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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2008010

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2008010

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2008010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPY CONSEIL SOCIETE D'AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires récapitulatifs enregistrés les 31 décembre 2020, 7 janvier 2022, 8 novembre 2022, 22 décembre 2022 et 8 février 2023 Mme A B, représentée par Me Py, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du jury de première année de licence science et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) de l'université Grenoble Alpes pour l'année universitaire 2019-2020 la classant septième et première sur la liste complémentaire pour l'accès à l'institut de formation des masseurs-kinésithérapeutes ;

2°) d'enjoindre à l'UFR STAPS de communiquer l'ensemble des sujets proposés aux examens de l'année universitaire 2019-2020 ;

4°) de condamner l'Université Grenoble Alpes à lui verser une somme de 17 300 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis ;

5°) de mettre à la charge de l'Université Grenoble Alpes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les modalités d'accès à l'école de kinésithérapie ont le caractère d'un concours ;

- le signataire de la décision du 15 juillet 2020 arrêtant la liste des candidats admis ne justifie pas de sa compétence ;

- la composition du jury d'admission est irrégulière ;

- les conditions et modalités d'organisation du concours ont méconnu le principe de sécurité juridique dès lors que les adaptations ont été communiquées tardivement en deçà du délai imposé de 15 jours ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'arrêté du 17 janvier 2020 ;

- elle méconnait le principe d'égalité entre les candidats garanti par l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- elle a perdu une chance sérieuse d'occuper le poste de kinésithérapeute ;

- elle a subi un préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré les 13 décembre 2021, 5 décembre 2022 et 20 janvier 2023, le président de l'université Grenoble Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par lettre du 22 septembre 2022, le président de l'université Grenoble Alpes a été invité à produire, pour compléter l'instruction en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, " tout document permettant d'apprécier l'étendue et la nature des questions ayant été posées, et susceptibles de l'être, aux étudiants du site de Valence et de celui de

Grenoble lors des épreuves complémentaires organisées pour l'admission directe à

l'institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK) au titre de l'année 2020-2021 ".

Le président de l'université Grenoble Alpes a produit les pièces demandées le 7 octobre 2022 qui ont été communiquées le même jour.

Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2023.

Un mémoire présenté pour Mme B, enregistré le 14 avril 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- l'arrêté du 16 juin 2015 relatif à l'admission dans les instituts préparant au diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute ;

- le code de justice administrative.

Mme Bailleul a été désignée rapporteur public en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Bailleul, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, étudiante en première année de licence science et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) à l'université Grenoble Alpes lors de l'année universitaire 2019-2020, a été classée septième au terme de cette formation. Compte tenu de ce classement, elle n'a pu accéder directement à l'institut de formation des masseurs-kinésithérapeutes (IFMK), cette voie étant réservée aux six étudiants obtenant les meilleures moyennes. Dans la présente instance, elle doit être regardée comme demandant, d'une part, l'annulation de la décision du jury la classant septième et première sur la liste complémentaire, cette décision étant révélée par la décision de l'université Grenoble Alpes du 15 juillet 2020 arrêtant la liste des étudiants admis par voie d'accès réglementaire en école de kinésithérapie issus de la première année de licence de STAPS et, d'autre part, la condamnation de l'université Grenoble Alpes à l'indemniser des préjudices qui en auraient résulté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision de l'université Grenoble Alpes du 15 juillet 2020 a été prise par une autorité incompétente, sa requête doit être regardée comme dirigée contre la décision du jury la classant septième et première sur la liste complémentaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 15 juillet 2020 doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la composition du jury d'admission, fixée par l'annexe 1 de la convention conclue le 22 juin 2020 entre le président de l'université Grenoble Alpes, le président de l'université Savoie Mont Blanc et le directeur de l'IFMK, est conforme aux dispositions de l'arrêté du 16 juin 2015 relatif à l'admission dans les instituts préparant au diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de ce jury manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 27 mars 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19 : " Nonobstant toute disposition législative ou réglementaire contraire, les autorités compétentes pour la détermination des modalités d'accès aux formations de l'enseignement supérieur dispensées par les établissements relevant des livres IV et VII du code de l'éducation ainsi que pour la détermination des modalités de délivrance des diplômes de l'enseignement supérieur, y compris le baccalauréat, peuvent apporter à ces modalités les adaptations nécessaires à leur mise en œuvre. / S'agissant des épreuves des examens ou concours, ces adaptations peuvent porter, dans le respect du principe d'égalité de traitement des candidats, sur leur nature, leur nombre, leur contenu, leur coefficient ou leurs conditions d'organisation, qui peut notamment s'effectuer de manière dématérialisée. / Les adaptations apportées en application du présent article sont portées à la connaissance des candidats par tout moyen dans un délai qui ne peut être inférieur à deux semaines avant le début des épreuves. ".

