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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007761

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007761

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2020, M. A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros qui sera versée à Me Huard sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- en considérant qu'il n'avait pas présenté d'observation après l'envoi de la notification d'intention de suspension l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché la décision litigieuse d'une erreur de fait qui revêt un caractère substantiel ;

- la décision de classement en fuite, qui constitue le principal fondement de la décision litigieuse, est entachée d'illégalité ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'étant estimé lié par la déclaration en fuite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration était tenue de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dès lors que le préfet compétent lui a délivré une attestation de demande d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2021 l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

Par une ordonnance du 6 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée le jour même.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Bedelet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen arrivé en France le 11 novembre 2017, a formé une demande d'asile le 22 décembre 2017 et a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 24 avril 2018, le préfet de l'Isère a décidé son transfert vers l'Italie et son assignation à résidence. M. A ne s'étant pas présenté à l'embarquement du vol qui devait le conduire en Italie le 15 octobre 2018 a été déclaré en fuite. Consécutivement, par une décision du 16 novembre 2018, que M. A n'a pas contestée, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le versement de ses conditions matérielles d'accueil. Suite à la décision de traiter sa demande d'asile selon la procédure accélérée, M. A en a demandé le rétablissement le 6 novembre 2020. Il demande l'annulation de la décision du 4 décembre 2020 par laquelle l'OFII a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête :

2. L'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".

3. Il résulte de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. Il ressort de la décision litigieuse que pour fonder son refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil l'OFII a considéré en premier lieu, que M. A n'avait pas respecté l'engagement qu'il avait pris de prendre un vol à destination de Venise le 15 octobre 2018 et ne justifiait pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors d'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. En second lieu, l'office a considéré que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoins particuliers en matière d'accueil.

5. M. A établit qu'il a été hospitalisé du 12 au 15 octobre jusqu'à 11h00 en raison d'une opération chirurgicale impérative et imprévue. Il ne pouvait dès lors emprunter le train de 6 h 15 qui devait le conduire de Grenoble à l'aéroport Saint-Exupéry pour son embarquement vers l'Italie. Il justifie ainsi d'un motif légitime à ne pas avoir respecté ses obligations et il est ainsi fondé à soutenir qu'en considérant le contraire, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ne résulte pas de l'instruction que l'OFII aurait, s'il n'avait retenu que l'autre motif concernant sa vulnérabilité, pris la même décision à l'égard de M. A. Par suite, ce dernier est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

7. Il ressort des indications non contestées de l'OFII qu'à la suite d'une ordonnance du 15 janvier 2021 (n°2007760) qui a suspendu l'exécution de la décision litigieuse, l'office a rétabli le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A. Dans ces circonstances, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. A.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat, Me Huard, peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, l'Etat n'étant pas la partie perdante, ni même partie au présent litige, les conclusions de M. A tendant à ce que l'Etat verse une somme à Me Huard au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 décembre 2020 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le président,

P. Thierry

L'assesseur le plus ancien,

S. Hamdouch

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20077612

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