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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100257

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100257

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCORNET VINCENT SEGUREL LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2021, M. A C et Mme D F représentés par Me Laurent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Grésy-sur-Aix ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. E ;

2°) de condamner la commune de Grésy-sur-Aix au versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'arrêté attaqué :

- méconnaît le 2.1.1 de l'article UD2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Grand Lac ;

- méconnaît, à titre subsidiaire, le 2.1.3 de l'article UD2 de ce règlement relatif aux règles d'implantation des petits volumes isolés si le projet doit être regardé comme un petit volume isolé;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, la commune de Grésy-sur-Aix, représentée par Me Pousset-Bougere, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Grésy-sur-Aix fait valoir que :

- l'intérêt pour agir des requérants n'est pas démontré ;

- les dispositions de l'article R.600-1 du code de l'urbanisme ont été méconnues ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par courrier du 16 septembre 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité de mettre en œuvre l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD2.1.1 relatif aux dispositions générales d'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Grand Lac approuvé le 9 octobre 2019.

En réponse à ce courrier, la commune de Grésy-sur-Aix et les requérants ont produit des mémoires respectivement les 1er octobre et 7 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portal,

- les conclusions de Mme G,

- et les observations de Me Laurent pour les requérants, de Me Verrier pour la commune de Grésy-sur-Aix et de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a déposé le 26 juin 2020 une déclaration préalable en vue de réaliser une véranda sur une terrasse existante en extension de sa maison d'habitation. Par un arrêté du 16 juillet 2020, le maire de la commune de Grésy-sur-Aix ne s'est pas opposé à cette déclaration.

Sur les fins de non-recevoir opposée par la commune de Grésy-sur-Aix :

2. En premier lieu, l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme d'une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Les requérants sont voisins immédiats du projet, leur propriété jouxtant le terrain d'assiette du projet. Ils justifient, compte tenu de la proximité de la véranda projetée et malgré la faible ampleur du projet d'une atteinte dans leur condition d'occupation de leur bien liée à une perte de vue, notamment sur le paysage montagnard. Dans ces conditions, contrairement à ce qui est soutenu en défense, les requérants disposent d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif () ".

5. En l'espèce, les requérants justifient avoir notifié leur requête par lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée le 15 janvier 2021 tant à la mairie de Grésy-sur-Aix qu'à M. E, titulaire de la décision de non opposition à déclaration préalable conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée sur ce point doit être écartée.

Sur les conclusions d'annulation :

6. En premier lieu, les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du dimensionnement et de l'implantation de la construction projetée. Ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé dans la mesure où les requérants n'indiquent pas le ou les textes pour l'application desquels le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de M. E.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : " () Lorsque le lotissement a fait l'objet d'un permis d'aménager, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de délivrance du permis d'aménager, et ce pendant cinq ans à compter de l'achèvement des travaux constaté dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat () ".

8. Il ressort des visas de l'arrêté attaqué que le maire de Grésy-sur-Aix a apprécié la conformité du projet au regard du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Grand Lac approuvé le 9 octobre 2019. Dans son mémoire en défense, la commune de Grésy-sur-Aix fait valoir qu'en application de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme, il y a lieu de faire application du plan local d'urbanisme approuvé le 6 avril 2006 dans sa version en vigueur au 18 août 2016 et non du PLUi Grand Lac approuvé le 9 octobre 2019. Cependant, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme que si le document d'urbanisme applicable aux demandes de permis de construire présentées dans le cadre d'un lotissement est celui en vigueur à la date à laquelle a été délivrée l'autorisation de lotir pendant un délai de cinq ans à compter de la réception, par l'administration, de la déclaration d'achèvement du lotissement, tel n'est pas le cas en ce qui concerne les déclarations préalables de travaux, non visées par l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme précité. Ainsi, la conformité du projet devait bien s'apprécier au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de l'arrêté attaqué, soit celles issues du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Grand Lac approuvé le 9 octobre 2019.

9. Aux termes du 2.1 de l'article UD2 du règlement du PLUi Grand Lac : " 2.1.1 Implantation des constructions () Par rapport aux limites séparatives / Dispositions générales / 1. la construction principale doit s'implanter en respectant un recul minimum de 4 m par rapport aux limites séparatives. () Dispositions particulières / Des règles d'implantation différentes peuvent être appliquées pour : () - les petits volumes isolés et les piscines. ".

10. Les plans joints au dossier de déclaration préalable montrent que le projet de véranda est directement accolé à la construction principale dont elle constitue le prolongement via une porte-fenêtre. Dans ces conditions, le projet de véranda constitue une extension de la construction principale et ne saurait être regardée comme un petit volume isolé. En conséquence, la règle de recul de 4 m par rapport aux limites séparative trouvait à s'appliquer. Or, le projet est implanté à 1,50 m seulement de la limite séparative de la parcelle des requérants. Ainsi, ces derniers sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions générales du 2.1.1 de l'article UD2 du PLUi Grand Lac.

Sur les conséquences de l'illégalité relevée :

11. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

12. En l'espèce, le vice relevé au point 10 du présent jugement est susceptible d'être régularisé sans remettre en cause la nature même du projet. En conséquence, il doit être sursis à statuer dans l'attente de la justification d'une mesure de régularisation qui devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er :Il est sursis à statuer sur la requête dans l'attente de la justification d'une mesure de régularisation qui devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 :Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, Mme D F, à la commune de Grésy-sur-Aix et à M. B E.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Portal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

N. Portal

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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