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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007720

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007720

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et des mémoires enregistrés les 17 décembre 2020, 2 février 2022 et 8 décembre 2022, M. C A, représenté D Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2020 D lequel le préfet de la Drôme lui a retiré sa carte de résident et a refusé de lui renouveler cette carte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entaché d'une erreur de droit en tant qu'il est fondé sur l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit quant à l'application de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

D des mémoires en défense enregistrés les 18 janvier 2022, le 31 août 2022 et 8 février 2023, la préfète de la Drôme, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la requête enregistrée le 17 décembre 2020 n'est pas assortie de moyens de légalité externe et interne et le mémoire enregistré le 2 février 2022, qui comporte des moyens de légalité interne et externe, a été enregistré après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés et il peut être procédé à une substitution de base légale, en appliquant les dispositions des articles L. 314-1 et L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile plutôt que celles de l'article L. 314-3 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 1980, a obtenu des titres de séjour temporaire de 2008 à 2010 en qualité de parent d'enfant français puis une carte de résident du 13 mars 2010 au 12 mars 2020. D arrêté du 20 novembre 2020, le préfet de la Drôme lui a délivré un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'un an valable du 20 novembre 2020 au 19 novembre 2021 mais a refusé de lui renouveler sa carte de résident et a retiré sa précédente carte de résident au motif que son comportement constitue un motif d'ordre public en raison d'une condamnation D le tribunal correctionnel de Privas le 5 février 2010 à trois mois d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours D conjoint lié à la victime D un Pacs en septembre 2009 et D le tribunal correctionnel de Valence en février 2017 à une amende pour circulation avec un véhicule à moteur sans assurance. M. A demande l'annulation de cet arrêté portant refus de renouvellement et de retrait de sa carte de résident.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Contrairement à ce que soutient la préfète de la Drôme, la requête enregistrée le 17 décembre 2020, soit dans le délai de recours contentieux, est assortie de moyens de légalité externe et interne. D suite, la fin de non-recevoir opposée D la préfète de le Drôme tirée de ce que la requête introductive d'instance n'était assortie d'aucun moyen et de l'irrecevabilité des moyens soulevés D le mémoire enregistré le 2 février 2022 doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire () c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ". Aux termes l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités D l'Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues D sa législation ". Il résulte de ces stipulations qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement du titre de séjour de 10 ans tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public. D ailleurs, ni l'article 10 ni aucune autre stipulation de cet accord ne traite du cas de retrait de la carte de résident.

4. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'arrêté litigieux a été pris au visa de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'il dispose que " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public " ne permet pas de retirer une telle carte, ni même d'en refuser le renouvellement. Dans ces conditions, la préfète de la Drôme ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour retirer la carte de résident de M. A et lui en refuser le renouvellement.

5. En second lieu, la préfète de la Drôme demande qu'il soit procédé à une substitution de base légale sur le fondement des articles L. 314-1 et L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. A a été définitivement condamné D le tribunal correctionnel de Privas le 29 mai 2008 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour usage de faux document administratif constatant un droit une identité ou une qualité.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident est valable dix ans. Sous réserve des dispositions des articles L. 314-5 et L. 314-7, elle est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 314-6-1 du même code : " La carte de résident d'un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est délivrée de plein droit ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 433-4 du code pénal dans sa rédaction alors applicable : " Le fait de détruire, détourner ou soustraire un acte ou un titre, ou des fonds publics ou privés, ou des effets, pièces ou titres en tenant lieu ou tout autre objet, qui ont été remis, en raison de ses fonctions, à une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public, à un comptable public, à un dépositaire public ou à l'un de ses subordonnés, est puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende. La tentative du délit prévu à l'alinéa précédent est punie des mêmes peine ".

8. L'infraction pour laquelle a été condamné M. A D le tribunal correctionnel de Privas le 29 mai 2008 ne relève pas de l'article 433-4 du code pénal ni d'ailleurs de l'article 433-3, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. Ainsi, la condamnation prononcée à l'encontre de M. A D le tribunal correctionnel de Privas n'est pas au nombre de celles visées D l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de base légale demandée.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 20 novembre 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu du motif d'annulation retenu et alors qu'il n'apparaît pas qu'une quelconque circonstance de fait ou de droit puisse faire obstacle à ce que M. A bénéficie d'une carte de résident, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Drôme de délivrer une carte de résident à M. A dans un délai de trois mois.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés D M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 20 novembre 2020 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Drôme de délivrer à M. A une carte de résident dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J-P. Wyss

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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