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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007724

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007724

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 décembre 2020 et le 16 janvier 2023 (ce dernier non communiqué), Mme B, représentée par Me Ballaloud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'Agglomération Thonon Agglomération de faire évoluer le PLUi afin que la partie antérieurement urbanisable de la parcelle BR n° 36 soit classée en zone U ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucune conférence intercommunale ne s'est tenue préalablement à la délibération du 28 mars 2017 du conseil communautaire de Thonon Agglomération réaffirmant les modalités de collaboration ; le changement d'autorité impliquait de consulter à nouveau les communes sur les modalités de la collaboration en application de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme ;

- la délibération contestée ne fait aucunement référence à l'organisation d'une conférence intercommunale qui aurait permis de satisfaire aux obligations de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- le classement intégral de la parcelle cadastrée section BR 36 en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2022, la communauté d'agglomération Thonon Agglomération, représentée par Me Mollion, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- la requérante n'a pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Me Planchet, représentant Mme B et de Me Djeffal, représentant Thonon Agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Bas-Chablais a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Le 16 juillet 2019, le bilan de la concertation a été tiré et le projet de plan local d'urbanisme intercommunal a été arrêté. Une enquête publique a été organisée du 4 novembre au 6 décembre 2019 à l'issue de laquelle la commission d'enquête a rendu un avis favorable le 17 janvier 2020. Mme B a formé un recours gracieux le 21 août 2020 réceptionné le 26 août 2020 qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la délibération en litige du 25 février 2020, a été approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais. Mme B demande l'annulation de cette délibération, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la tenue d'une conférence intercommunale des maires :

2. Aux termes de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de : 1° L'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local (). L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale arrête les modalités de cette collaboration après avoir réuni une conférence intercommunale rassemblant, à l'initiative de son président, l'ensemble des maires des communes membres () ".

3. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli () ".

4. D'une part, il ressort des mentions mêmes de la délibération du 28 mars 2017 ayant pour objet de réaffirmer les modalités de collaboration avec les communes, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'une conférence intercommunale des maires s'est tenue le 21 février 2017 sur les options ouvertes par la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l'égalité et à la citoyenneté afin de mener à bien l'élaboration du PLUi qui était en cours sur 17 des 25 communes de l'agglomération constituée au 1er janvier 2017.

5. D'autre part, les mentions de la délibération attaquée, qui font foi jusqu'à preuve contraire, font état d'une réunion de la conférence intercommunale le 4 février 2020 pour présenter les résultats de l'enquête publique et examiner les autres modifications du projet découlant notamment des avis des personnes publiques associées et des communes. En outre, Thonon Agglomération a produit la page 46 de la note de synthèse adressée aux conseillers communautaires pour la séance du 25 février 2020 qui rappelle qu'une conférence intercommunale a été organisée le 4 février 2020. Par conséquent, la requérante, qui n'apporte aucun élément précis de nature à remettre en cause la réalité de la tenue de la conférence intercommunale ne saurait sérieusement contestée que l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal a bien été précédée d'une réunion de la conférence intercommunale.

6. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

7. Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

9. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

10. En l'espèce, la parcelle cadastrée section BR n° 36 a été classée dans son intégralité par le règlement graphique du PLUi en zone A. Si elle est directement bordée au nord par une zone urbaine classée en UD " zone urbaine à dominante habitat - Espace résidentiel peu dense " et que la partie Nord de la parcelle était sous l'empire du précédent PLU rattachée à cette zone, cette parcelle est vierge de toute construction et s'ouvre sur un vaste espace agricole exploité. Ce classement est par ailleurs cohérent avec le parti d'aménagement retenu par les auteurs du PLUi qui ont entendu maitriser le développement urbain et modérer la consommation foncière. Ainsi, et à supposer même la présence d'une ornière, le classement dans son intégralité de la parcelle section BR n° 36 n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 25 février 2020, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent dès lors être rejetées.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération présentées à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Thonon Agglomération présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la communauté d'agglomération Thonon Agglomération.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023

La rapporteure,

E. BARRIOL

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2007724

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