vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ASEA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 janvier 2021 et les 6, 7 et 9 décembre 2021, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2020 par lequel le maire d'Anthy-sur-Léman a retiré le permis de construire qui lui avait été accordé le 2 mars 2020 pour la construction d'une maison individuelle, sur la parcelle cadastrée à la section AC n° 265, située 59 route des Rives sur le territoire communal.
M. B soutient que :
- le retrait du permis de construire a été opéré en méconnaissance de la procédure contradictoire instaurée par la commune d'Anthy-sur-Léman ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 8 octobre 2021, la commune d'Anthy-sur-Léman, représentée par la société d'avocats ASEA, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Anthy-sur-Léman fait valoir à titre principal que la requête n'est pas recevable et subsidiairement que les moyens de la requête sont infondés.
Par une lettre du 12 octobre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 13 février 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 15 décembre 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Letellier,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- les observations de M. B,
- les observations de Me Decaudaveine, pour la commune d'Anthy-sur-Léman.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 mars 2020, la commune d'Anthy-sur-Léman a accordé à M. B un permis de construire pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée à la section AC n° 265, située 59 route des Rives sur le territoire communal. Le 22 juin 2020, le préfet de la Haute-Savoie a présenté un recours gracieux au maire d'Anthy-sur-Léman. Par lettre du 6 juillet 2020, le maire d'Anthy-sur-Léman a informé M. B de son intention de retirer le permis de construire qui lui avait été accordé et l'a invité à présenter des observations. Par arrêté du 4 août 2020, le maire d'Anthy-sur-Léman a retiré le permis de construire. Dans la présente instance, M. B en demande l'annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Par décision du 4 août 2020, le maire d'Anthy-sur-Léman a retiré le permis de construire qu'il avait accordé à M. B, par arrêté du 2 mars 2020. Le pétitionnaire a intérêt à agir contre la décision de retrait du permis de construire qui lui fait grief, indépendamment du titre de propriété qu'il détient sur le terrain d'assiette du permis de construire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait :
3. En premier lieu, selon l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, les permis de construire ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions, sauf sur demande expresse de leur bénéficiaire.
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faire des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considérations de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public () ".
5. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le titulaire du permis que l'autorité administrative entend rapporter. Eu égard à la nature et aux effets d'un tel retrait, le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme oblige l'autorité administrative à mettre en œuvre cette procédure de manière à éviter que le bénéficiaire du permis ne soit privé de cette garantie. Enfin, l'administration ne peut, sans méconnaître le caractère contradictoire de la procédure, prendre une décision sans respecter le délai qu'elle a fixé à la personne concernée pour produire ses observations.
6. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 6 juillet 2020, la commune d'Anthy-sur-Léman, après avoir précisé à M. B le motif pour lequel elle envisageait de retirer le permis de construire, lui a indiqué qu'il disposait d'un délai de quinze jours, à compter de la réception de ce courrier, pour présenter des observations. Si ce pli a été présenté à M. B le 9 juillet 2020, l'avis de réception n° 1A06296235644 établit que le requérant l'a retiré auprès des services postaux le 28 juillet 2020 suivant, dans le délai prévu par l'article R. 1-1-6 du code des postes et communications électroniques. Le délai de quinze jours laissé au requérant pour présenter ses observations courait à compter du retrait de ce pli, soit à partir du 28 juillet 2020 et n'était pas expiré lorsque la commune d'Anthy-sur-Léman a retiré le permis de construire, le 4 août 2020. Ainsi, en retirant l'arrêté du 2 mars 2020 sans respecter le délai qui lui avait été donné, la commune n'a pas mis à même l'intéressé de présenter ses observations. La circonstance que M. B a participé à une réunion en mairie le 10 juillet 2020 n'est pas de nature à retenir que l'intéressé avait connaissance dès cette date que le retrait allait intervenir, ni qu'il a volontairement tardé pour réclamer le pli. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure et que celui-ci l'a privé d'une garantie.
7. En second lieu, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision contestée.
8. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2020 par lequel le maire d'Anthy-sur-Léman a retiré le permis de construire qui lui a été délivré le 2 mars 2020.
Sur les frais de justice :
9. Les conclusions présentées par la commune d'Anthy-sur-Léman, partie perdante dans la présente instance, sont rejetées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 4 août 2020 du maire d'Anthy-sur-Léman est annulé.
Article 2 :Les conclusions présentées par la commune d'Anthy-sur-Léman en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Anthy-sur-Léman.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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