5. Les dispositions de l'ordonnance du 27 mars 2020 ont pour objet, par dérogation aux dispositions législatives applicables, d'autoriser des adaptations des épreuves des examens et des concours postérieurement au début de l'année académique ou du concours à la condition que ces adaptations soient portées à la connaissance des candidats par tout moyen dans un délai qui ne peut être inférieur à deux semaines avant le début des épreuves concernées. Il ressort des pièces du dossier que les épreuves complémentaires organisées pour les étudiants inscrits en 1ère année de licence de STAPS désirant poursuivre à l'IFMK se sont déroulées du 22 au 26 juin 2020. Si les étudiants ont été informés le 12 juin 2020 de l'organisation de ces épreuves en présentiel cette modalité d'organisation, qui est habituelle, ne peut être regardée comme une adaptation au sens des dispositions de l'article précité. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnait l'article 2 du décret du 27 mars 2020 ainsi que le principe de sécurité juridique doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, les dispositions de l'arrêté du 17 janvier 2020, dont se prévaut Mme B, sont applicables à compter de la rentrée universitaire 2020 pour les étudiants accédant en première année d'études préparatoires au diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute à la rentrée 2021. La requérante, qui souhaite accéder en première année d'études préparatoires au diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute à la rentrée 2020, n'est, dès lors, pas fondée à se prévaloir de cet arrêté. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'arrêté du 17 janvier 2020 doit donc être écarté comme inopérant.

7. En cinquième et dernier lieu, il ressort de la convention de partenariat en vue du recrutement des étudiants à l'IFMK du CHU Grenoble Alpes au titre de la rentrée 2020-2021, que le critère de classement des étudiants en licence STAPS première année de l'université Grenoble Alpes à Grenoble et à Valence est le suivant : " valider en 1ère session les 2 premiers semestres de la Licence STAPS et avoir suivi l'intégralité des épreuves pour la sélection dans l'année de primo-inscription. Une épreuve supplémentaire sera organisée pour toutes les UE STAPS qui n'ont pu être évaluées en présentiel. Les candidat(e)s seront alors classé(e)s d'après la moyenne entre les notes obtenues aux épreuves terminales écrites de la 1ère session pour chacune des UE STAPS qui ont pu faire l'objet d'une évaluation en présentiel et les notes obtenues dans le cadre de l'épreuve supplémentaire ". Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la requérante, que le classement des candidats par le jury a été effectué conformément aux prescriptions de la convention de partenariat. Si, Mme B soutient que le principe d'égalité entre les candidats a été méconnu d'une part, entre les étudiants ayant passé les épreuves en présentiel au titre de la première session et ceux ayant passé ces mêmes épreuves au titre de l'épreuve supplémentaire et, d'autre part, entre les étudiants du site de Grenoble et ceux du site de Valence, le jury était tenu de faire application du critère de classement prescrit par la convention de partenariat, dont la requérante n'excipe pas de l'illégalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité entre les candidats garanti par l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du jury la classant septième et première sur la liste complémentaire.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que l'université Grenoble Alpes n'a pas commis d'illégalité constitutive d'une faute en n'admettant pas Mme B à l'institut de formation des masseurs-kinésithérapeutes (IFMK) au titre de l'année scolaire 2020-2021. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander réparation des préjudices qu'elle soutient avoir subi de ce fait. Ses conclusions tendant au versement de dommages et intérêts doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. La présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université Grenoble Alpes, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au président de l'université Grenoble Alpes.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme C et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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