre les chaises occupées par chaque personne, sauf si une paroi fixe ou amovible assure une séparation physique. Cette règle de distance ne s'applique pas aux groupes, dans la limite de six personnes, venant ensemble ou ayant réservé ensemble ;
4° La capacité maximale d'accueil de l'établissement est affichée et visible depuis la voie publique.
III. - Portent un masque de protection :
1° Le personnel des établissements ;
2° Les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l'établissement ".
12. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué ordonnant la fermeture " Le Bilboquet " pour une durée de quinze jours fait suite au constat par la compagnie de gendarmerie de Meylan, à l'occasion d'un contrôle organisé au sein de l'établissement le 18 octobre 2020, que la salle de restaurant/bar est vide, que les clients qui sont tous regroupés à l'extérieur (environ 80 personnes) sont assis autour de tables mais sont très serrés les uns des autres et la plupart des clients ne portent pas de masques.
13. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les dispositions de l'article 40 du décret du 16 octobre 2020 s'appliquent aux restaurants et débits de boisson que leurs installations soient situées dans un espace clos ou en extérieur. Par ailleurs, dès lors que les dispositions de l'article 40 du décret du 16 octobre 2020 imposent aux gérants des restaurants et débits de boisson de veiller au strict respect des mesures d'hygiène et de distanciation sociale, la société requérante ne peut utilement faire valoir que les faits qui lui sont reprochés, qui relèvent du comportement de ses clients, ne constituent pas des infractions aux obligations qui lui incombent. Enfin, s'il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment du rapport de la compagnie de gendarmerie de Meylan que des personnes se trouvaient sur la piste de danse et que les personnes de plus de onze ans accueillies au sein de l'établissement, qui ne portaient pas de masques, n'étaient pas assises et se déplaçaient au sein de l'établissement, il ressort à l'évidence de ce rapport et, contrairement à ce que soutient la société requérante que les mesures de distanciation sociale applicables aux restaurants et débits de boisson, telles que prévues par le 3° du II de l'article 40 du décret du 16 octobre 2020 n'étaient pas respectées. Dès lors que le préfet de l'Isère aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur le premier motif, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît l'article 40 du décret du 16 octobre 2020.
14. En dernier lieu, eu égard, d'une part, au manque de rigueur dont l'établissement a fait preuve quant à la prévention de la transmission du virus dans le contexte sanitaire présenté alors en Isère caractérisée par une hausse rapide et significative du taux de positivité et d'incidence ainsi que de plusieurs clusters et, d'autre part, à la durée limitée de la fermeture, cette mesure n'apparaît pas disproportionnée.
15. Il résulte de ce qui précède que la société BBP2 n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société BBP2 est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société BBP2 et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme André, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.
La rapporteure,
A. B
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026