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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007838

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007838

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantWINCKEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2020 et le 28 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Garnier, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 38/2020 du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal de la Semine, ensemble la décision du 3 novembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Usses et Rhône la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la requête est recevable ;

- le classement de la parcelle ZB n° 46 en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'une incohérence avec le PADD.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 28 juillet 2021 et le 2 décembre 2021 (ce dernier non communiqué), la communauté de communes Usses et Rhône, représentée par Me Winckel, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Usses et Rhône fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la délibération attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Winckel, pour la communauté de communes Usses et Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal de la Semine. M. C est le propriétaire de la parcelle cadastrée à la section ZB n° 46, d'une surface d'environ 500 m², située chemin des Sizes à Eloise. Le 22 juillet 2020, M. C a présenté un recours gracieux, rejeté par une décision du 3 novembre 2020. La parcelle a été classée en zone agricole par la délibération du 25 février 2020.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique que la parcelle ZB n° 46 se situe en limite du hameau Le Pralon, lui-même classé en zone UHI1 correspondant à un hameau dont le développement est limité. Si M. C se prévaut d'une construction sur sa parcelle, celle-ci n'est pas référencée au cadastre et il ne conteste pas qu'elle abrite un poulailler. La parcelle est elle-même entourée par deux côtés d'une vaste zone agricole, ce qui lui dénie le caractère de dent creuse ou d'espace interstitiel. D'une faible contenance, la parcelle a un usage de jardin potager et elle est partiellement arborée. Bien qu'elle soit clôturée, elle s'insère dans un vaste secteur à caractère rural et la circonstance qu'elle ne peut pas faire l'objet d'une exploitation agricole analogue à celle des grandes parcelles voisines ne lui retire pas tout potentiel agronomique, biologique ou économique.

5. D'autre part, bien que la parcelle voisine ZB n° 47 est située sur le même côté du chemin des Sises, elle est construite, ce qui a pu justifier son maintien en zone urbaine, contrairement à la parcelle du requérant. En outre, celui-ci ne détient aucun droit acquis au maintien du précédent classement, dès lors que le plan local d'urbanisme répond à de nouvelles considérations urbanistiques, désormais intercommunales. De même, la circonstance que la parcelle soit desservie par les réseaux ne constitue pas un obstacle à son classement en zone agricole.

6. Enfin, il ressort du PADD qu'il entend limiter la consommation des espaces agricoles, ce qui implique de recentrer le développement dans les centres villages. Pour la commune d'Eloise, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont choisi d'étendre l'urbanisation dans le chef-lieu du village, à Méral Grand Pré, ainsi que dans le hameau de Fiolaz, en instaurant 3 orientations d'aménagement et de développement (OAP), numéros 12, 13 et 14. Le hameau de Pralon n'a pas été retenu pour être densifié.

7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle en zone agricole et de l'incohérence de ce classement avec le PADD doivent être écartés. Par suite, les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions dirigées contre la décision du 3 novembre 2020.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les conclusions présentées par M. C, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté de communes Usses et Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère.

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. SauveplaneLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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