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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007827

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007827

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantWINCKEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 23 décembre 2020, le 23 septembre 2021 et le 19 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Marie, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 39/2020 du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Usses et Rhône la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ont été méconnues ; la procédure est entachée d'irrégularité ;

- le classement de la parcelle AK n° 23 en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 26 juillet 2021 et le 6 décembre 2021, la communauté de communes Usses et Rhône, représentée par Me Winckel, conclut au rejet de la requête, demande qu'il soit fait application, le cas échéant, des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Usses et Rhône fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2023, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Winckel, pour la communauté de communes Usses et Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel qui comprend onze communes dont Corbonod. M. B est le propriétaire de la parcelle cadastrée à la section AK n° 23, situées au lieu-dit Eilloux à Corbonod. La parcelle a été classée en zone agricole par la délibération du 25 février 2020. Le 18 juillet 2020, il a présenté un recours gracieux, rejeté par une décision du 3 novembre 2020.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les modifications apportées après l'enquête publique :

2. L'article L.153-21 du code de l'urbanisme dispose que : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () ". Ces dispositions permettent à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique.

3. En citant une liste d'environ 70 parcelles dont le classement ou la protection ont été modifiés, en se prévalant de la modification du tracé de haies protégées sur l'une des communes membres, de la délimitation de la zone d'activité de Pont Rouge et de modifications à caractère règlementaire apportées au projet, le requérant soutient que l'ensemble de ces modifications a nécessairement eu une incidence sur la constructibilité des parcelles et a bouleversé l'économie générale du projet. Toutefois, il n'apporte pas d'éléments permettant d'apprécier la portée de ces modifications à l'échelle du territoire intercommunal et au regard des prévisions d'ensemble du projet initial, ni leur impact en termes de parti d'urbanisation et d'aménagement. Dès lors, faute d'une argumentation assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le classement de la parcelle AK n° 23 :

4. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

5. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

6. Il ressort des pièces du dossier que le hameau d'Eilloux, dans lequel la parcelle AK n° 23 s'insère, se situe en dehors du centre-bourg de la commune de Corbonod qui constitue, selon le SCoT Usses et Rhône, une commune complémentaire dont le développement doit être adapté à son rôle de centralité complémentaire. Pour répondre à cette orientation, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel ont entendu, ainsi que cela ressort clairement du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), promouvoir une " gestion raisonnée des ressources ", ce qui implique de " recentrer le développement de l'urbanisation dans les () centres-bourgs () et contenir le développement des hameaux " ainsi que " structurer et encadrer le développement urbain pour optimiser et limiter la consommation agricole ". En outre, il ressort de la carte n° 4 du PADD " Préserver les conditions d'exploitation des activités agricole, pastorale et forestière " que la hameau d'Eilloux se situe dans un espace agricole à enjeux à préserver et, de manière corrélative, de la carte n° 8 du PADD " Mettre en œuvre un projet de territoire qui renforce l'urbanité des centres et la vie de proximité " que ce hameau n'a pas été retenu pour être conforté à Corbonod.

7. En l'espèce, la parcelle appartenant à M. B, bien que d'une surface modeste d'environ 1 000 m², n'est pas construite. Elle fait partie d'un ensemble de parcelles classées en zone agricole et elle est séparée de la zone urbaine (Uhl1) par une voie publique, ce qui fait qu'elle ne peut pas être qualifiée de dent creuse. Il ressort du règlement graphique de Corbonod qu'elle s'insère dans un secteur à forte dominante rurale, tandis que la photographie aérienne produite par le requérant met en évidence que sa parcelle est enherbée, ce qui lui confère une certaine valeur agronomique. La circonstance que des parcelles situées à proximité auraient été construites postérieurement à la délibération attaquée, en application de l'ancien document d'urbanisme, n'est pas de nature à remettre en cause les objectifs des auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal qui ont entendu limiter l'extension urbaine des hameaux, comme il vient d'être dit. Sur ce point, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Seyssel ne sont pas tenus par le précédent document d'urbanisme communal. Dès lors, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont pu, sans erreur manifeste d'appréciation, classer la parcelle AK n° 23 en zone agricole. Le moyen doit ainsi être écarté comme non fondé.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les conclusions présentées par M. B, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la communauté de communes Usses et Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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